Lituanie: Première visite du pape Jean Paul II (050993)
Une «terre de confesseurs et de martyrs»
Vilnius, 5septembre(APIC) Réalisant enfin un rêve longtemps espéré, le
pape Jean Paul II a pu pour la première fois samedi après-midi, à l’occasion de son 61e voyage à l’étranger, baiser le sol d’un territoire de l’exURSS. Il l’a fait en Lituanie, le plus grand et le plus peuplé des pays
baltes, qui a retrouvé son indépendance après plus de quatre décennies
d’occupation soviétique. Le Souverain pontife, visiblement ému, a qualifié
ce pays de tradition catholique de «terre de confesseurs et de martyrs».
A son arrivée en Lituanie vers 15h, le pape a été chaleureusement accueilli à l’aéroport international de Vilnius notamment par le président
lituanien, l’ex-communiste Algirdas Brazauskas, l’archevêque de Vilnius,
Mgr Audrys Backis, des cardinaux et évêques, et les autorités politiques.
Le président Brazauskas a souligné que durant les années de la lutte
pour l’indépendance, les Lituaniens ont toujours su que le pape priait pour
la liberté de leur pays et pour les personnes qui y étaient écrasées et opprimées. Il a dit sa reconnaissance au Vatican pour avoir reconnu l’indépendance de la Lituanie dès 1921 et pour n’avoir jamais reconnu l’annexion
soviétique, une représentation diplomatique de la Lituanie ayant toujours
été maintenue auprès du Saint-Siège. Cette attitude, selon le président lituanien, a représenté un rayon d’espoir et une force morale pour toute la
Lituanie et pour son Eglise. Brazauskas a assuré que l’Etat s’engagera
vraiment à rendre à la culture catholique sa vitalité, pour respecter toutes les religions et pour guérir toutes les blessures infligées à l’Eglise
catholique et à ses fidèles.
Dans une première allocution en langue lituanienne, le pape a rappelé
son désir ardent de visiter ce pays qui lui est «très cher au coeur» et révélé que depuis son élection au pontificat, il s’est toujours rendu dans la
crypte de Saint-Pierre pour prier pour le peuple lituanien, «témoin silencieux d’un amour passionné de la liberté religieuse, (…), fondement de
toutes les autres libertés humaines et civiles».
«Dans son effort pour témoigner son appartenance à l’Eglise catholique,
dans son chemin long et difficile vers la liberté, elle est devenue une
terre de confesseurs et de martyrs», a déclaré le pape, en faisant allusion
également à la sévère persécution religieuse subie par la Lituanie durant
l’occupation soviétique. Evoquant les figures historiques saillantes, Jean
Paul II a mentionné le chef Mindaugas, reçu dans l’Eglise avec son peuple
par le pape Innocent IV, au XIIIe siècle, Vytautas le Grand, qui renforça
l’indépendance, mais surtout Casimir, le premier saint, «qui a laissé aux
Lituaniens et aux Polonais un exemple lumineux de charité et de rectitude».
Salué par les rescapés du goulag
Sur la route menant vers la capitale Vilnius, des milliers de fidèles,
brandissant des drapeaux aux couleurs de la Lituanie, du Vatican et quelques fanions aux couleurs polonaises, ont salué avec enthousiasme Jean Paul
II dans sa «papamobile». Quittant son véhicule devant la cathédrale, le
pape est allé serrer les mains de fidèles dans la foule et, visiblement
ému, il a donné l’accolade à plusieurs Lituaniens qui ont connu dans les
années 50 la déportation et le goulag en Sibérie ou le travail forcé dans
les mines de Vorkuta.
Rencontrant dans la cathédrale – un magnifique édifice transformé par
les communistes dans les années 50 en galerie de peintures et restitué au
culte en 1989 – quelque 1500 évêques, prêtres et religieux ainsi que 267
séminaristes, Jean Paul II a rappelé que c’est là qu’est enterré saint Casimir. Le pape a évoqué ensuite la mémoire des évêques et des prêtres qui,
«avec une fidélité héroïque ont consacré leur existence à l’Evangile». Parmi eux, il y a le bienheureux Georges Matulaitis, évêque de Vilnius entre
1918 et 1925, l’archevêque Julijonas Steponavicius, «empêché» de 1961 à
1988, et mort en 1991, l’archevêque Mecislovas Reinys, arrêté en 1947 et
mort martyr en 1953, dans la prison de Vladimir en Russie.
Abordant la situation religieuse de la Lituanie, le pape a affirmé
qu’»après le silence forcé sur Dieu, c’est maintenant le temps de la proclamation courageuse de l’Evangile et d’édification du Royaume grâce à votre témoignage personnel». «La souffrance et la croix ne disparaissent pas.
Aux épreuves d’hier, d’autres suivront aujourd’hui et demain», a dit Jean
Paul II, en rappelant qu’il faudra faire face à l’incompréhension de tous
ceux qui ont été conditionnés par une éducation athée et qui ont égaré, du
moins pour l’instant, la sensibilité religieuse.
Il faudra également prendre en compte l’indifférence, les tendances sécularisantes, l’isolement psychologique dans une société soumise à des
transformations profondes. «En particulier, a-t-il dit au clergé réuni dans
la cathédrale, vous êtes appelés à vous mesurer avec le phénomène préoccupant des sectes dont l’essor est favorisé par l’ignorance répandue en matière religieuse.»
Ni «vainqueurs» ni «vaincus»
Concluant sur les douloureuses épreuves qu’a connues la Lituanie ces
dernières décennies, Jean Paul II a souhaité «qu’il n’y ait pas pour vous
ni de vainqueurs ni de vaincus, mais des hommes et des femmes qu’il faut
aider à sortir de l’erreur, des personnes qu’il faut soutenir dans l’effort
de racheter les effets – qui sont aussi psychologiques – de l’arbitraire,
de la violence, de la violation des droits humains». Aux «vaincus», le pape
a rappelé qu’il ne suffit pas de s’adapter aux nouvelles situations sociales, mais qu’il faut plutôt «une conversion sincère et au besoin l’expiation». Quant aux «vainqueurs», Jean Paul II les a exhortés au pardon.
Le pape a encore insisté sur la valeur du célibat que l’Eglise latine
demande à ses ministres: «Avec l’oeil de la foi, les chrétiens savent reconnaître dans la consécration virginale de tous ceux qui sont appelés au
ministère sacerdotal et à la vie religieuse une flamme capable de donner
chaleur et lumière au monde». Le pape a finalement demandé au clergé de ne
pas oublier d’approfondir la doctrine sociale de l’Eglise pour aider les
fidèles à trouver des éléments valables pour résoudre les questions sociales actuelles les plus urgentes dans le pays. (apic/kna/cic/sv/be)
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