Prague: le cardinal Danneels au symposium des évêques (090993)

européens: «économie et éthique sont inséparables»

Prague, 9septembre(APIC) «Economie et éthique sont inséparables, même du

point de vue de l’économie». C’est ce qu’a expliqué jeudi le cardinal Godfried Danneels devant les 270 participants du 8e Symposium élargi des évêques européens, actuellement réuni à Prague. Traitant le thème «Evangile et

solidarité», le cardinal a fait de la solidarité «un critère clé des décisions économiques».

Pour le cardinal Danneels, la solidarité est «un signe des temps», le

fruit d’une nouvelle prise de conscience sociale et culturelle. Dans la Bible, elle est d’abord une valeur théologale: c’est l’expérience d’un Dieu

«solidaire» que fait le chrétien, expérience qui le pousse à prendre conscience de l’obligation éthique d’être lui aussi solidaire de ses frères.

C’est parce qu’il s’est reconnu dans le mystère de cette «solidarité»,

qui prend sa source dans l’amour trinitaire, et qu’il en a fait l’expérience, que le chrétien a le devoir de la rendre transparente dans la vie quotidienne. Le cardinal a présenté les deux aspects de cette obligation éthique que sont la justice et la charité, la solidarité apparaissant dans un

contexte chrétien comme «la stricte conjonction» des deux.

Au-delà de la justice: la charité

D’abord la justice. «L’attention à l’autre implique en premier lieu, a

affirmé Mgr Danneels, la reconnaissance de ses droits légitimes et la création des conditions – également structurelles – de sa mise en pratique. Elle demande aussi de dénoncer les actes et les structures de péché dans le

monde et d’aider à construire de nouvelles formes de coexistence justes et

équitables parmi les hommes.» Cette attention comporte son volet politique

et institutionnel.

La solidarité ne s’épuise pas dans la simple promotion de la justice,

qui se traduit surtout sur le plan objectif. Seule la charité vise la personne humaine dans tous ses désirs profonds, a poursuivi le cardinal. Et

d’expliquer: «La charité va au-delà des exigences de la justice, jusqu’au

don de sa vie… C’est là que la relation entre les hommes atteint sa véritable profondeur. D’ailleurs, observe-t-il, les faits prouvent que dans

notre société où les exigences objectives de la justice donnent lieu à tant

de réformes structurelles, tous les problèmes de la solidarité ne sont pas

résolus pour autant. «Seule la charité – qui intègre en elle les exigences

de la justice – réussit à unir la dimension personnelle et sociale de la

solidarité et atteint la pleine libération de l’homme.»

La solidarité aujourd’hui

Le cardinal Danneels constate un intérêt renouvelé pour la solidarité.

Les préjugés ont diminué. Ils avaient une double source: les courants capitalistes-libéraux qui se méfiaient de la solidarité au nom des lois sacrosaintes de l’économie; et les courants marxistes, qui voyaient dans l’appel

à la solidarité une démotivation dans la lutte contre les injustices sociales et une tentative de les occulter.

S’il se réjouit d’une nouvelle prise de conscience, le cardinal Danneels

constate aussi que la solidarité «se limite souvent à un niveau émotionnel

ou à une déclaration abstraite de principes, sans volonté concrète d’aboutir à des réalisations». L’individualisme croissant a souvent comme résultat, que «les appels à la solidarité n’ont jamais été aussi éloquents et

forts; la réalisation effective d’une société solidaire aussi faible».

Pour se développer, la solidarité appelle une reconnaissance effective

de l’égalité fondamentale de tous les êtres humains, ainsi que le respect

des différences. Ceci implique «le rejet aussi bien d’une logique de différenciation exaspérée que d’un égalitarisme qui ne peut que conduire à une

massification aliénante.»

Solidarité, égalité, efficacité

Après une phase d’idéologie égalitaire, dans les années 70, où l’on voulait abolir toutes les différences dans un égalitarisme démagogique, on en

vient aujourd’hui, estime le cardinal, à une accentuation indue des différences et de l’individu. Les droits légitimes de la «professionnalisation»

peuvent mener à une compétitivité excessive et à ce que le cardinal appelle

une «méritocratie». Il y voit un courant du «libéralisme sauvage». Le rapport public-privé comme le principe de «subsidiarité» sont donc à reconsidérer sous l’angle de la solidarité, plaide-t-il, en ajoutant que «le rôle

du volontariat peut être un thermomètre du taux de solidarité dans une société».

Autre constatation: très souvent, on oppose solidarité (centrée sur

l’interpersonnel) et efficacité (guidée par une logique objective et impersonnelle). «Pourtant, répond le cardinal Danneels, l’économie se rend compte de plus en plus que, pour la productivité, les facteurs interpersonnels

sont d’une importance capitale. Les lois brutes de la maximalisation de la

productivité ne tenaient aucun compte du caractère limité des matières premières et de l’impact sur le milieu humain et cosmique. Il a mené aussi

dans les pays développés à de nouvelles pauvretés.»

Aux yeux du cardinal, «économie et éthique sont inséparables, même du

point de vue de l’économie». La solidarité devient un critère clé pour les

décisions économiques – même dans le domaine de l’efficacité productive

économique – si l’on veut qu’elle contribue à la croissance globale du

bien-être de l’humanité».

Le cardinal a enfin montré le lien entre solidarité et gratuité. Observant que les structures de service social deviennent facilement anonymes et

impersonnelles, «commandée par des principes bureaucratiques ou des critères de froide efficacité» – auquel peut remédier le volontariat -, il a

conclu: «Le devoir de la solidarité ne demande pas seulement une révision

constante des structures, mais une nouvelle culture de l’âme. Elle demande

une conversion du coeur au mystère de la réciprocité.» (apic/cic/cb)

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