Les couples sans enfant, parents pauvres de la pastorale familiale

En Suisse romande, l’Église prévoit peu de choses pour accompagner les couples souffrant d’infertilité. Ils sont pourtant nombreux, mais demander de l’aide n’est pas forcément facile.

Christine Mo Costabella

«L’infertilité? On en parle lors de la préparation au mariage. On dit aux fiancés de ne pas trop attendre pour envisager un enfant, car si tout ne se passe pas comme prévu, cela peut vite devenir un sujet de tensions.» Florence Gabioud est responsable de la pastorale de la famille du diocèse de Sion avec son mari Casimir. Elle connaît de nombreuses situations de couples en attente d’enfants, mais elle avoue que rien n’est prévu pour eux dans le diocèse.

«Il faut reconnaître que jusqu’à présent, on était plutôt sur le champ de la régulation des naissances que sur la procréation. Avec les mariages plus tardifs, ces situations d’infertilité deviennent plus fréquentes… Mais on n’est pas prêts! Il nous faut réagir…» Pourtant, explique-t-elle au téléphone, il est rare que des gens concernés viennent toquer directement à la porte de la pastorale de la famille. «Ce n’est pas facile de dire: ›Voilà, on ne peut pas avoir d’enfant’. C’est comme les conflits de couple! On ne va pas le crier sur les toits.»

Lors d’un apéro

Même constat dans le canton de Vaud. «Les gens ne viennent pas à la pastorale de la famille pour parler de leurs problèmes d’infertilité. Généralement, cela sort plutôt dans une discussion informelle, après un cours, ou lors d’un apéro, observe Monique Dorsaz, coresponsable de la pastorale familiale vaudoise. Mais c’est pareil pour le remariage ou l’homosexualité. En fait, sur ces questions, les gens n’attendent pas grand-chose de l’Église, dont le discours est assez fermé.»

Monique Dorsaz | © B. Hallet

Les couples concernés ont pourtant besoin d’une parole d’encouragement; ils souffrent d’une image écornée d’eux-mêmes, ils se sentent réduits à leur difficulté à donner la vie. «Ils ont besoin de se sentir accompagnés pour choisir en couple comment faire face à cette épreuve et discerner vers quoi leur conscience les pousse. Depuis Amoris Laetitia, c’est cette approche que nous privilégions», commente Monique Dorsaz.

«Les deux conjoints découvrent parfois qu’ils n’ont pas du tout la même vision des choses.»

Pour elle, on ne peut se contenter d’asséner aux couples en mal d’enfants les interdits sur la procréation médicalement assistée formulés en 1987 par Donum Vitae, le document de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

«D’ailleurs, pour la plupart des gens que nous rencontrons, le premier réflexe concernant la sexualité n’est pas de savoir ce qu’en pense l’Église, mais de trouver une solution qui leur convienne tout de suite, même s’il s’agit d’utiliser la pilule, le préservatif ou de procéder à une PMA, renchérit Florence Gabioud. Ce que nous conseillons aux fiancés, c’est d’en parler ensemble avant que le problème se présente. Si le bébé n’arrivait pas, que feraient-ils? Les deux conjoints découvrent parfois qu’ils n’ont pas du tout la même vision des choses.»

Impossible, dans tous les cas, de servir des discours tout faits. «Je me souviens d’un cours que je donnais sur l’histoire d’Abraham et de Sarah qui, selon la Genèse, ont enfanté Isaac pendant leur vieillesse, raconte Monique Dorsaz. J’avais alors trente ans et j’étais déjà maman. A la fin du cours, je me suis faite incendier par une dame qui me demandait: ›La Bible parle uniquement des situations d’infertilité qui se terminent bien: pourquoi?’ Elle était manifestement très blessée. Et je pense à cette fille que je connais, conçue par fécondation in vitro: une fille merveilleuse! Mais ses parents ne mettent plus les pieds à l’église, ils ont été trop blessés d’avoir été jugés.»

La PMA, pas une panacée

Même si les couples se passent de la bénédiction de l’Église pour affronter l’infertilité comme ils l’entendent, la procréation médicalement assistée est loin d’être la panacée. «C’est le parcours du combattant. Pour certains couples, c’est l’ultime recours pour aller vers un plus de vie. Mais pour d’autres, ça ne marche pas», constate Monique Dorsaz.

Certaines personnes émettent le souhait de rencontrer d’autres couples dans la même situation pour échanger. Des offres existent en ce sens en France, notamment les week-ends Esperanza (voir encadré). «Nous sommes ouverts à mettre en place quelque chose de similaire ici. Cependant, il me semble que les Suisses préfèrent l’accompagnement individuel», estime l’agente pastorale.

En attendant, la pastorale de la famille met à disposition sur son site des lectures ou des vidéos pour approfondir le sujet. «Il faut que les gens puissent découvrir que leur fécondité dépasse la famille au sens stricte. C’est également vrai pour les gens qui ont eu des enfants! Quelle que soit notre situation familiale, la Bible nous invite tous à être comme des arbres qui portent du fruit.» (cath.ch/cmc)

Quelques ressources proposées par la Pastorale de la famille

Accompagnement
– Le Chemin Neuf propose un week-end pour couples en espérance d’enfant du 4 au 6 mars 2022. A suivre depuis chez soi.
Au cœur des mamans est une association fribourgeoise consacrée aux femmes ayant vécu ou vivant des difficultés liées à la périnatalité, recommandée par la Pastorale de la famille du diocèse de Sion.
– Les week-ends Esperanza sont proposés aux couples sans enfants qui veulent passer un moment fraternel dans la joie et l’espérance.
L’AVIFA (Amour, vie, famille) en Valais a proposé par le passé des formations sur la Naprotechnologie.
– À Genève, Elise Cairus a fait sa thèse sur l’accompagnement spirituel à la naissance. Elle offre des services d’accompagnement autour de cette thématique.

Vidéos
Cana, mission de la communauté du Chemin Neuf, a organisé une soirée pour les couples en espérance d’enfant pendant le confinement. Cette soirée est disponible en replay ici.
Témoignage d’Erico et Fracesca, qui ont adopté, puis eu des enfants biologiques, sur Vatican News.

Livres
Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants… ou pas. Livre-témoignage de Claire S2c, sous forme de bande dessinée, paru en juin 2020 aux éditions Mame. Voir l’interview de l’auteur.  
Attendre et espérer, d’Olivier Mathonat, qui a fondé les week-ends Esperanza avec son épouse Joséphine, aux éditions Emmanuel.
Quand l’enfant se fait attendre, de Michel et Marie Mornet, aux éditions de du Parvis.

Christine Mo Costabella

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