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Brésil:Ouverture nationale de la Campagne de Fraternité 97 (100297)

130’000 prisonniers croupissent dans les centres de détention

«Le Christ, liberté de toutes les prisons»

Brasilia, 10février(APIC) Près de 130’000 prisonniers – dont 95% proviennent des milieux pauvres et des lieux de misères du Brésil – croupissent dans les centres de détention, souvent dans des conditions inhumaines.

C’est pour attirer l’attention sur leur sort que les évêques catholiques du

Brésil lancent mercredi, en ouverture du carême, leur traditionnelle

Campagne de Fraternité sur le thème des personnes en prison.

Le leitmotiv «Le Christ, liberté de toutes les prisons» a été choisi

comme fil rouge de la campagne. Les évêques brésiliens constatent que le

thème de la fraternité avec les personnes incarcérées n’est peut-être pas

très populaire, la population carcérale étant souvent assimilée à un ramassis de bandits et de criminels dangereux pour la société.

La prison au Brésil, reflet de discriminations sociales criantes

Si la CNBB a choisi d’attirer l’attention du peuple brésilien sur cette

réalité, c’est parce que la prison est l’une des clefs permettant de comprendre les relations sociales inégalitaires dans le pays. Une réalité sociale caractérisées par des discriminations criantes dans la distribution

des revenus et des biens et dans la façon de traiter les gens: non attention aux besoins fondamentaux comme l’éducation, la santé, le logement ou

le travail pour tous. «Sans nier la responsabilité individuelle, on peut

dire que le détenu est le fruit d’une société pleine de prisons et d’exclusions», écrivent les évêques brésiliens pour expliquer le thème choisi cette année.

Selon le recensement pénitenciaire publié en 1994 par le Ministère brésilien de la Justice , il y avait à l’époque au Brésil 129’169 prisonniers,

dont 124’403 hommes, les femmes ne formant que le 3,69% de la population

carcérale. En tenant compte de la situation socio-économique, on s’aperçoit

que ce sont les pauvres et les très pauvres qui forment la masse des prisonniers (95%). La grande majorité (85%) n’ont pu se payer les services

d’un avocat pour défendre leur cause. 43% des prisonniers sont incarcérés

pour vol et brigandage, 17% pour homicide, 10% pour trafic de drogue.

19% sont en prison sans indication de cause.

La «criminalité en col blanc» absente des prisons

On ne trouve par contre pas d’information dans les statistiques indiquant les gens enfermés pour avoir exploité des travailleurs-esclaves. Pas

trace non plus de personnes incarcérées pour n’avoir pas versé les contributions de prévoyance sociale dues aux employés; pas non plus pour corruption de politiciens ou de fonctionnaires, ni non plus pour mauvaise gestion

du patrimoine public. Ni encore pour avoir utilisé l’astuce, la tromperie

ou la violence pour accumuler des biens, des revenus ou des loyers. La criminalité punie au Brésil est d’abord celle dont se rendent coupables les

pauvres, déplorent les évêques. Pas la «criminalité en col blanc».

La CNBB fait en outre remarquer qu’à de rares exceptions près, au Brésil, les prisons sont un lieu où les détenus sont soumis à des châtiments

beaucoup plus graves que ceux qui sont prévus par la loi; les détenus en

préventive – qui devraient être considérés comme innocents tant qu’ils

n’ont pas été jugés – sont entassés dans les mêmes conditions inhumaines

que les prisonniers condamnés. Certains restent détenus alors qu’ils ont

déjà accompli leur peine. Très peu sont réhabilités grâce à la prison, parce que l’ambiance violente et l’usage de drogue qui y règnent en maître

provoquent des comportements agressifs et des conduites caractérisées par

le mensonge.

La Campagne de Fraternité rappelle qu’au Brésil, on est encore loin de

l’égalité proclamée de tous les citoyens devant la loi: les pauvres sont en

général ceux qui sont le moins respectés par la police et le pouvoir judiciaire. «Avant même qu’on puisse prouver leur culpabilité, ils sont suspectés, humiliés et torturés».

Porter un autre regard sur les pauvres et les prisonniers

Dans son catalogue de propositions pour changer les conditions sociales

au Brésil, la CNBB demande notamment une révision du pouvoir judiciaire face à l’exclusion de la majorité du peuple dans le contrôle et l’administration de la justice; une formation continue du personnel des prisons et des

fonctionnaires de police afin qu’ils exercent leur devoir de manière éducative, humaine et dans le cadre strict de la loi. Les évêques demandent également l’introduction de cours sur les droits de l’homme et une éducation à

la citoyenneté dans les écoles primaires et secondaires, ainsi qu’une meilleure assistance juridique, religieuse et sanitaires dans les prisons. Ils

souhaitent aussi un autre regard, dépourvu de préjugés contre les pauvres,

sur les personnes incarcérées et une éducation de tous à la solidarité.

Message de Jean Paul II sur toutes les chaînes de radio et télévision

C’est par un message du pape Jean Paul II d’une durée de neuf minutes et

diffusé sur tous les grands réseaux de radio et de télévision que sera lancée ce mercredi de Brasilia la Campagne nationale de Fraternité 97 au Brésil. Ce message sera suivi d’un autre de Dom Lucas Moreira Neves, cardinalarchevêque de Salvador de Bahia. La campagne de carême sera ouverte officiellement à l’occasion d’une interview collective au siège de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNNB), à laquelle participera notamment

Dom Raymundo Damasceno Assis, secrétaire général de la CNBB et responsable

à la Conférence épiscopale de la Campagne de Fraternité. (apic/cnbb/be)

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