60e voyage du pape Jean Paul II à l’étranger

APIC – Dossier

La Jamaïque et le Mexique

Rome, 9août(APIC) Le pape Jean Paul II a entrepris lundi son 60e voyage

hors d’Italie qui le conduira en Jamaïque, et au Mexique, pays qu’il avait

déjà prévu de visiter l’an dernier. Il en avait été empêché alors par une

opération des intestins. La troisième étape voyage sera les Etats-Unis où

le pape participera à la VIIIe Journée mondiale de la jeunesse à Denver.

La Jamaïque

L’île de la Jamaïque fait partie de l’archipel des Grandes Antilles et

s’étend sur une superficie de 11’000 km2. Sa nature enchanteresse n’a pas

empêché ses habitants de connaître de grandes souffrances. Le pays, indépendant depuis 1962, compte 2,5 millions d’habitants dont un quart se concentre dans la capitale Kingston. Membre du Commonweathl, la Jamaïque reste

sous l’allégeance de la reine d’Angleterre, représentée par un gouverneur

général, Edward Zacca.

A l’arrivée de Christophe Colomb en 1494, l’île portait le nom de Xamyaca et était peuplée d’Indiens arawaks. Cette population indigène ne résista

pas au travail forcé dans les plantations de cannes à sucre. Un siècle et

demi plus tard, il ne restait plus aucun indien arawak de race pure. A leur

place, les colons firent venir des esclaves d’Afrique. En 1655, les Espagnols furent remplacés par les Anglais qui intensifèrent le recours aux esclaves noirs, ainsi que plus tard à une main-d’eouvre chinoise et indienne.

Actuellement la population d’origine africaine est la souche la plus importante, mais il existe un grand métissage. Les différences raciales correspondent encore pour une bonne part à la stratification sociale: bourgeoisie blanche, classe moyenne métisse, prolétariat noir. Blancs et métis

se rattachent par ailleurs à la culture occidentale, tandis que les noirs

ont gardé de fortes attaches avec les traditions africaines.

L’accroissement de la population pousse un grand nombre de Jamaïcains à

émigrer. Le pays n’est pas le plus pauvre des Antilles, mais son économie

connaît actuellement de graves difficultés dues au chômage, à l’inflation

et à la dette extérieure. Quelques-unes de ses ressources principales: canne à sucre, bauxite et tourisme sont victimes d’un marché mondial morose.

Des chrétiens majoritaires, mais 7% de catholiques

Les chrétiens sont largement majoritaires dans l’ìle, ils constituent

90% de la population. A côté des Anglicans et des protestants, les catholiques forment 7% de la population. Mais ces chiffres sont quelque peu trompeurs, car la religiosité des habitants s’exprime souvent en dehors des canaux institutionnels. Outre le diocèse de Kingston, un second diocèse, celui de Montego Bay, a été créé en 1967. Les structures ecclésiastiques sont

encore celles d’un pays de mission puisque un quart des prêtres seulement

sont des autochtones.

Dans le même temps, la population noire exprime sa vitalité et sa résistance culturelle dans des formes religieuses inspirées à la fois de l’Afrique et du christianisme. Le « rastafarisme » par exemple a engendré de nombreuses communautés où les noirs relisent l’histoire de leur esclavage et

rêvent de leur retour en Afrique. La musique reggae, née en Jamaïque et

chantée par Bob Marley, est directement inspirée par le « rastafarisme ». Il

y a là un grand défi pour l’Eglise catholique, peu sensible, semble-t-il, à

cette effervescence socio-religieuse qui traverse le monde des descendants

d’esclaves.

Le Mexique

Le pape se rend au Mexique pour la troisième fois. C’est par ce pays

qu’il avait commencé ses visites internationales, en 1979, à l’occasion de

la troisième Conférence générale de l’épiscopat latino-américain à Puebla.

Onze ans plus tard, il y séjourna une semaine et parcourut une dizaine

d’étapes. Cette année, sa visite sera brève et se limitera au Yucatan.

Le Mexique compte 88 millions d’habitants. L’Eglise y est actuellement

confrontée à une intense activité des sectes fondamentalistes, qui compteraient plus de six millions d’adeptes.

Depuis la dernière visite, un changement important est intervenu: le 21

septembre dernier, jour anniversaire de l’indépendance (1821), le Mexique

et le Saint-Siège ont établi des relations diplomatiques au plus haut niveau. Jusqu’ici, la République du Mexique n’avait échangé des relations

avec le Siège Apostolique que durant trois ans, de 1864 à 1867. Cette décision met un terme à une situation anachronique, puisque plus de 90% de la

population mexicaine est catholique.

L’Eglise jouissait pourtant d’une assise populaire et d’un crédit certains. Lors de la « Conquête » par le cruel Cortes, c’est alertée par les

missionnaires que la couronne d’Espagne mit en place une législation protégéant les Indiens, avant d’envoyer des fonctionnaires vérifier son application. Quand le premier diocèse fut fondé à Tlaxcala (1523), son premier

évêque en appela à son tour au pape Paul III. De cette période émergent des

grands noms, dont celui de Bartolomé de las Casas, évêque de Chiapas en

1548. L’indépendance fut également pour le peuple intimement liée à la foi

catholique, puisque ce sont deux prêtres qui en donnèrent le signal, tous

deux exécutés après avoir été désavoués par une hiérarchie du côté du pouvoir espagnol. Les épreuves subies par l’Eglise au lendemain de l’indépendance ont vérifié et consolidé son assise populaire de l’Eglise.

Une période d’intenses persécutions

Après l’indépendance, le gouvernement s’en prit en effet à l’Eglise, accusée d’avoir pris le parti de l’occupant, avec d’autant plus de virulence

qu’il se sentait frustré du droit de « patronat » accordé hier à la couronne

d’Espagne, qui en avait fait un instrument d’oppression. Au gré des législations – de la constitution de 1857, qui ne reconnaît plus le catholicisme

comme religion officielle, à celle de 1917, qui accentue encore les dispositions antérieures (confiscation des biens ecclésiastiques, expulsion des

religieux étrangers…), s’affirma un pouvoir nettement anticlérical. Le

calvaire des persécutions fut le plus pénible de 1926 à 1929, sous la présidence de Plutarco Elias Calles, fondateur du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI), qui n’a depuis jamais perdu une seule élection et auquel

appartient l’actuel président Salinas. En novembre dernier, deux mois après

le rétablissement des relations diplomatiques, le pape a béatifié 25 martyrs mexicains, 22 prêtres et 3 laïcs dont la plupart trouvèrent la mort

entre 1926 et 1928, période marquée par le départ de tous les évêques et

l’interdiction pour les prêtres d’exercer leur ministère.

Nouveau statut juridique pour les Eglises

Le climat a changé grâce à deux hommes: Jean Paul II, qui mit Mexico au

programme de sa première visite apostolique, et le président Salinas. En

février 1990, tous deux avaient déjà décidé d’échanger des « envoyés personnels permanents ». Le processus ouvert par le président mexicain n’a pas

fait l’unanimité au sein de son parti, où des voix ont dénoncé le projet de

loi révisant l’article 130 de la Constitution de 1917, en vue du rétablissement des relations diplomatiques avec le Saint-Siège. Le 23 janvier dernier, la Commission permanente du Congrès mexicain n’en a pas moins réformé

les articles 3, 5, 24, 27 et 130 de la Constitution, conférant un nouveau

statut juridique aux Eglises du Mexique.

La réforme a été permise par la victoire écrasante du PRI aux élections

d’août 1991, après une campagne d’intimidation du parti au pouvoir, marquée

aussi par l’absentéisme de l’épiscopat. En effet, le PRI dispose depuis de

la majorité des deux tiers qui lui permet de modifier la Constitution. Ce

retour à une domination écrasante du PRI, contraire à la volonté déclaré du

président Salinas lui-même à l’issue des élections générales de juillet

1988, inquiète jusqu’aux réformistes de sa formation.

Quant aux évêques, ils ont publié une déclaration sur le nouveau cadre

juridique devant permettre l’exercice du droit à la liberté religieuse:

« manifester sa religion n’est plus une action circonscrite juridiquement à

la sphère privée des individus, car la loi garantit son caractère associatif et public », expliquent les évêques, en se réjouissant de cette « avancée

notable ». Les prélats regrettaient néanmoins les « limites et ambiguïtés » de

la nouvelle loi, notamment pour ce qui regarde le droit à la liberté religieuse dans le domaine éducatif, et « quelques mesures et expressions qui

témoignent d’une méfiance, et même d’un soupçon, comme si l’Eglise, et en

particulier la hiérarchie catholique, était à la recherche de richesses ou

de pouvoir politique, ou encore de prestige social ».

Le souffle du néo-libéralisme

Au plan politico-économique, le pays s’est rallié au néolibéralisme. En

1992, l’Accord de libre-échange nord américain (ALENA) a été signé avec les

Etats-Unis et le Canada. Pourtant, selon J. Castaneda, le Mexique « possède

l’une des structures sociales les plus inégalitaires du monde. Tous les riches et les puissants sont blancs; et l’immense masse des pauvres et des

exclus, métis ou indiens ».

C’est à ces derniers que le pape s’adressera lors de sa visite. En se

rendant à Merida (Uycatan), il répond en effet à une invitation des Indiens

des Amériques. Jean Paul II y rencontrera 3’000 déscendants des plus anciennes populations autochtones d’amérique, des Guaranis aux Mayas et des

Yanomanis aux Apaches. Le pape sera fêté par ses hôtes au sanctuaire marial

d’Izamal, patronne du Yucatan, région où vivent 5 millions d’Indiens.

(apic/cip/mp)

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