Le texte contient 122 lignes (max. 75 signes), 1098 mots et 7358 signes.

apic/Coire/Sorties d’Eglise/Danger pour l’Eglise en Suisse

APIC – Interview

Lucerne:Le professeur Adrian Loretan à (060397)

propos de Coire et des sorties d’Eglise

Risque d’éclatement de l’Eglise catholique en Suisse

Josef Bossart, agence APIC

Lucerne, 6mars(APIC) De nombreux signes permettent d’affirmer que la paix

religieuse en Suisse est aujourd’hui sérieusement menacée. Raison pour laquelle le Conseil fédéral doit agir rapidement, estime Adrian Loretan, 37

ans, professeur de droit canon et de droit ecclésiastique à la Faculté de

théologie catholique de Lucerne.

Dans une interview accordée à l’APIC, Adrian Loretan met en garde contre

les encouragements à sortir des corporations ecclésiastiques catholiques

prodigués par certains milieux proches de l’évêque de Coire, Mgr Wolfgang

Haas. Si une telle suggestion prenait corps, « l’Eglise catholique en Suisse, et par là la confession majoritaire, s’effondrerait ».

APIC:Les gouvernements des sept cantons du diocèse de Coire ont demandé

que le Conseil fédéral intervienne de façon urgente et de tout son poids

auprès du Saint-Siège afin d’apporter rapidement une solution aux problèmes

qui secouent le diocèse de Coire. Que peut faire le Conseil fédéral?

AdrianLoretan:Si la Confédération est convaincue que la paix publique est

mise en danger, le droit fondamental qu’est la liberté religieuse peut

alors être restreint. Mais cela ne peut se faire qu’à titre exceptionnel.

En effet, en principe, selon la Constitution fédérale et la Convention européenne des droits de l’homme, l’Etat ne peut s’immiscer dans les affaires

internes des communautés religieuses.

APIC:Vous semblez être d’avis que la paix publique est désormais réellement troublée par les remous qui agitent le diocèse de Coire…

A.L.:A l’heure actuelle, en effet, divers cas qui opposent des paroisses

et l’un ou l’autre groupement ont été portés devant les tribunaux de

l’Etat. On le sent clairement, l’affaire de Coire est un phénomène qui touche l’ensemble de la société. Les tendances schismatiques, les développements qui pourraient provoquer une séparation, sont en partie déjà là.

APIC:Mais en quoi un schisme confessionnel intéresse-t-il l’Etat?

A.L.:Naturellement, le concept de schisme est avant tout une expression

théologique. Dans ce cas concret, les gouvernements des cantons diocésains

constatent cependant que l’affaire de Coire provoque de profondes mutations socio-politiques sur leur territoire.

APIC:Les parties en conflit à Coire apparaissent, en partie du moins, irréconciliables. Certains encouragent même à sortir de l’Eglise!

A.L.:Oui, cela me paraît même la raison la plus importante pour estimer

que la paix religieuse en Suisse est mise en danger. Des milieux qui gravitent autour de Mgr Haas en appellent à la dissolution du système actuel et

propagent le mot d’ordre de sortie de l’Eglise.

Ces milieux réclament la fin du principe d’appartenance obligatoire à la

paroisse de domicile et la liberté pour les fidèles de choisir le mode de

financement de l’Eglise qui leur plaît. Si cela devenait réalité, l’Eglise

catholique en Suisse s’effondrerait. Ce serait la fin de la confession majoritaire dans ce pays. Cela, naturellement, ne serait plus une simple affaire interne à l’Eglise, mais un phénomème politico-social qui devrait intéresser d’urgence les hommes politiques.

APIC:Disons que je sorte de l’Eglise, comme certains milieux proches de

Mgr Haas le recommandent, tout en désirant verser mon impôt ecclésiastique

à une autre communauté dont l’orientation me convient. Puis-je le faire

sans autre?

A.L.:Les évêques allemands ont une position tout à fait claire en cas de

sortie d’Eglise, et que je partage personnellement. Ils disent:celui qui

sort de l’Eglise pose un acte public contre notre communauté et ne peut

plus par conséquent avoir accès au plus intime de cette communauté, à savoir les sacrements. En Suisse, la discussion sur les sorties d’Eglise et

leurs conséquences pastorales est à peine lancée. Seul le diocèse de StGall a édicté en 1992 des règles pastorales claires à propos des sorties

d’Eglise.

A mon sens, elles permettent de tirer la conclusion que je ne suis plus

autorisé à recevoir les sacrements si par exemple, comme catholique de gauche, je verse uniquement mon impôt ecclésiastique à l’organisation écologiste Greenpeace, ou comme catholique de droite, seulement à Mgr Haas. D’un

point de vue juridique formel, c’est exactement la même chose! En effet, si

j’agis ainsi, je ne respecte plus la règle obligatoire dans ce pays: le

principe du lieu de domicile qui détermine l’appartenance à une paroisse.

APIC:Comment une telle restriction est-elle compatible avec la liberté religieuse?

A.L.:Le droit fondamental à la liberté religieuse me garantit certes de

pouvoir quitter ma communauté de foi; mais cette dernière est considérée

comme un tout. Une sortie partielle ou ce qu’on pourrait appeler une « sortie d’Eglise modifiée » ne sont pas possibles. Si je fais une déclaration de

sortie d’Eglise, je ne suis plus alors considéré par l’Etat comme catholique, mais comme sans confession. Je n’ai alors plus rien à faire avec

l’Eglise. Mais l’Eglise en Suisse pour le moment n’a pas du tout réglé les

conséquences internes à l’Eglise induites par la sortie.

APIC:Quelle est la solution que vous pouvez éventuellement envisager?

A.L.:A long terme, on peut argumenter sur l’introduction de paroisses

personnelles; on pourrait avoir ainsi par exemple une prélature personnelle

ou une Eglise personnelle de Coire. Mais c’est de la pure théorie. Car actuellement, c’est le principe de territorialité qui est en vigueur. Si l’on

ne veut pas que l’Eglise de Suisse se brise, il ne faut pas laisser simplement à l’appréciation personnelle de l’individu le fait de reconnaître le

principe de territorialité ou au contraire de soutenir le principe de la

paroisse personnelle.

APIC:Si le Conseil fédéral devait effectivement adresser une réclamation

au Vatican, comme le lui demandent les sept cantons diocésains, quelles

sont les chances à votre avis qu’une telle démarche aboutisse?

A.L.:Cela dépend d’une façon décisive de la manière dont la personne

chargée par la Confédération de présenter la demande parvient à faire comprendre vraiment toute la charge explosive que recèle la situation de Coire. Autrement dit: la personne concernée doit elle-même être persuadée de

l’importance du problème à résoudre au niveau socio-politique. Il ne s’agit

pas seulement de quelques catholiques qui se prennent par les cheveux. Il

serait de toute façon dévastateur pour l’Eglise suisse que le conflit entre

droit canonique et droit ecclésiastique éclate d’une façon totale. (apicjob/be)

Encadré

Adrian Loretan-Saladin est né le 15 mai 1959 à Brigue, dans la partie alémanique du Valais. Bourgeois de Loèche-les-Bains, il est le nouveau professeur pour le droit canon et le droit ecclésiastique à la Faculté de théologie de Lucerne. A. Loretan est également collaborateur de l’organe officiel

des diocèses de Suisse alémanique, la « Schweizerische Kirchenzeitung ».

(apic/job/be)

(Traduction: J. Berset)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/apic-coire-sorties-d-eglise-danger-pour-l-eglise-en-suisse/