Vers la fin des condamnations mutuelles des Eglises du XVIe siècle?

Oecuménisme: la levée des anathèpmes réciproques (081093)

Pierre Vuichard, pour l’Agence APIC

Fribourg, 8octobre(APIC) La question de la levée formelle des anathèmes

réciproques du temps de la Réforme est un thème important du dialogue oecuménique. Konrad Raiser, secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises a exprimé récemment le souhait que la levé des condamanations puisse

avoir lieu en 1998 à l’occasion du 50e anniversaire du COE. Pierre

Vuichard, co-président de la Commssion de dialogue évangéliques catholiques- romains de Suisse, donne pour l’APIC un histoire de la question et

fait le point sur la situation actuelle.

Le grand problème des Eglises au XVIe siècle, la pierre d’achoppement

fut les divergences fondamentales sur la «justification par la foi». Voilà,

au dire de Luther, ce qui faisait «tenir ou tomber l’Eglise.» De part et

d’autre de cette différence, de ce fossé, on s’est lancé des anathèmes. Les

documents officiels des catholiques et des protestants allaient prolonger

et durcir les condamantions mutuelles. Ces positions antagonistes furent la

base d’attitudes mutuelles de rejet, de polémique et de mépris. Passant sur

le terrain politique, elles aboutirent aux guerres de religion que l’on

sait.

Les guerres de religion suscitèrent en retour au XVIIIe siècle la notion

de «tolérance civile» chez beaucoup de grands esprits, en particulier chez

les philosophes. Cette tolérance relative dans une coexistence pacifique de

gens contraints de vivre côte à côte fut heureusement relayé au début du

siècle par le mouvement oecuménique. Il est venu de l’intérieur des Eglises

comme une impulsion de l’Esprit vers l’unité du Père, du Fils et de

l’Esprit. Il va bien au-delà de la tolérance.

Le peuple chrétien est entraîné parallélement dans les deux mouvements,

tolérance et unité. Dans l’esprit de beaucoup cela ne fait qu’un. Comment

expliquer sinon que l’énorme pierre d’achoppement, la montagne de la

«justification par la foi», n’apparaisse pratiquement plus dans la

discussion et les échanges. Ni dans la prière au sein de multiples groupes

pluri-confessionnels, ni lorsqu’on parle de l’Evangile ou de la Bible? Ce

qui a provoqué la fracture des Eglises serait-il devenu maintenant

transparent? La volonté d’aller de l’avant dans un esprit de sympathie,

d’ouverture, de tolérance et d’espérance, est si forte qu’on oublie souvent

d’où l’on vient. Ne veut-on pas le savoir?

Des théologiens allemands, comme on le sait, ont, sur la suggestion de

Jean Paul II, empoigné le sujet. Ils ont travaillé d’arrrache-pied entre

1981 et 1985. Les résultats des travaux ont été publié dans un volume traduit en francais sous le titre: «Les anathèmes du XVIe siècle sont-ils encore actuels?» (1989). Une première réponse officielle du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens est venue en mars dernier. Il y est dit

clairement que la conception luthérienne de la «justification par la foi»

n’est plus séparatrice des Eglises. Ce qui signifie que si c’était à refaire avec les explications réciproques que l’on se donne aujourd’hui, on ne

se séparerait plus. Donc qu’on serait toujours ensemble.

Depuis lors les choses font leur chemin. En 1989, déjà un second volume

présentait les matériaux de base qui avaient permis d’aboutir aux déclarations contenues dans le premier volume. On peut se rendre compte de l’ampleur des efforts fournis par les théologiens. L’un deux ne disait-il pas:

«A la fin nous étions épuisés, mais transformés». Une confrontation loyale

qui va jusqu’au bout dans la charité est terriblement exigeante. Une vérité

plus large et plus haute, englobant les vérités particulières, est un sommet qui se concquiert de haute lutte.

En un sens cette lutte est analogue à celle des Réformateurs et de leurs

adversaires au temps de la Réforme. Le combat d’aujourd’hui pour converger

dans la vérité est un hommage aux gens du XVIe siècle. On dit parfois: le

dialogue est inutile, agissons!

On a beau vouloir négliger les grands problèmes tels que la justification par la foi, ils accompagnent toujours en sourdine la discussion. Selon

la solution oecuménique qu’on leur donne, ils font le poids ou la légéreté,

le frein ou l’attrait des Eglises en voie de convergence. Mais rien de sensiotnnel qui fasse la une des journaux. En les abordant avec sérieux cependant, ils nous convertissent.

On trouvera des personnes pour dire que les résultats du dialogue sont

insuffisants. Ces théologiens diront qu’il «leur manque quelque chose» dans

la formulation doctrinale proposée! Normal. Ce genre de recherches barre la

route à toute radicalisation des doctrines confessionnelles, la grande tentation d’aujourd’hui. Si chacun considère l’énoncé de sa doctrine comme un

cristal pur, pas de convergence possible, mais des chocs et des étincelles!

le dialogue oecuménique est l’opposé de l’intégrisme.(apic/Pierre Vuichardmp)

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