« La forêt est notre famille »
Ingelore Haepp, pour l’agence APIC
Bonn, 18août(APIC) Comme un tonnerre d’un orage qui s’approche, un bruit
à travers la jungle… mais le ciel est clair, sans nuages. Un camion
transporteur, traînant derrière lui un nuage de poussière rouge, traverse
bruyamment la forêt. Il emporte d’immenses troncs coupés au coeur des bois.
Une large piste se dessine sous le déboisement, les forêts de l’Afrique
équatoriale se font dévorer. Mais le commerce lucratif de ces bois signifie
la mort pour le peuple des Pygmées qui, depuis 40’000 ans déjà, fait partie
de la forêt.
On appelle Pygmées, ces nains, chasseurs et ceuilleurs qui habitent la
forêt. Depuis des décennies déjà, leur espace vital est détruit, déboisé.
Des maladies menacent leur existence et l’ignorance les rend dépendants des
habitants noirs des villages qui se sont introduit il y a environ 2’000 ans
dans leurs forêts et les traitent encore aujourd’hui comme des esclaves.
Depuis toujours, les Pygmées ramassent des savoureuses feuilles de cocos, du café, des amandes sauvages, du miel, des chenilles nourissantes.
Ils chassent encore à l’arc, à l’arbalète ou au filet. Mais de tout ce
qu’ils rapportent, il ne leur reste pratiquement plus rien, car souvent ces
rois de la forêt sont les esclaves des noirs des villages proches. Leurs
enfants souffrent de malnutrition et meurent de maladies qui seraient pourtant faciles à soigner. Plus leur espace vital change violemment, plus les
gens des forêts ont besoin de protection, eux qui durant des millénaires se
sont parfaitement adaptés à la vie dans la forêt tropicale. Des experts
pensent que ce peuple sera exterminé d’ici quelques années.
La course au profit et les dommages d’une civilisation amènent la mort
d’une race, que les vieux Egyptiens déjà désignaient comme « danseurs de
Dieu ». Le poète grec Homère parlait de ces nains, et le savant Albert le
Grand, au XIIIe siècle, disait des Pygmées que ce ne sont « plus de grands
singes et pas encore tout à fait des hommes ». Mais sur bien des points les
gens des forêts sont en avance par rapport à la société moderne. Qu’elles
s’appellent BaMbuti, BaBinga, BaTwa ou BaKwa, les tribus, une douzaine avec
leur genre de vie et leur langue propres, sont organisées dans un « ordre
social » parfait. Leurs camps sont cachés dans la forêt tropicale. 30 personnes vivent en moyenne dans des huttes à coupoles construites en cercle.
Hommes et femmes s’occupent alternativement des enfants. De même le travail
de chasse et de cueillette de ces demi-nomades momogames se partage clairement. Chez eux, rien a changé jusqu’à nos jours, autour d’eux, tout a changé. Ils ne sont plus que 220’000 à vivre au Zaïre, Gabon, Cameroun, Rwanda,
Burundi, Congo et en République Centrafricaine.
Les temps sont presque révolus, où des masses de touristes faisaient la
chasse à l’homme avec leurs caméras pour emporter un souvenir rare dans
leur « civilisation »: une image des gens de la forêt. Face aux menaces d’extermination de ces peuples, Julian Bauer exige dans un rapport à la Conférence des droits de l’homme de l’ONU en 1993 à Vienne, leur pleine reconnaissance au plan du droit international. Il lance aussi un appel pour des
sanctions économiques en cas de violation des droits de l’homme, ainsi que
pour un arrêt immédiat de toutes les négociations avec les concessionnaires
de bois et un boycott de tous les bois tropicaux. Ces paroles d’un homme de
la forêt de l’Afrique équatorial est devenu depuis longtemps une vérité:
« La forêt est notre famille, nous en sommes une partie. Si vous l’exterminez, vous nous exterminez. » (apic/ih/cb)
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