Remise en cause de l’ »économisme » (280993)
Les évêques invitent à « changer le travail »
Paris, 28septembre(APIC) « La société, pour être humaine, sera solidaire
ou elle continuera à ne pas respecter la dignité de beaucoup. Cette solidarité exige d’explorer de nouveaux chemins ». C’est ce que rappelle l’épiscopat français dans un document qu’il vient de publier, à l’heure où trop
d’exclus demandent à « exister socialement en exerçant un travail porteur de
fécondité sociale ». Les évêques invitent à « changer le travail » et demandent une remise en cause de « l’économisme ».
Cela fait plusieurs mois que la Commission sociale de l’épiscopat français a engagé une réflexion sur l’emploi et le travail, avec le concours
d’experts de divers organismes professionnels, syndicaux, politiques. Le
fruit en est une déclaration intitulée « Au nom de la dignité humaine », tandis que l’ensemble de la démarche a donné lieu à la publication d’un livre:
« Face au chômage, changer le travail », paru aux éditions du « Centurion ».
Pour les évêques français, crier contre le chômage ne suffit plus. Il
faut prendre conscience de la logique qu’il crée, agir sur les causes. « Les
remèdes au chômage resteront des soins palliatifs, écrivent-ils, tant que
nous ne nous interrogerons pas sur le type de société que nous voulons
construire, pour le bien des hommes. Au nom de la dignité humaine ».
Les évêques soulignent la distinction à opérer désormais entre l’emploi
et le travail, dès lors que le progrès engendre à la fois l’efficacité et
l’exclusion. « Si la protection sociale existante constitue un acquis, il
serait abusif de voir des assistés en ceux qui bénéficient légitimement de
ces droits ». Il serait injuste qu’un système économique « cherche à se construire sur des inégalités de traitement entre les hommes ». Pour les évêques, « envisager de remédier au manque d’emplois par un ’assistanat’ pour
ceux auxquels on ne saurait offrir aucune activité les exclurait injustement d’une participation responsable à la marche de toute la société ».
Mécanismes puissants et mal maîtrisés
La déclaration invite à remettre en cause le modèle culturel actuel, qui
est celui du plein emploi rémunéré, sous-entendant que la lutte pour la
productivité y conduit naturellement. Ce que les évêques contestent, c’est
la propension de la société à faire prévaloir les exigences de l’économie
sur les rythmes sociaux et la vie en commun, tentation d’autant plus grande
« que la crise intensifie la pression de la recherche de la rentabilité, en
en ignorant le coût humain ». Et de poser la question: « La société pourra-telle longtemps encore ignorer le coût financier apporté par la communauté
nationale du fait du chômage?
Les évêques invitent alors à l’inventivité: « Notre société accepte avec
résignation que l’économie impose ses ’lois’, sans doute parce qu’elle met
en oeuvre des mécanismes puissants et mal maîtrisés ». « On passe insensiblement de la nécessaire reconnaisance de règles économiques à un ’économisme »
qui tient lieu de doctrine sociale et philosophique ».
Pour les évêques français, « cette prétention hégémonique d’une certaine
économie s’appuie sur les comportements individuels qu’elle entraîne et
qu’elle renforce ». Ce modèle, encore puissant, a pu être le moteur de la
consommation, de la production et de la croissance. Il montre aujourd’hui
ses limites: il crée une société inégale, il obture des voies de développement humain. Il nous faut changer de logique, car dans la conjoncture actuelle cet ancien modèle contribue à l’exclusion de beaucoup ».
« La société, ajoutent les évêques, pour être humaine, sera solidaire ou
elle continuera à ne pas respecter la dignité de beaucoup. Cette solidarité
exige d’explorer de nouveaux terrains ».
La parole aux exclus
Dans la dernière partie du document, les évêques soulignent que « maîtriser le progrès, c’est faire en sorte qu’il n’avance pas aveuglément ». La
déclaration se termine pas l’énumération de quelques objectifs jugés « indispensables » aujourd’hui: penser le travail non seulement en terme d’emploi, mais en fonction de sa fécondité sociale; fixer des politiques et des
règles qui permettent de maîtriser l’évolution du progrès technique; garder
la finalité humaine de la productivité et faire servir à l’humanité l’activité financière.
« L’ordre international ne peut non plus être celui de la finance, d’où
la nécessité, concernant les pays en voie de développement, de trouver un
équilibre dynamique entre les besoins mondiaux, le développement de ces
pays et le respect de la justice sociale ». Nécessité aussi d’ »un nouvel
équilibre dans la socité française, pour redonner au travail une valeur sociale ». Le changement de mentalité, concluent les évêques, commence par
l’écoute de ceux qui sont exclus du travail, en favorisant, « dans toutes
les instances intermédiaires la participation de ceux que la société marginalise »: « Ils sont les premiers concernés. La voix de ceux qui sont blessés
est un cri d’espérance. Nous le faisons nôtre ». (apic/cip/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/france-document-des-eveques-francais-au-nom-de-la-dignite-humaine/