À Florence, l’Église va mettre la diplomatie des villes à l’honneur

Du 23 au 27 février 2022, Florence accueillera la Rencontre des évêques et des maires de Méditerranée. Cet événement original, auquel participera le pape François, s’inspire de la politique de «diplomatie des villes» menée en pleine Guerre froide par le «saint-maire» de Florence Giorgio La Pira.

Pendant cinq jours, les maires de soixante-quatre villes, dont Rome, Marseille, Athènes, Jérusalem, Beyrouth, Tripoli (Libye) ou Istanbul se retrouveront pour dialoguer sur l’avenir de la Méditerranée, aux côtés d’évêques provenant eux-aussi de l’ensemble du pourtour méditerranéen. La discussion se concentrera en particulier sur la thématique de la paix dans cet espace frappé par de nombreux conflits ces dernières années.

Organisée par les évêques d’Italie avec la mairie de Florence, la rencontre se veut le prolongement d’un autre sommet organisé à Bari en février 2020 sur le thème: «Méditerranée, frontière de paix». Une rencontre, qui, néanmoins, n’avait rassemblé à l’époque que des évêques.

Un inspirateur principal

Le choix de Florence et d’une rencontre de maires est directement inspiré par les grandes rencontres de maires organisées à Florence dans les années 1950 – 1960 par le maire de l’époque, Giorgio La Pira.

«Les deux rencontres qui auront lieu à Florence sont unies par l’héritage de La Pira», a ainsi assuré le cardinal-évêque de Florence Giuseppe Betori lors d’une conférence de presse le 19 février. À la même occasion, Dario Nardella, actuel maire de la cité toscane, a rendu hommage à son prédécesseur, le citant: «le Maire de Florence doit s’occuper de changer les ampoules et de promouvoir la paix dans le monde». 

Catholique convaincu et engagé, intellectuel antifasciste et juriste renommé, Giorgio La Pira (1904-1977) est très marqué, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, par les dommages infligés par six années de conflit aux villes, en particulier par l’annihilation d’Hiroshima et de Nagasaki. En 1954, alors que la menace d’un conflit nucléaire se renforce entre les blocs de l’Est et de l’Ouest, il prend la défense de la ville lors d’un sommet à Genève:

«Nous sommes entrés, pour ainsi dire, dans l’époque historique des villes. Chaque ville est une lumière et une beauté destinée à éclairer. Les villes ont une vie propre: elles ont un être mystérieux et profond, une âme propre et un destin propre: elles ne sont pas de simples amas de pierres occasionnels: elles sont des demeures mystérieuses d’hommes et plus encore, d’une certaine manière, des demeures de Dieu. Ces villes de la Terre, construites au fil des siècles, appartiennent aux générations futures.»

Unir les villes pour unir les nations

Imprégné de cette «mystique» des villes, La Pira décide en 1955 de convier à Florence des maires du monde entier – de l’Est comme de l’Ouest, du Nord comme du Sud. Il est en fait persuadé qu’il faut «unir les villes pour unir les nations». Son idée: construire des ponts culturels, économiques et diplomatique pour promouvoir une culture de paix et de dialogue.

La Pira, explique Mario Primicerio, ancien maire de Florence et aujourd’hui président de la Fondation Giorgio La Pira, considérait la foi chrétienne comme «une foi de relations» qui l’appelait donc à «favoriser l’Unité des Églises et l’Unité des peuples». Il rappelle que son prédécesseur aimait citer sainte Catherine de Sienne: «Notre tâche est de proportionner les murs des villes terrestres à ceux de la Jérusalem céleste». 

Selon Mario Primicerio, cette conception de la ville procède de la passion de La Pira, sicilien d’origine, pour sa ville de Florence. Pour La Pira, explique-t-il, «Florence n’a jamais été impérialiste, mais curieuse et attentive aux civilisations qu’elle a approchées, dans un esprit non de domination mais de vision large du monde».

De nombreux jumelages

Dans cette perspective, La Pira a organisé, pendant tout son mandat politique (1951-1965), de nombreuses autres conférences et réunions de responsables politiques à Florence. Des occasions de rencontre notamment entre l’Est et l’Ouest, mais aussi entre le monde musulman et l’Europe chrétienne ou encore entre Israël et les Territoires palestiniens. En tant que maire et député, il créera des jumelages entre Florence et de très nombreuses autres villes: Fès, Reims, Kassel en Allemagne, Philadelphie, Kyōto et Édimbourg. 

Ces liens entre villes visaient à rendre compte du rôle historique qu’elles devraient selon lui jouer dans les siècles à venir. Il déclarait ainsi dans un discours de 1962: «Les villes sont les mémoires vivantes des peuples: elles demeurent à travers les siècles. Les États sont modifiables […] mais les villes restent.» (cath.ch/imedia/cd/mp)

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