Agir de l’intérieur? Oui, mais comment?

Suisse et Bretton Woods: bilan intermédiaire des oeuvres d’entraide

Berne, 14septembre(APIC) L’entrée de la Suisse aux Institutions de Bretton Woods n’a semble-t-il pas eu l’impact ni l’effet escomptés. Une partie

des opposants s’y attendaient. Reste que la Communauté de travail (Swissaid/Action de Carême/Pain pour le Prochain/Helvetas et Caritas), qui y

étaient favorables, continuent de penser qu’il vaut mieux être à l’intérieur qu’à l’extérieur pour agir et tenter de faire bouger cette Institution.

Un premier bilan a été fait mardi à Berne par la Communauté de travail

(CT), à quelques jours de l’Assemblée annuelle du FMI et de la BM, qui se

tiendra à Washington du 26 au 30 septembre. Le constat est accablant: Le

transfert de l’argent est négatif depuis 1984 et le FMI reçoit chaque année, sous formes de remboursements, un montant de 400 à 900 millions de

dollars supérieur à celui des crédits octroyés à l’Afrique par ses soins.

Agir et faire bouger les choses? Les exigences en matière humanitaires

des oeuvres d’entraide ne rejoignent pas forcément ni même pas du tout parfois les gouvernements des pays industrialisés, les potentats de la finance et leurs représentants auprès de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International. Le constat tiré par la Communauté de travail à propos de

la crise de l’endettement en Afrique est accablant. Elle en fait part au

Conseiller fédéral Otto Stich, chef du Département fédéral des finances,

ainsi qu’au président du Directoire de la Banque nationale suisse, Markus

Lusser, dans une lettre datée du 8 septembre.

« Le transfert net de ressources du FMI vers l’Afrique au sud du Sahara

est négatif depuis 1984. Le FMI a en règle générale reçu chaque année, sous

forme de remboursements, d’intérêts et de taxes, un montant de 400 à 900

millons de dollars supérieur à celui des crédits octroyés à l’Afrique par

ses soins ».

La dette contre la santé

Toujours à propos de cette région du monde, la proportion croissante des

dettes contractées envers des institutions multilatérales de financement ne

laisse pas d’inquiéter la CT. « En 1991, écrit-elle dans sa lettre, l’endettement multilatéral se montait à 47 milliards de dollars. Plus d’un tiers

de la dette afflue dans les caisses des institutions multilatérales spécialisées ». Quant à la dette de l’Afrique au sud du Sahara, elle avoisinait

180 milliards de dollars en 1992. Ce qui revient à dire que le service de

la dette de cette région du globe engloutit quelque 10 milliards de dollars

par an.

Selon la CT, l’Afrique au sud du Sahara consacre par exemple quatre fois

plus pour le service de sa dette que pour assurer la santé de sa population. La crise de l’endettement et la politique du FMI et de la BM menacent

l’existence de la population actuelle et conduisent à la ruine les espérances des générations futures.

Pour la CT, il est particulièrement urgent d’intervenir au niveau des

dettes multilatérales: « La création de nouveaux droits de tirage spéciaux

(DTS) auprès du FMI offre une possibilité d’intervention, relève-t-elle

avant de conclure sa lettre en constatant que « le revenu national cumulé

des quelque 500 millions d’Africains vivant au sud du Sahara équivaut à peu

près au revenu national de 7 millions de Suisses ».

Manque de transparence

Un second volet de ce bilan intermédiaire a été consacré à une étude

comparative de la CT sur la responsabilité du Conseil exécutif des institutions de Bretton Woods, Ce rapport, en partie financé par la Direction de

la coopération au développement et de l’aide humanitaire (DDA), analyse la

situation de droit en général mais également les usages politiques en vigueur dans douze pays industrialisés directement représentés dans les organes décisionnels du FMI et de la BM.

La CT tire certaines leçons de cette analyse. Elle constate notamment la

double casquette que portent les administrateurs qui servent à la fois le

FMI et la BM et leurs employeurs, ainsi que le manque de transparence qui

en découle. Elle note au passage que l’ensemble des administrateurs, hommes

ou femmes, sont issus des Ministères des finances ou des Banque centrales.

« L’expérience du développement ne pèse pas lourd lors du recrutement du

personnel ». D’où la conviction de la CT: « Limiter l’influence exercée par

les organisations privées de protection de l’environnement et d’aide au développement aux seules décisions prises dans le cadre du Directoire exécutif ne se justifie pas ». Et de relever qu’une réforme libérale de la politique d’information est nécessaire, de même que s’impose la création, tant

à la BM qu’au FMI, d’une inspection indépendante.

Les conclusions de l’étude se rapportent à la Suisse. La CT estime qu’il

y a lieu de revaloriser le rôle du Parlement dans le cadre du suivi de

l’engagement suisse et que si le FMI veut procéder à une augmentation de

son capital, la compétence concernant la part du pays devrait revenir au

Parlement et non au Conseil fédéral.

La CT, qui s’était prononcée favorablement à l’adhésion de la Suisse aux

institutions de Bretton Woods, dispose, à Berne, d’un collaborateur spécialisé engagé à 80% pour traiter du dossier FMI/BM, et d’un spécialiste, qui

travaille – à 20% – directement à Washington. Un représentant de la CT est

en outre membre de la Commission consultative pour la coopération au développement et l’aide humanitaire (Commission Nebiker) et de son comité chargé de suivre les relations avec les institutions de Bretton Woods. Elle entretient de plus des relations régulières avec tous les services concernés

par la participation de la Suisse à ces institutions. (apic/pr)

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