Récupération d’habits en Suisse: Terre des hommes (291093)
Grogne du côté des oeuvres caritatives pour cette concurrence «agressive»
Querelle de chiffonniers pour un marché appréciable
Genève, 28octobre(APIC) Terre des hommes (TdH) débarque en force sur le
marché du recyclage en Suisse romande. Recherche de fonds oblige: l’organisation humanitaire a posé une centaine de bennes de récupération d’habits.
Une concurrence que d’autres oeuvres d’entraide, dont Caritas et les Centres sociaux protestants (CSP) jugent agressive. Tous ressentent «durement»
l’entrée en scène de TdH. Qui annonce d’ores et déjà un bénéfice de 100’000
francs en 1993. Et des prévisions optimistes pour le futur.
De Neuchâtel à Genève, la grogne gagne. On négocie cependant à Genève
pour éviter de se battre comme des chiffonniers en matière de récupération
de vêtements. Vêtements pourtant destinés à servir un but commun. Reste que
TdH n’est pas seule pour l’occasion, puisqu’elle s’est alliée à Contex, une
société lucernoise en pleine expansion. Le mariage une fois encore de
l’humanitaire et du business. Avec un partenariat fonctionnant selon les
recettes du marketing moderne et performant. Il faut savoir qu’un kilo de
chiffon rapporte en moyenne 70 à 80 cts. Mais aussi que le partenariat développé entre TdH et Contex prévoit d’octroyer un montant de 20 cts par kilo à TdH si cette dernière a elle-même trouvé l’emplacement pour la benne.
Et que ce montant sera réduit de moitié si la firme lucernoise a personnellement effectué les démarches.
Dire oui et en couleur à la récupération
Bleues, rouges ou vertes, les bennes de récupérations garnissent de
leurs carcasses métalliques les carrefours passants de nos villes et villages. Depuis quelques années, le public s’est peu à peu familiarisé avec le
tri des déchets, histoire d’être moins débordé par la montagne de surplus
caractérisant la société d’opulence. Aux containers multicolores récepteur
de papier, d’alumium, de verres ou autres déchets, sont venus s’ajouter,
depuis une dizaine de mois, des collecteurs métallliques jaunes pour recycler les habits. Des bennes sur lesquelles TdH a apposé un autocollant où
figure son emblème accompagné d’un petit texte qui précise «qu’une partie»
du bénéfice de la récupération sert à financer ses activités humanitaires.
Depuis le début de l’été, Terre des hommes suisse prospecte en effet
avec Contex et un succès inespéré le domaine de la récupération de vêtements. Une chasse gardée jusqu’ici par les oeuvres suisses d’entraide, regroupées sous le sigle de Texaid, qui organisent périodiquement des ramassages d’habits avec des sacs plastiques.
Dans le canton de Neuchâtel, Caritas et le Centre social protestant
s’étaient également placés sur ce marché, pour revendre ensuite dans leurs
boutiques les vêtements d’occasion ou fournir les chiffonniers. Ces oeuvres
d’entraide ont bien entendu enregistré le contrecoup de la «concurrence»
inattendue de TdH.
On négocie… pour éviter de se battre comme des chiffonniers
Même schéma à Genève, où les oeuvres d’entraide ont réagi vigoureusement
face aux quarante bennes installées par TdH dans la ville. Réaction vigoureuse? «Le marché de la récupération n’est pas saturé» rétorque Nicolas Gyger, principal organisateur de la campagne de TdH. Réaction justifiée? «Gênante», déplore un responsable de TdH qui préfère taire son nom. «Pour ne
pas envenimer la polémique». «Il n’existe pas plus de concurrence en matière de récupération de vêtements qu’il n’en existe en matière de solidarité
et d’entraide. Benetton, à la rigueur, pourrait en être une», glisse-t-il
par allusion à la campagne conjointe lancée en début d’année par diverses
Caritas nationales et la firme italienne».
Face aux protestations répétées des organismes caritatifs genevois traditionnellement ancrés dans ce créneau de récupération, et pour éviter de
se battre comme des chiffonniers pour des vêtements finalement voués à servir un but commun, Nicolas Gyger annonçait mi-septembre, lors d’une réunion
de conciliation, l’entrée en matière de TdH en vue de trouver une clé de
répartition…
Les fruits de la collecte de vêtements de la région genevoise pourraient
ainsi prochainement être partagés entre toutes les oeuvres récupératrices.
Contacté à ce sujet, M. Benjamin, directeur de Contex – firme partenaire de
TdH dans cette action – affirme qu’il voit cette collaboration sous un angle favorable. Son entreprise paraît donc, elle aussi, prête à «partager le
gâteau». «TdF ne cherche pas l’affrontement». Et Nicolas Gyger se dit prêt
à négocier.
Partage du gâteau? Comment définir autrement l’enjeu que représente ce
«marketing humanitaire». Pleinement justifié par le but poursuivi. Mais
tellement dérangeant dès lors que sont avancés les termes de concurrence…
et de bénéfices. A TdH, par exemple, «on se frotte les mains. «Nous sommes
victimes de notre succès», relève Nicolas Gyger. Nous devrions atteindre
100’000 francs de bénéfices en 1993, donc un million sur 10 ans. Une somme
toujours bonne à prendre en regard de notre budget annuel de 11 millions».
L’humanitaire et le business
80 des 100 bennes que Contex gère en Suisse sont installées en Romandie:
40 à Genève et 20 dans le canton de Neuchâtel. Contex annonce en outre
qu’elle a commencé une récolte similaire, mais avec sacs, en ville de Zurich, de concert avec une association de handicapés. Face à une telle concurrence, la Croix-Rouge, Caritas et les CSP font grise mine. D’autant que
dans l’histoire, la société lucernoise Contex y trouve son avantage. Et
plutôt deux fois qu’une. Le mariage de l’humanitaire et du business. Car si
l’idée du recyclage d’habits à des fins humanitaires n’est pas nouvelle, la
mise sur pied de ce partenariat entre privés et oeuvres d’entraide l’est,
elle, dans la mesure où ce partenariat applique des recettes du marketing
moderne et performant. Les Caritas et Benetton l’ayant experimenté bien
avant TdH et Contex.
Ce que le public ignore en revanche, c’est qu’un kilo de chiffon vaut en
moyenne 70 à 80 cts. Et plus encore en cas de revente sous forme de vêtements de seconde main. D’ou l’idée de TdH de s’approcher de Contex, spécialisée dans le domaine du traitement des textiles récupérés. L’organisation
humanitaire et la société commerciale déclarent trouver leur intérêt dans
ce type de partenariat développé à des fins différentes. Mais c’est là une
autre histoire. (apic/spp/vpn/pr)
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