Grèce: catholiques et protestants placés sous haute surveillance? (220893)
Bruxelles, 22août(APIC) Les catholiques et les protestants sont considérés en Grèce comme des ennemis de l’intérieur, s’il faut en croire un rapport ultra-confidentiel rédigé par les services secrets de ce pays (EUP)
dont fait état l’organisation bruxelloise «Droits de l’homme sans frontières». Selon cet organisme humanitaire, l’EUP, qui fiche tous les citoyens
non-orthodoxes d’après leur religion et place leurs activités sous surveillance policière, a proposé aux autorités compétentes de prendre des mesures
répressives et préventives contre ces Grecs «non intègres».
«Droits de l’homme sans frontières» cite le quotidien grec «Eleftherotypia» qui a révélé l’existence du rapport des services secrets. Le document,
daté du 18 janvier, porte sur «les sectes actuelles et les organisations
religieuses parallèles en Grèce». Pour préserver leur anonymat, ses auteurs
se présentent sous une mystérieuse appellation: «Le Bureau».
L’introduction du rapport explique que «des groupes chrétiens parallèles
sont devenus très actifs dans le pays» et qu’il est nécessaire d’examiner
les conséquences de telles activités au plan national et dans une moindre
mesure, religieux.
«Ces jésuites prêts à se précipiter sur la Grèce»
«Le Bureau» note que les catholiques ne font pas de prosélytisme, mais
il n’est pas rassuré pour autant. Il explique leur attitude réservée par le
fait que «le Vatican n’a pas renoncé à sa tentative de latiniser les Grecs
et il conseille à l’Etat de rester vigilant. Nous pouvons être sûrs qu’il
(le Vatican) n’attend que l’occasion pour que des missionnaires jésuites se
précipitent de nouveau sur tout le territoire grec en vue de mener à bien
leur projets».
Les auteurs du rapport proposent de répartir les Grecs en deux catégories en fonction de leurs opinions religieuses. Les Grecs «intègres» (orthodoxes) et les Grecs «non intègres» (tous les autres). «Nous n’exagérons
pas quand nous affirmons que tout Grec qui n’est pas orthodoxe n’est pas un
Grec intègre», écrivent-ils. Ce critère correspond à l’esprit du peuple ordinaire qui n’aime pas et qui taxe de «traîtres» tous les Grecs qui changent de religion.
«Conscience nationale atténuée»
Pour le Bureau, «tous les Grecs ’non intègres’ ont une conscience nationale atténuée et mettent en danger la sécurité nationale, car ils obéissent
à des instructions de l’étranger». Le rapport propose une série de mesures,
les unes «répressives», d’autres «préventives». Parmi les secondes, on relève la purification religieuse des médias et institutions religieuses:
fermeture des stations de télévision et de radio dirigées par «des hérétiques», et admission aux seuls croyants orthodoxes des Académies de théologie. Les services secrets préconisent en outre le renforcement des lois
contre le prosélytisme, la limitation des autorisations d’ouvrir et d’utiliser des lieux de culte non-orthodoxes, l’expulsion immédiate d’étrangers
travaillant dans des organisations non-orthodoxes, y compris parmi les résidents de la Communauté européenne.
De l’avis des services secrets grecs, les catholiques et les protestants
grecs ne sont que des agents de l’étranger et «la falsification du dogme
orthodoxe par toutes les organisations hérétiques et religieuses parallèles
visent à saper la conscience et la tradition grecques».
Document du 22 mai
A ce rapport confidentiel est joint un autre documment , daté du 22 mai
1993, qui contient des détails sur un mécanisme visant à réunir des informations sur les activités de pentecôtistes, des évangéliques et des Témoins
de Jéhovah,
Pour «Droits de l’homme sans frontières», ces méthodes préconisées par
l’EUP rappellent celles utilisées contre les communistes et les socialistes
grecs, il y a plus de 20 ans, avant qu’une junte militaire ne s’empare du
pouvoir.
Fuite inopportune
Les services secrets sont censés avoir annulé le rapport et le document
du 22 mai, du fait qu’ils contenaient des éléments «non vérifiés, voire
complètement faux». Le quotidien «Eleftherotypia» ne croit pas à cette version. Si les documents ont été annulés, ce dont doute le quotidien, c’est
parce que qu’il y a eu fuite et que ces documents sont tombés «en de mauvaises mains».
Selon «Stochos», un journal habituellement bien informé sur les activités des services secrets grecs, l’ordre d’annulation de ce rapport ultraconfidentiel a été rédigé, quand les autorités ont appris qu’il y avait eu
fuite et que le rapport était tombé dans les mains d’une puissance étrangère – probablement Israël – qui a protesté et demandé sa destruction. Malgré
l’opposition des services secrets, les autorités grecques ont demandé de
retirer le rapport, de nier son contenu, ajoute «Droits de l’homme sans
frontières», afin que «ces puissances étrangères ne puissent reprocher à la
Grèce d’être sous l’influence de l’Eglise orthodoxe et de s’ingérer dans
les convictions religieuses de ses citoyens. Sans cette fuite, les directives auraient été pleinement appliquées contre les catholiques et les protestants».
A l’appui de ses accusations, «Eleftherotypia» a publié le fac-similé
d’un des documents figurant dans le rapport «secte» – que publie à son tour
«Droits de l’homme sans frontières».
La religion sur la carte d’identité
En conclusion, «Droits de l’homme sans frontières» souligne que ces activités de surveillance existaient déjà bien avant que le rapport ne soit
écrit et qu’elles sont sans doute poursuivies, malgré les dénégations officielles. L’organisation humanitaire rappelle aussi que la Grèce est le seul
pays de la Communauté européenne qui oblige ses citoyens à mentionner leur
religion sur leur carte d’identité. (apic/cip/ba)
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