Naky Savané, actrice ivoirienne (090893)

APIC – Interview

«Je suis femme africaine et fière de l’être»

Alexis Dembelé pour l’Agence APIC

San/Mali, 9août(APIC) L’oeil vif et brillant, le sourire étincelant, Naky

Savané, actrice ivoirienne, adore son métier. Héroïne principale d’»Au nom

du Christ», film coproduit par la Côte d’Ivoire et la Suisse actuellement

en compétition à Locarno, elle clame haut et fort: «Je suis femme africaine

et fière de l’être».

Comme beaucoup d’Africains, Naky a appris son métier sur le tas, en regardant répéter et en imitant. Puis un jour elle remplace une actrice…

avec brio. De quoi frapper un metteur en scène. Le chemin des planches

s’ouvre, puis celui du cinéma. «Au nom du Christ» est son quatrième film,

sous la direction du réalisateur Roger Ngoan M’bala. Le grand prix du Festival panafricain du cinéma (FESPACO) d’Ouagadougou en 1993 confirme son

talent et sa volonté de poursuivre en passionnée.

APIC: Comment êtes-vous arrivée au cinéma?

Naky Savané (NS): Par la voie du théatre. J’ai joué dans une dizaine de

pièces, dont par exemple Samory. Au cinéma, je suis à mon quatrième grand

rôle. Avant «Au nom du Christ», il y a eu «Les guérisseurs», «Bal poussière» et «Le sixième doigt».

APIC: On dit qu’il n’y a pas d’actrices en Afrique?

N.S: Le métier d’actrice en Afrique n’est pas évident. Il faut s’y mettre… avec passion. Je ne fais que cela. Quand je ne suis pas au théatre,

je suis au cinéma. Je prends mon travail à coeur quand on me donne un rôle.

Je m’investis à fond pour ne pas décevoir. C’est une lourde tâche. Je représente un peu l’Afrique. Mes costumes, ma coiffure, tout est une occasion

de valoriser la belle et grande culture africaine. Il doit en être de même

pour le sérieux au travail.

APIC: Dans «Au nom du Christ», vous êtes une folle, guérie par Magloire

Ier, avant de devenir une de ses femmes; pour finalement l’abandonner au

pied de la croix. Pourquoi ce parcours?

N.S: La passion. Je suis une passionnée. C’est un genre de rôle que j’aime.

Tout simplement.

APIC: Ce film aborde la question délicate des sectes. Est-ce un problème

général en Afrique?

N.S: Assurément, le phénomène est étendu est profond. De nos jours, peutêtre à cause de la crise, il y a énormément de déroutes. Les gens pensent

trouver des solutions à leurs problèmes dans les sectes. En fait, ils veulent savoir ce qu’ils sont. Ils ne savent plus où ils en sont. Les marchands de bonheur facile de tout poil prolifèrent. Notre film essaie de dénoncer un tel profit et veut mettre en garde les ’acheteurs’ naïfs.

APIC: Les femmes sont plus touchées que les hommes?

N.S: Oui, elles sont plus sensibles. La femme africaine est confrontée à

des montagnes de difficultés. Au point qu’à la moindre occasion, elle fait

les frais des faux prophètes. Un dilemme plane sur nous: faut-il rester

comme nos grand-mères ou bien suivre le développement? C’est vertigineux.

APIC: Quelle est votre réponse personnelle?

N.S: Je suis à cheval entre les deux. Mais je le dis haut et fort: je suis

fière d’être une femme africaine, fière de ma culture. Je ne vois pas pourquoi j’irais chercher ailleurs ce que je possède déjà ici: la grâce, la beauté. La culture africaine, c’est la meilleure. A travers les rôles que

j’ai assumés jusqu’à présent, je parviens à dire ce que d’ordinaire je ne

peux exprimer. Je participe ainsi à un plus grand réveil, pour que mes conseurs prennent davantage conscience de leurs capacités.

APIC: Quelle message l’actrice Naky a-t-elle pour ses mères et ses soeurs

des campagnes africaines?

N.S: N’ayez pas peur des actrices. Vous détenez encore des secrets. Certes,

une certaine culture disparaît et vous vous demandez comment une fille en

mini-jupe peut-elle encore recevoir de tels trésors. Je veux vous rassurer.

Les actrices africaines ont étés choisies pour vendre la culture avec fierté. (apic/ad/mp)

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