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Rome:Le Vatican et la Libye établissent (100397)
des relations diplomatiques complètes
Ballon d’oxygène pour le colonel Mouammar Khadafi?
Rome, 10mars(APIC) La Libye du « sulfureux » colonel Mouammar Khadafi et le
Saint-Siège ont, pour la première fois dans l’histoire, établi des relations diplomatiques. Le Vatican a nommé lundi nonce apostolique à Tripoli
Mgr José Sebastian Laboa, un Espagnol de 74 ans, qui était nonce à Malte,
d’où il exerçait ses fonctions de délégué apostolique pour la Libye. Le nom
de l’ambassadeur de Libye au Vatican n’est pas encore connu.
Avec ce nouvel accord, le Vatican recueille les fruits de sa position
contre la guerre du Golfe et son opposition à l’embargo qui frappe la Libye, l’une des « bêtes noires » des Etats-Unis. Cette avancée diplomatique
représente également un ballon d’oxygène pour le colonel Khadafi, dans un
pays en proie aux tensions sociales qui va entrer le 15 avril prochain dans
sa sixième année de vie sous embargo.
Accusée par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France d’être impliquée dans les attentats sanglants contre un avion de la Pan Am à Lockerbie (1988) et un autre au-dessus du désert du Ténéré (1989), la Libye a été
mise au ban des nations occidentales.
Le Vatican n’a jamais commenté de telles allégations. S’il en sait le
poids, il rappelle que la communauté internationale doit jouer son rôle de
« communauté ». Elle a le « devoir incontournable », rappelle le communiqué,
d’aider chaque nation « à trouver sa place et à assumer ses responsabilités
spécifiques en vue du bien commun ».
Une « normalisation », pour le Vatican
Pour le Vatican, il s’agit tout d’abord de « reconnaître les résultats
positifs obtenus dans la collaboration avec les autorités libyennes dans le
domaine de la liberté religieuse », explique le communiqué de la salle de
presse du Saint-Siège. Par cette « normalisation », le Vatican entend également « contribuer à donner une impulsion au dialogue international », c’està-dire aider la « Grande Jamahirya arabe populaire et socialiste » à sortir
de son isolement international.
Une « oeuvre de fraternité »
Le Vatican, en prenant les devants, a en vue une zone précise: « la rive
méridionale de la Méditerranée, qui doit devenir toujours plus une région
de paix, de stabilité et de sécurité ». Pour ce travail de stabilisation,
que le Vatican qualifie d’ »oeuvre de fraternité », l’Eglise propose la « sincère collaboration » des chrétiens établis dans ces régions, dont les racines spirituelles remontent aux premiers temps du christianisme.
50’000 catholiques, essentiellement des travailleurs migrants
En Libye, les 50.000 catholiques – essentiellement des travailleurs immigrés, dont de nombreux Philippins – sont répartis entre trois vicariats
apostoliques, établis à Tripoli, à Benghazi et à Derna, et la préfecture
apostolique de Misurata. Le siège de Tripoli est confié à Mgr Giovanni Innocenzo Martinelli, un franciscain italien, qui était également administrateur apostolique de Benghazi. Le pape nommé ce lundi un autre franciscain,
le P. Sylvestro Carmelo Magro, vicaire apostolique de Benghazi, la deuxième
ville du pays, située à plus de mille kilomètres à l’est de Tripoli, sur la
côte méditerranéenne.
Cette organisation ecclésiastique, tout comme les relations
diplomatiques – nouées « pour le bien de l’Eglise locale », précise le
communiqué – fondent l’espérance pour l’Eglise de répondre aux « besoins
spirituels » des catholiques de Libye, mais aussi de « renforcer l’amitié et
la collaboration entre les chrétiens et les musulmans de cette nation ».
De la guerre du Golfe à Jérusalem
Le communiqué du Vatican rappelle une étape clef de cette normalisation:
la visite à Tripoli, en mars 1994, de Mgr Jean-Louis Tauran, secrétaire du
Saint-Siège pour les relations avec les Etats. Une commission mixte de
travail avait ensuite été mise en place pour résoudre les problèmes
pratiques qui se posaient alors sur le plan de la liberté religieuse.
Depuis la fin de la guerre du Golfe, Mgr Tauran aura bientôt visité toutes
les capitales du monde arabe. Il a confirmé par ses voyages le capital de
sympathie accumulé par Jean Paul II dans cette zone par sa fermeté contre
la guerre du Golfe.
Une « liberté religieuse discrète »
Il y a moins d’un an, en avril dernier lors de sa visite en Tunisie, le
pape avait évoqué les privations imposées au peuple libyen « par un embargo
qui affecte si gravement la vie quotidienne des populations ». Le Vatican
s’était d’ailleurs à plusieurs reprises prononcé pour la levée des sanctions contre la Libye, un pays où la petite minorité chrétienne est noyée
dans une population de près de 5,5 millions de musulmans, mais jouit d’une
« liberté religieuse discrète », selon le vicaire apostolique à Tripoli.
Plaidant pour la liberté religieuse dans les pays musulmans, le chef de
la diplomatie vaticane a également préparé les esprits au règlement de la
question du statut de la ville de Jérusalem, dont la partie historique,
estime l’Eglise, appartient aux trois religions du Livre et pas seulement à
Israël. Une conception totalement rejetée par les autorités israéliennes.
(apic/cip/imed/be)
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