Mondial de football au Qatar: les droits humains ne sont pas un jeu

Un an avant la coupe du monde de football au Qatar, l’ACAT-Suisse et l’Eglise évangélique réformée de Suisse (EERS) alertent sur la situation des droits humains dans ce pays du Golfe persique. Elles lancent une pétition à l’occasion de la Journée des droits de l’Homme du 10 décembre 2021.

L’attribution de la Coupe du monde de football 2022 au Qatar est controversée depuis le début. La précarité des droits humains dans le pays a été mise en lumière dès que l’organisation de l’événement a été attribuée à cet émirat arabe. Les conditions de travail, de protection et de sécurité sur les chantiers sont intolérables; le nombre de morts et de blessés est considérable, la main-d’œuvre est hébergée et traitée de manière indigne et se voit systématiquement refuser toute rémunération digne de son travail. Cette réalité fait penser à une forme d’esclavage, dénoncent la campagne de l’ACAT-Suisse et de l’Eglise  évangélique réformée de Suisse (EERS).

La Journée internationale des droits de l’Homme

La Journée internationale des droits de l’Homme commémore la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH), adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 10 décembre 1948. Cette déclaration est la première reconnaissance universelle du fait que les libertés et les droits fondamentaux sont inhérents à tout être humain et qu’ils sont inaliénables. La DUDH a été traduite dans plus de 500 langues. MP

En 2017, sous la pression extérieure, la Fédération internationale de football (FIFA) a adopté une politique en matière de droits humains. Elle s’engage à prendre les mesures appropriées pour éviter que ses activités aient ou contribuent à avoir des incidences négatives sur les droits de l’homme. Mais les démarches entreprises par la FIFA sur cette base n’ont démontré qu’une efficacité ponctuelle et ont peu fait évoluer la situation fondamentale en matière de droits humains au Qatar, déplore la campagne.

Des milliers de décès inexpliqués

Les violations des droits humains se déroulent surtout en lien avec la construction des infrastructures de la Coupe du monde de football. Au début 2021, le quotidien britannique The Guardian a évoqué le chiffre de 6’500 décès parmi les étrangers travaillant sur les chantiers au Qatar depuis 2010.

Un rapport d’Amnesty international, publié en août 2021, révélait que les autorités qatariennes n’ont pas enquêté sur les décès de plusieurs milliers de travailleurs migrants. Au sujet de ces morts non élucidés, le risque principal pour la vie et la santé des travailleurs au Qatar est l’exposition à une chaleur et une humidité extrêmes.

Sous la pression des ONG et des mouvements de travailleurs, le Qatar a lancé des réformes. Cependant, beaucoup d’entre elles ne sont pas ou pas suffisamment mises en œuvre. Les nouvelles directives concernant les excès de chaleur par exemple manquent leur cible puisque aucun temps obligatoire de repos n’est prévu. La responsabilité d’interrompre le travail en cas de température extrême incombe aux travailleurs eux-mêmes. Ce que la plupart n’osent pas faire par crainte de leur employeurs.

Pour le pape, le sport doit amener à «une grande noblesse» | © Phillip Kofler/Pixabay

L’attitude ambiguë de la Suisse

En octobre 2020, le Conseil fédéral a approuvé le rapport sur la stratégie de politique extérieure dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord  (MENA 2021 – 2024) . Ce document indique que «la Suisse met à profit les échanges bilatéraux sur les droits de l’homme en lançant un dialogue sur la migration du travail et le thème «sport et droits de l’homme», notamment dans l’optique de la Coupe du monde de football 2022.

Entre ce discours officiel et la réalité, ll semble cependant que les autorités suisses fassent deux poids, deux mesures. Ainsi, en 2019, quand le DFAE a demandé l’autorisation d’exporter deux systèmes de défense aérienne d’une valeur de plus de 200 millions de francs destinés à protéger les stades qataris, le Conseil fédéral a donné son accord tout en admettant que «le Qatar [viole] systématiquement et gravement les droits humains, en particulier au vu de la situation des travailleurs migrants et des restrictions de la liberté d’expression et de réunion.» 

Un symbole de paix?

Les Jeux olympiques ou les championnats de football se veulent des symboles de rencontre pacifique entre les peuples et sont vendus comme tels. Mais des États autocratiques utilisent le message du sport pour faire la promotion de leur pays. Le Comité olympique, la FIFA et l’UEFA sont les ballons d’échange dans ce jeu douteux, s’indignent l’ACAT et l’EERS.

Une compétition disputée dans des stades construits dans des conditions indignes ne peut être pacifique, poursuivent les deux associations. Si les droits humains sont perdus avant même que la partie ne commence, il ne saurait y avoir de victoires sportives. Pour la campagne, il faut empêcher que les droits de l’homme restent hors-jeu. La FIFA et les organisateurs en sont redevables, non seulement aux fans de football, mais à tous les citoyens. (cath.ch/com/mp)

Pas que le sport
Si le secteur de la construction est sous le feu des projecteurs, il n’est de loin pas le seul domaine problématique au Qatar. Dans toutes les branches de l’économie et toutes les couches de la société, les droits humains sont fortement restreints. Les femmes ont besoin de la permission de leur tuteur masculin pour toute décision importante. L’homosexualité est illégale. Les employées dans le service domestique sont maltraitées, exploitées et abusées.
La situation n’est pas meilleure concernant les libertés de religion d’opinion et d’expression. La liberté de religion est restreinte, les personnes de religion chrétienne sont victimes de contrôles et de discriminations systématiques. Elles n’ont le droit ni de professer, ni de vivre publiquement leur foi. Le fait de répandre des «fake news», qualifiées de telles sans critère précis, peut valoir jusqu’à cinq ans de prison.
La liberté politique et les droits civiques sont aussi très limités. L’émir du Qatar a tout pouvoir exécutif et législatif, en plus de contrôler la Justice. Les partis politiques sont interdits. Les seules élections existantes permettent d’élire des comités uniquement consultatifs. La grande majorité de la population se compose de non-citoyens sans droits politiques, avec peu de droits civiques et de faibles perspectives économiques. MP

Tamim ben Hamad Al Thani est l’émir du Qatar depuis 2013 | Wikimedia commons Ahmad Thamer Al Kuwari CC-BY-SA-2.0

Abolir le ‘système kafala’
Le ›système de la kafala’, en vigueur dans plusieurs pays du Golfe, est considéré comme la raison principale des innombrables tragédies sur les chantiers qataris et chez les employées domestiques. Ce système prévoit que les travailleurs d’origine étrangère dépendent totalement de leur employeur, pour leur autorisation de séjour et de travail. Il leur est interdit de changer d’emploi sans son consentement.
L’État délègue ainsi à l’économie privée le respect des droits du travail et de séjour. L’absence de contrôles et même de règles concernant l’application de ce système, conduit souvent à des conditions de vie indignes, à du travail forcé et à d’autres abus.
Pour la Journée des droits de l’homme 2021, l’ACAT-Suisse adresse une pétition au gouvernement qatari pour lui demander d’honorer ses promesses en abolissant rapidement, activement et durablement le ›système de la kafala’.  MP

Maurice Page

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/mondial-de-football-au-qatar-les-droits-humains-ne-sont-pas-un-jeu/