APIC – Dossier
des communications sociales
Un Dimanche des médias consacré aux cassettes audio et vidéo
C’est sur le thème « Les vidéocassettes et les audiocassettes face à la
formation des cultures et des consciences » que sera célébrée un peu partout
dans le monde la 27e Journée mondiale des communications sociales le dimanche 23 mai prochain. Cette traditionnelle journée permet aux fidèles de réfléchir sur le fonctionnement ou le dysfonctionnement des mass médias et,
souhaitons-le, de prendre connaissance du travail considérable qui s’accomplit sans toujours beaucoup de moyens dans les médias catholiques ou par
des journalistes catholiques dans des médias non-confessionnels.
C’est l’occasion aussi pour les catholiques de concrétiser leur solidarité en aidant matériellement certains organes de presse indispensables
pour que l’Eglise soit présente dans la réalité de ce temps.
Dans son message pour cette Journée, le pape Jean Paul II a choisi d’attirer l’attention sur deux « nouveaux médias » spécifiques, qui servent « les
dons de Dieu tels que la parole, l’ouïe et la vue », à savoir les cassettes
audio et vidéo, qui exercent une influence considérable sur les enfants et
les jeunes
Du bon usage des cassettes vidéo
Par Yvan Stern, directeur de Cinédia (anciennement Office catholique du
cinéma) à Fribourg.
Thème très concret, cette année, pour le Dimanche des médias: les cassettes
audio et vidéo. Ce thème permet un moment de réflexion sur un progrès technique qui a envahi tous les foyers, dont il faut mesurer l’usage. Et la
question fondamentale, déjà posée l’an dernier, subsiste: comment annoncer
l’Evangile dans le contexte de cette civilisation de la communication électronique?
Tous les matins, Murielle, 10 ans, arrivait en classe avec les yeux rougis, très excitée. Ses parents travaillaient en ville et quittaient le village – dans la campagne fribourgeoise – de bonne heure. Ils réveillaient
l’enfant et, pour l’occuper, allumaient la TV et lui laissaient le choix
des cassettes vidéo peu adaptées à son âge qui garnissaient les étagères du
salon: films pornographiques, violences, policiers… Qu’elle racontait ensuite à sa maîtresse.
Alors que beaucoup d’adultes sont incapables de faire fonctionner un magnétoscope, certains enfants à l’âge de l’école maternelle savent repérer
dans un film la scène qu’ils aiment, que ce soit dans « Blanche-Neige » ou
dans « E.T. », « L’Ours » ou « Maman, j’ai raté l’avion ». Que de fois n’ont-ils
pas visionné ces films!
Quels parents n’ont pas été confrontés aux choix de leurs enfants en matière de programme TV? Que de conflits la musique n’a-t-elle pas provoqués
dans les familles! Dans chaque discussion revient la piètre qualité des
programmes télévisés destinés aux enfants. Et de baisser les bras parce
qu’il n’est pas facile de trouver, même en cassette vidéo, un autre choix.
Jusque dans les supermarchés, des rayons offrent des films à succès diffusés sur support vidéo.
En Suisse, 64 % des foyers sont équipés de magnétoscopes. Ces appareils
figurent en bonne place dans les salles de classe, de paroisse… Quel usage en fait-on? Marché florissant que celui de la vidéo; deux ou trois firmes le contrôlent à 90 %. Et imposent facilement leur type de produits. Ce
qui marche le mieux, assurent les commerçants, ce sont les films de violence, ceux que la TV n’ose pas (encore) diffuser, au moins en début de soirée.
Des alternatives vaudoises
Certes, d’autres productions existent. Ainsi, la Fédération des paroisses
catholiques du canton de Vaud développe un projet audacieux: depuis deux
ans, elle a financé une demi douzaine de films produits par « les Films du
Levant », réalisés par Jacques Michel. « Clins Dieu », ou comment des jeunes
peuvent dire Dieu; « On l’aimait déjà », film consacré à l’adoption d’enfants
handicapés; « Trois Mariages », ou trois couples qui réagissent face à la
proposition de mariage sacramentel que leur fait l’Eglise; « Aux côtés des
réfugiés », l’enjeu de l’accueil des réfugiés pour les paroisses et les
chrétiens de Suisse romande, ou encore « Caritas » et « Prier et témoigner ».
De son coté, l’Union des religieuses apostoliques a commandé une cassette de 30 minutes pour se présenter au grand public, aux jeunes; son titre:
« Femmes branchées ». Au récent Forum de l’audiovisuel qui s’est tenu à Lausanne, ce ne sont pas moins de 170 cassettes à thème religieux, éducatif,
qui ont été présentées au public. L’alternative à « Rambo » II ou à « Goldorak » existe bel et bien…
« Robocop » dans le bus
Le bus qui quitte Abidjan ce dimanche matin est à peu près à l’heure. A
peine engagé sur le bout d’autoroute qui conduit dans le nord de la Côte
d’Ivoire, l’aide chauffeur branche la vidéo. Durant les sept heures que durera le voyage, j’aurai droit à « Robocop » I et II, plus quelques clips musicaux, bien entendu occidentaux. Les dialogues sont couverts par le bruit
du moteur, pas les bruitages des scènes de bagarre où des pistolets au laser font éclater la tête des protagonistes. C’est neuf heures du matin et,
à l’avant du bus, serrés à deux par siège, cinq ou six gosses, dont des
mignonnes fillettes aux tresses serrées, regardent le sang gicler, la bouche ouverte.
Vous avez dit inculturation? Sur d’autres lignes, tenues par des commerçants musulmans, le programme est différent: passage du Coran et films
d’édification islamistes. Mgr Bernard Agré, ancien évêque de Man, petite
ville à la frontière du Libéria, me parlait de ces clubs vidéo qui fleurissent dans tous les quartiers, dans tous les villages, même où il n’y a pas
d’électricité. « Vous n’imaginez pas la consommation de cassettes vidéo! »
Dans les rues de Man, j’ai compté un nombre impressionnant de boutiques
proposant des cassettes vidéo. En vitrine: films de karaté, films américains et beaucoup de porno; plus quelques films indiens ou égyptiens; peu
de cassettes originales: la piraterie fonctionne.
Près de la cathédrale de Man, dans trois pièces bercées par le ronronnement des climatiseurs, deux bancs de montage professionnels, une caméra, du
matériel d’enregistrement, d’éclairage. Trois stagiaires s’entraînent, sur
le balcon qui domine l’école de la mission, à faire un panoramique non bougé, d’abord sur pied, puis à l’épaule. Visionnement, critique. Une vingtaine de collaborateurs, formés sur place, encadrés par deux techniciens, produisent des bandes à l’usage de la catéchèse locale, des reportages sur la
vie du diocèse (grand comme la Suisse) et des petits films (le dernier dure
50 minutes) parlant de problèmes de société, des enfants abandonnés, de
l’école… Ces films sont présentés par des animateurs dans des groupes de
jeunes, d’adultes. Ils provoquent des discussions. Je les ai présentés à
des enseignants romands; l’accueil a été très positif.
L’Inde, plus grand producteur de films
L’Inde est le plus important producteur de films. Trois fois plus que les
Etats-Unis. Il y a donc une grande consommation d’images. Gaston Roberge,
jésuite, travaille dans un centre de production de matériel audiovisuel
pour les écoles, centre qui dépend d’un collège catholique. Objectif: tous
les mois, un magazine d’une demi-heure sur un problème de société (par
exemple le Sida).
Naïvement, je lui demande combien de cassettes vidéo sont diffusées? « Je
ne sais pas, peut-être quelques milliers. Mais le gouvernement met à notre
disposition un canal satellite et nous diffusons ainsi ces magazines à 600
collèges. » Qui ont chacun entre 3 et 5’000 élèves… « C’est le gouvernement
qui nous demande ça, qui le finance. On ne peut pas faire directement de
l’évangélisation, mais le gouvernement demande que nos programmes fassent
référence à des valeurs morales. »
La nouvelle culture, celle de l’électronique, conclut Yvan Stern, touche
tous les hommes, sur tous les continents. Question posée aux chrétiens:
sera-t-elle non seulement un moyen, mais aussi un lieu d’évangélisation ?
(apic/ys)
Encadré
En Suisse romande, Cinédia a pour but, sur mandat des évêques, de diffuser
pour l’animation pastorale, pour la catéchèse et pour le grand public les
films et cassettes vidéo à thème religieux, éducatif. Son catalogue comprend plus de 150 titres en français, en particulier des productions de la
Fédération des paroisses catholiques vaudoises, du Jour du Seigneur (Paris), de l’Organisation catholique internationale du cinéma (OCIC, Bruxelles). L’adresse de Cinédia: rue de Locarno 8, 1700 Fribourg. Tél. 037/22 77
26. Son activité a été rendue possible grâce au soutien de la Collecte du
Dimanche des médias. 24 organismes, indispensables à une présence de
l’Eglise dans le monde des médias, ont bénéficié d’une aide de cette Collecte, qui sera faite dans les paroisses le dimanche 23 mai. (apic/be)
Encadré
La responsabilité de tous est engagée
Le thème de cette Journée mondiale va dans la droite ligne de l’Instruction
pastorale « Aetatis novae » sur les communications sociales publiée il y a un
an. Dans ce texte, le pape rappelait l’expansion considérable des nouveaux
modes de communication grâce à l’évolution de la technique et parlait de
nouvelle culture qui influence fortement l’ensemble du monde. Parmi ces
nouveaux moyens de communication, les vidéocassettes. « Ces nouvelles
ressources, poursuit Jean Paul II dans son message pour cette Journée des
médias, devraient être reconnues comme des instruments que Dieu a mis à
notre disposition ». Mais comment les utiliser ?
Le pape et le cardinal Henri Schwery, évêque responsable des médias,
font appel aux professionnels, afin qu’ils donnent aux programmes qu’ils
confectionnent « une qualité morale telle que leur effet sur la formation de
la culture soit toujours positif ».
Les utilisateurs de ces cassettes, par leurs choix, par leurs réactions,
peuvent influencer la production. La responsabilité de chacun est engagée,
celle des parents en particulier, puisque ces films sont à la portée de
tous et utilisés abondamment par les plus jeunes. Mais la révolution de la
communication est telle que l’enjeu est plus grand encore: c’est la nouvelle culture basée sur l’électronique qui doit être évangélisée. L’Eglise
saura-t-elle relever ce nouveau défi? (apic/ys)
Nota Bene: La maquette de cette page, déjà réalisée et prête à l’impression, vous parviendra par la poste ces prochains jours.
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse