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APIC – interview
Le métropolite Vladimir de Saint-Pétersbourg : (060297)
Craintes pour la poursuite du dialogue oecuménique.
Saint-Pétersbourg, 6février(APIC) Le métropolite Vladimir Kotiyarov est
depuis novembre 1995 à la tête du diocèse de Saint-Pétersbourg, deuxième
diocèse orthodoxe de la Russie. Le métropolite Vladimir tente de promouvoir
un dialogue oecuménique, mais la partie s’annonce difficile face aux
courants conservateurs et isolationnistes, dont son prédécesseur Ioann
Snychev était une figure de proue. Dans un entretien pour l’agence de
presse oecuménique ENI, il exprime ses craintes sur la poursuite du
dialogue oecuménique.
Comment avez-vous abordé le problème laissé par l’héritage politique et
spirituel de votre prédécesseur? Cela a-t-il été difficile?
Métropolite Vladimir: Cet héritage existe et on ne saurait le prendre à
la légère. Non seulement, il me gêne, mais il freine aussi le processus de
guérison et de développement spirituels. La moindre politisation élève
toujours des barrières entre les gens.
La presse locale ne cesse de publier des articles contraires à l’oecuménisme, et je suis le premier à être critiqué. D’autres prêtres et évêques
qui se sont employés à promouvoir l’unité chrétienne reçoivent eux aussi
leur part de critiques. Je suis né dans la famille d’un prêtre. J’ai passé
toute ma vie au service de l’Eglise, et aujourd’hui je dois prouver que je
suis un chrétien orthodoxe, que je suis un prêtre orthodoxe! C’est difficile, mais c’est la croix que je dois porter: oeuvrer peu à peu à la réconciliation, apaiser la situation.
Saint-Pétersbourg est une ville aux nombreuses religions, aux nombreuses
confessions. Existe-t-il des relations interreligieuses ici ?
Mt.Vl. : Oui, il y en a, mais elles sont fragiles. Il est impossible de les
élargir. Si je participe à une manifestation interreligieuse, on m’accuse
de trahir l’Eglise orthodoxe. Le mois dernier, j’ai été invité à assister à
la pose de la première pierre d’un village abritant des Allemands de Russie. On a annoncé officiellement qu’il y aurait un service religieux célébré par l’Eglise évangélique luthérienne. Sur le point de partir, j’ai reçu
un coup de téléphone m’informant que des manifestants brandissaient des
pancartes proclamant « Nous ne voulons pas d’Allemands », « Nous ne voulons
pas l’Eglise luthérienne ». J’ai envoyé un prêtre à ma place. Il m’a dit
plus tard que devant l’agitation de la foule il a eu peur de sortir de la
voiture.
Comment expliquez-vous ce rejet populaire des rapports oecuméniques, non
seulement dans votre diocèse, mais dans l’ensemble de l’Eglise orthodoxe
russe?
Mt.Vl.: Notre participation au mouvement oecuménique a toujours été interprétée de diverses façons. Certains ont compris la parole du Seigneur: « il
y aura un seul troupeau et un seul berger » (Jean 10,16). De notre côté,
nous devons faire quelque chose pour accélérer le processus. Si nous ne
faisons aucun effort de notre part, le troupeau restera peut-être désuni,
et nous aurions tort d’attendre que le Seigneur nous réunisse…
Nous sommes fiers d’avoir su préserver le riche patrimoine d’une Eglise
non divisée, mais nous devons partager cette richesse avec nos frères. Nous
ne pouvons la mettre dans un sac, nous asseoir dessus et nous proclamer
heureux. Certains ne comprennent pas cela et demandent qu’il n’y ait pas de
communication avec les protestants ou les catholiques. Toute démarche vers
l’unité et toute tentative de coopération, même de nature non théologique,
est alors rejetée.
L’Eglise catholique a beaucoup contribué à ce refroidissement du fait de
la montée de l’uniatisme catholicisme de rite byzantin, qui a recouru à la
violence contre les orthodoxes, en Tchécoslovaquie en 1968 et en Ukraine
dans les années 90. Quand la Russie a commencé à se démocratiser, des têtes
chaudes ont dit que l’Eglise orthodoxe devrait se retrancher derrière
l’Oural et que toute la Russie européenne finirait par devenir catholique.
Cela a également effrayé nos fidèles et les a incités à se méfier de tout
ce qui vient de l’Ouest et à le rejeter.
Mais alors, pourquoi l’Eglise orthodoxe russe fait-elle partie du Conseil
oecuménique des Eglises (COE)?
Mt.Vl.: Pendant les années difficiles où les athées voulaient « rééduquer »
nos fidèles et les pousser à devenir des « non-croyants », nous avons cherché
à établir des contacts avec nos frères chrétiens. Le métropolite Nikodim,
archevêque de Saint-Pétersbourg dans les années 60, a compris qu’il serait
facile de nous écraser isolés derrière le Rideau de fer et seuls à défendre
notre Eglise et le christianisme. Nous avons rejoint le Conseil oecuménique
des Eglises pour avoir l’appui des chrétiens du monde entier, et il y a eu
des cas où ils nous ont défendus.
Maintenant que le temps de l’athéisme d’Etat est révolu, certains
déclarent ne vouloir aucun chrétien de l’Ouest. Ainsi, un grand nombre de
jeunes évêques, qui, pourrait-on penser, auraient du être éduqués de façon
différente, sont franchement hostiles à l’oecuménisme.
Il n’y a aucune logique dans tout cela. Tout le monde a profité de
l’aide humanitaire de l’Ouest. Quand j’étais évêque de Pskov dans le
nord-ouest de la Russie, nous recevions des vêtements et de la nourriture
des luthériens allemands. Et j’ai toujours dit: « si vous recevez cette
aide, pourquoi ne voulez-vous pas vous asseoir à la même table et dire le
Notre Père ensemble? »
Il m’est difficile de dire ce que c’est, s’il s’agit de peur ou de
rancune pour des torts passés, ou si c’est le résultat de l’influence de
l’Eglise orthodoxe russe hors frontières dissidente, qui aimerait
compromettre le Patriarcat de Moscou de l’Eglise orthodoxe russe. Ou s’il
faut blâmer toutes ces sectes qui viennent aujourd’hui dans notre pays
enseigner de faux préceptes à une population qui pratique le christianisme
depuis 1000 ans. Mais, sous l’effet de tous ces facteurs combinés, il
existe une très forte réaction contre l’oecuménisme et le COE.
Pensez-vous que l’Eglise orthodoxe russe restera membre du Conseil oecuménique des Eglises?
Mt.Vl.: Officiellement, cette question n’a pas encore été débattue, mais il
est fort possible que, face à cette vague de ressentiment, l’Eglise devra
prendre certaines mesures pour défendre son nom parmi ses membres, afin
d’éviter un schisme.
Les dirigeants de l’Eglise, connus pour leur expérience de la coopération
oecuménique, peuvent-ils succomber aux pressions de la base et ne pas mener
l’Eglise dans la voie qui vous semble la bonne?
Mt.Vl.: L’Eglise est une communauté de gens. Bien entendu, un chef exerce
une grande influence dans certains domaines, mais cela n’est pas d’importance primordiale. Ce qui compte avant tout, c’est la façon dont les gens
pensent, la façon dont les prêtres et les évêques parviennent à les éduquer
dans les paroisses. Et c’est là une tâche longue et difficile.
Sans publications et sans information, nous étions isolés, et de
nombreux mythes circulaient dans la population et y circulent encore. Voilà
pourquoi il est souvent difficile de prendre position à l’égard de
certaines questions. On n’écoute pas toujours un chef et on n’accepte pas
toujours ses opinions.
Ce qui est manifeste, c’est que, sur le plan spirituel, une partie de la
population est totalement analphabète et ignorante. Malheureusement, elle
se fonde sur des écrits qui ont été publiés en marge du patriarcat de
Moscou et qui n’ont pas été sanctionnés par ce dernier. Elle s’est laissé
captiver par des ouvrages de vulgarisation publiés par certains au nom du
christianisme. (apic/eni/bl)
Encadré
Le métropolite Vladimir de Saint-Pétersbourg
Vladimir Kotiyarov est né en 1929. Prêtre depuis 1953, ce pionnier de
l’oecuménisme a été l’un des observateurs russes auprès du Concile Vatican
II et le représentant du Patriarcat de Moscou auprès du COE, à Genève. Il a
ensuite dirigé plusieurs diocèses en Russie: Kirov, Rostov, Vladimir,
Krasnodar, Pskov,… .
Le diocèse du Grand Saint-Pétersbourg, « capitale du Nord » de la Russie,
a une population de sept millions d’habitants et compte 400 paroisses
orthodoxes. L’esprit de chauvinisme régnait dans le diocèse sous la
direction du métropolite Ioann, dont les déclarations contrastaient avec
celles du primat de l’Eglise, le patriarche Alexis II de Moscou. Avant
novembre 1995, « oecuménique » était synonyme d’ »hérétique ». (apic/eni/bl)
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