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Max Thurian
Naples, 18mai(APIC) Le «Catéchisme de l’Eglise catholique» est un ouvrage
aux proportions imposantes. Il est certes difficile de pouvoir comprendre
et assimiler tout son contenu. Le frère Marc Thurian de la communauté de
Zaizé, observateur au Concile Vatican II, collaborateur du COE, aujourd’hui
membre de la Commission Theologique internationale en présente ci-dessous
une synthèse détaillée.
Avant d’en commencer la lecture il convient d’examiner le plan du catéchisme divisé en quatre parties. La première partie expose la synthèse de
la foi, l’interprétation des divers articles du Credo. Ainsi le catéchisme
consacre de nombreuses pages à l’explication des éléments fondamentaux de
la doctrine chrétienne comme la trinité, la création, la rédemption par le
Christ, l’oeuvre de L’Esprit Saint dans l’Eglise etc.
La deuxième partie est consacrée à la célébration des mystères professés
dans le Credo: on y explique ce qu’est la liturgie, pourquoi l’Eglise célèbre un culte, ce que signifie «célébrer», le sens des sept sacrements institués par le Christ avec une place toute particulière faite à l’eucharistie.
La troisième partie aborde le comportement du croyant: après avoir professé la foi et l’avoir vécue dans les célébrations, nous avons à la concrétiser dans la vie quotidienne. Ici, il convient de prêter une attention
particulière au Catéchisme, car souvent on ne comprend pas bien le sens de
la morale chrétienne. Il ne s’agit pas de voir seulement les commandements
comme des ordres de l’Eglise auxquels il faut obéir si l’on ne veut pas
commettre de péchés qu’il faudra confesser. Le Catéchisme enseigne que celui qui vit la foi chrétienne tend naturellement vers l’idéal de perfection
que le Christ, notre Sauveur, nous a révélé par sa vie et sa parole. La
conscience de l’être humain est libre et a le devoir de chercher la lumière
de la vérité, elle est invitée à suivre le Christ pour réaliser la plénitude de l’identité chrétienne. Dans le Catéchisme, les commandements sont vus
dans cette optique et à la lumière des Béatitudes évangéliques: on ne parle
pas tant des péchés que des vertus. Ainsi le «Tu ne tueras pas» est expliqué par le respect de la vie sous toutes ses formes; le «Tu ne commettras
pas d’adultère» est éclairé par la valeur de la chasteté et de la fidélité… Le Catéchisme indique les comportements dynamiques qui peuvent pousser l’être humain vers Dieu. Le Seigneur ne veut pas juger l’homme et la
femme sévèrement, mais les appeler à la perfection. Cela est un aspect très
important du Catéchisme que l’on n’a pas toujours su apprécier.
Enfin, la quatrième partie fait entendre l’appel à la prière qui vient
de Dieu et de l’Eglise. Pour croire, pour célébrer et pour suivre Jésus
Christ, il faut une amitié avec lui qui s’exprime à travers la prière personnelle et intime avec Dieu, par le dialogue mystique qui s’épanouit dans
le silence contemplatif. Cette partie est centrée sur le Notre Père; c’est
vraiment un joyau de spiritualité. Dans un interview, Mgr Mamie, évêque de
Lausanne, Genève et Fribourg, conseillait de commencer la lecture du catéchisme par cette partie, pour comprendre vraiment le sens et la beauté de
tout l’organisme de la vie chrétienne.
Catéchisme neuf et traditionnel
Le Catéchisme est le résumé le plus riche et le plus complet de la foi
catholique qui ait été réalisé au cours de la Tradition. Le texte rassemble
toute la doctrine de l’Eglise et son développement dans la foi et la prière, de l’Ancien Testament au Concile Vatican II. C’est vraiment le Catéchisme du Concile Vatican II, comme il y a eu le catéchisme du Concile de
Trente. Mais il n’explique pas seulement la doctrine conciliaire, il rapporte toute la tradition qui le précède. Il est aussi riche de la nouveauté
d’expression du Concile.
Pendant la période du Concile de Trente, l’Eglise devait répondre au défi de la Réforme protestante et le Catéchisme de cette époque manifeste
l’exigence de défendre la foi catholique. Dans le nouveau Catéchisme au
contraire on ne trouve pas cet aspect de défense polémique: rien n’est exclu de ce qui peut contribuer à la construction de la foi. C’est l’aspect
oecuménique du Catéchisme. Il y a de très beaux textes, comme par exemple
celui où l’on trace les liens entre la liturgie chrétienne et celle de la
synagogue juive: «Une meilleure connaissance de la foi et de la vie religieuse du peuple juif, telles qu’elles sont professées et vécues encore
maintenant, peut aider à mieux comprendre certains aspects de la liturgie
chrétienne» (1096). Il y a une attitude d’ouverture et d’accueil à l’égard
des valeurs positives des autres confessions ou religions.
Pendant longtemps l’Eglise catholique a pensé le mystère chrétien à travers la personne du Christ de manière un peu exclusive, au contraire des
traditions chrétiennes orientales qui sont fondées plus explicitement sur
la trinité. Le nouveau Catéchisme est justement ouvert à cette vision trinitaire de la foi. Dans l’Eucharistie par exemple, on ne souligne pas seulement l’aspect sacrificiel de la croix du Christ, mais aussi l’offrande
reconnaissante au Père pour toutes les merveilles de la création; le rôle
du Saint Exprit est également mis en évidence: Jésus Christ devient présent
par le moyen de la Parole (»Ceci est mon corps… Ceci est mon sang») et de
l’Esprit Saint (»Sanctifie ces offrandes en répandant sur elles ton
Esprit»). C’est là une vision théologique nouvelle et ancienne qui nous ramène aux sources de la doctrine trinitaire, à la conception des Pères de
l’Eglise.
La transmission du contenu
Le Pape et la Commission pour le Catéchisme ont affirmé très clairement
que ce texte ne s’adresse pas à tous dans sa version intégrale. Il s’agit
bien du Catéchisme du peuple de Dieu, mais il doit être traduit en rapport
avec les diverses cultures, selon les mentalités et les âges. Ce sera donc
un texte de base pour les catéchismes qui doivent être écrits à l’avenir,
pour les enfants, les adolescents, les adultes… Il existe déjà des catéchismes qui sont plus ou moins inspirés par le travail de la Commission,
mais à l’avenir on devra prendre comme référence nécessaire l’exposé de la
foi résumé dans ce Catéchisme de l’Eglise catholique.
Ce Catéchisme ne peut pas être lu comme n’importe quel texte. J’ai conseillé à des amis d’en faire une lecture progressive, en se rappelant qu’il
s’agit d’un texte pour la vie: il ne peut être parcouru à la hâte pour en
examiner les points les plus intéressants, mais il faudra le lire au cours
des années, afin d’en assimiler toute la richesse. En ce sens le Catéchisme
sera très important dans les facultés théologiques et les séminaires (le
Cardinal Giordano de Naples en a fait cadeau à chaque séminariste). De
fait, durant ces dernières années, il y a eu parfois des confusions doctrinales, mais aussi une transmission désordonnée de la doctrine chrétienne.
Les enseignements fondamentaux peuvent maintenant être repris d’une façon
meilleure avec le Catéchisme, en dominant les oppositions que certains
théologiens ont fait ressortir après le Concile Vatican II. Ainsi, les nouveaux prêtres pourront avoir avec le Catéchisme un instrument commun de
formation.
A la fin de chaque chapitre, le Catéchisme propose des phrases synthétiques sur les données principales (»En bref»). De telles synthèses peuvent
aider la mémorisation de certains aspects de la vérité chrétienne, mais il
serait erroné d’en abuser et de réduire la doctrine à une série de formules. Le Catéchisme demande une lecture patiente et complète. Il serait bon
de prendre des initiatives locales pour divulger les idées-forces du Catéchisme. Les paroisses, par exemple, pourraient consacrer leurs activités de
formation catéchétique et spirituelle à la diffusion du Catéchisme.
Catéchisme et liturgie
Dans la seconde partie il est question du sens fondamental, théologique,
de la liturgie qui n’est pas seulement un ensemble de rites et de symboles
mais représente l’action de Dieu-Trinité dans l’Eglise. La liturgie n’a
qu’un but: rendre grâce à Dieu pour tout ce qu’il nous a donné. C’est aussi
l’oeuvre du Christ qui se rend présent et nous aide à participer à la liturgie invisible des saints, des défunts, dans l’Eglise céleste. Puis intervient l’action de l’Esprit Saint (la vision trinitaire du Catéchisme)
qui nous prépare à recevoir le Christ dans les sacrements et dans l’annonce
de la Parole de Dieu, qui nous rappelle les mystères du Christ en les actualisant. La présence du Saint Esprit dans la liturgie est un aspect prédominant de l’Orient chrétien: l’insistance du Catéchisme sur ce point a
donc une signification oecuménique importante.
Parmi les nombreux thèmes abordés, il y a celui du lieu de la célébration. Le Catéchisme rappelle clairement qu’au centre de l’église il y a
l’autel, conçu à la fois comme le lieu du sacrifice de louange, d’action de
grâce et d’intercession, et comme la table de la cène, du repas pascal avec
le Christ. On a souvent dévéloppé l’aspect de repas fraternel dans la célébration de l’eucharistie, au détriment de l’aspect sacrificiel d’offrande:
le Catéchisme nous rappelle la double signification de l’autel. Dans les
constructions modernes et dans les restaurations d’églises anciennes, on
n’a pas toujours tenu compte de l’importance de l’autel; il y a souvent des
adaptations précaires et inadéquates. Pourquoi, pour célébrer face au fidèles, faut-il flanquer un vénérable autel traditionel d’une petite table de
salle à manger? Il n’a a pas nécessité absolue de célébrer toute l’eucharistie face au peuple. Après la liturgie de la Parole à l’ambon, le célébrant
peut être à l’autel orienté comme les fidèles pour offrir le mémorial sacrificiel, si l’architecture se prête mieux à cette forme.
Le Catéchisme offre beaucoup d’espace à l’imagination créatrice de
l’Eglise. Le danger dans le domaine liturgique est de tomber dans un nouveau conformisme. Il faut rappeler, comme le fait le Catéchisme, que la liturgie appartient au peuple de Dieu et non au clergé, même si c’est le prêtre qui la préside. La liturgie veut nous faire approcher du mystère du
Dieu, en nous aidant à sortir de nos préoccupations terrestres pour retrouver la vie de Dieu dans la foi. Cette communion au mystère de Dieu est essentielle et doit guider les responsables dans la construction des églises,
dans la disposition de l’autel, dans le chant: tout doit être mis en oeuvre
pour aider le peuple de Dieu à prier dans «la joie du ciel sur la terre»,
comme disent les chrétiens orientaux. Souvent la liturgie est banalisée à
tel point qu’on peut se demander à quoi elle sert. Cet aplatissement de la
liturgie explique l’éloignement de certains par rapport à l’Eglise. On n’a
pas su bien utiliser le renouveau liturgique du Concile pour aider le peuple de Dieu à vivre le mystère du salut dans la contemplation et l’adoration.
L’eucharistie dans le Catéchisme
Très importante est la réflexion que fait le Catéchisme sur la réalité
du mémorial eucharistique. L’eucharistie est la source et le sommet de la
vie chrétienne et de la liturgie. Le Catéchisme cite l’ancienne célébration
eucharistique de S. Justin (2e siècle) comme modèle. La doctrine est claire, traditionnelle et actuelle: dans l’eucharistie, on ne répète pas le
sasrifice du christ, qui est unique, mais celui-ci devient présent et actuel, comme action de grâce et louange au Père, comme mémorial de la croix et
de la résurrection, comme offrande de l’Eglise. Dans l’eucharistie s’accomplit la mémoire active du sacrifice du Christ. Il ne s’agit pas seulement
de se souvenir, mais de revivre et actualiser un acte du passé. L’Eglise
peut offrir ce sacrifice comme sa prière la plus parfaite.
En outre, la présence du Christ se réalise à travers la puissance de la
Parole et du Saint Esprit. Le Catéchisme met en évidence l’acte de l’épiclèse, l’invocation du Saint Esprit, qui fait du pain et du vin le corps et
le sang de Jésus-Christ. Ici apparaît un aspect oecuménique. On affirme que
l’Eglise catholique reconnaît sa communion avec les Eglises orthodoxes dans
la célébration eucharistique. Reprenant le Concile Vatican II, le Catéchisme rappelle qu’il n’y a plus de problème proprement doctrinal avec les orthodoxes concernant l’eucharistie, même s’il subsiste quelques distances
d’ordre historique. Avec les communautés protestantes le problème est plus
délicat, parce qu’elles n’ont pas conservé le sacrement de l’ordre et que
l’Eglise catholique ne peut donc pas accepter l’intercommunion. Mais là encore il a y des ouvertures: le Catéchisme rappelle que dans certains cas
les ministres catholiques peuvent donner l’eucharistie à des chrétiens qui
ne sont pas en pleine communion avec l’Eglise catholique, pourvu qu’ils la
demandent spontanément et manifestent la foi catholique concernant ce sacrement. Il y a là des attitudes très pacifiques et sereines dans les relations avec les orthodoxes et les protestants, particulièrement quand on
pense aux divisions du passé. Après le Concile de Trente le dialogue
n’était plus possible; aujourd’hui il y a une ouverture très positive dont
veut témoigner le Catéchisme. L’Eglise y manifeste sa générosité en même
temps que sa fidélité à la doctrine des sacrements et du sacerdoce. Il faut
espérer que le Catéchisme soit utilisé dans les rapports oecuméniques entre
les diverses Eglises pour faire fructifier ces gestes d’ouvertures.
La prière dans le Catéchisme
Au début de la quatrième partie sur la prière, le Catéchisme cite Ste
Thérèse de l’enfant Jésus qui donne cette définition: «Pour moi, la prière
c’est un élan du coeur, c’est un simple regard jeté vers le ciel, c’est un
cri de reconnaissance et d’amour au sein de l’épreuve comme au sein de la
joie.» Tout le chapitre du Catéchisme sur la prière doit être lu dans cette
perspective de l’amitié et de l’intimité avec le Christ. C’est un dialogue
du coeur avec Dieu dans la simplicité des paroles, des sentiments et du silence.
La prière est vécue aussi dans la communion des saints et en particulier
en union avec Marie. La Mère du Seigneur est un exemple de l’authentique
adoration et intercession devant Dieu. Son «Fiat» est le symbole de la
prière chrétienne: être tout à Dieu qui nous a tout donné. Le Catéchisme
conclut l’article sur le chemin de la prière par un beau texte sur Marie
qui peut être un éclairage oecuménique: «Marie est l’Orante parfaite, figure de l’Eglise. Quand nous la prions, nous adhérons avec elle au dessein du
Père, qui envoie son Fils pour sauver tous les hommes. comme le disciple
bien-aimé, nous accueillons chez nous la Mère de Jésus, devenue la mère de
tous les vivants. Nous pouvons prier avec elle et la prier. La prière de
l’Eglise est comme portée par la prière de Marie. Elle lui est unie dans
l’espérance.» (2679)
Un livre pour la vie
Le Catéchisme est un livre vivant et un livre pour la vie de tout chrétien. tous ceux qui ont collaboré à cette oeuvre immense ont voulu vraiment
«rendre compte de l’espérance qui est en nous». Certes, il faudra du temps
et des efforts pour faire parvenir la vérité du Catéchisme à tout croyant
et la faire assimiler. On peut demander à l’homme d’aujourd’hui un effort
de ce genre. Souvent les prêtres pensent que les laïcs ne peuvent comprendre un discours de la foi trop poussé et ils hésitent à faire des homélies
qui exigent une grande attention de la foi. Il est au contraire venu le moment de demander aux chrétiens un effort exigeant. On ne peut réduire le
christianisme à la bonté. Etre chrétien veut dire savoir ce que Dieu a fait
aujourd’hui pour nous dans la liturgie et dans les sacrements, ce qu’il
nous promet en nous proposant la morale comme guide et perspective de notre
vie, quelles joies il nous offre à travers la vie de prière et de communion
avec le Christ, dans la puissance de l’Esprit Saint. (apic/Max Thurian/cb)
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