Berne: Les évêques suisses présentent «Veritatis splendor», (051093)

la nouvelle encyclique du pape Jean Paul II sur la morale

«Un texte majeur, éclairant, mais très exigeant», affirme Mgr Mamie

Berne, 5octobre(APIC) «Un texte majeur et éclairant, mais aussi très exigeant», c’est ainsi que Mgr Pierre Mamie a qualifié mardi à Berne «Veritatis splendor», la nouvelle encyclique de Jean Paul II consacrée à la morale. Un texte rendu nécessaire, comme le souligne le pape dans l’introduction, par de «nombreux doutes et de nombreuses objections» – qui ne sont

plus occasionnelles et limitées – au sujet des enseignements moraux de

l’Eglise.

Cette dixième encyclique de Jean Paul II survient dans une période de

déchristianisation qui affecte des communautés et des peuples entiers autrefois riches de foi et de vie chrétienne, et qui n’a pas seulement des

conséquences pour la foi, mais amène aussi le déclin et l’obscurcissement

du sens moral. Elle paraît à un moment caractérisé par une «véritable crise», «tant les difficultés entraînées sont graves pour la vie morale des

fidèles, pour la communion dans l’Eglise et aussi pour une vie sociale juste et solidaire», peut-on lire dans l’introduction.

Le danger de certaines tendances de la théologie morale

Face aux courants «subjectivistes, utilitaristes et relativistes» qui

ont influencé ces deux dernières décennies certaines tendances de la théologie morale – on vise notamment le «dissentiment» de théologiens allemands

et anglo-saxons qui rejettent plus ou moins la loi naturelle et partant

l’universalité et la permanence des normes morales et affaiblissent ou même

nient la dépendance de la liberté par rapport à la vérité – le pape désire

donner des critères pour un discernement critique de ces tendances. Il

s’agit aussi de combattre l’opinion qui met en doute le lien intrinsèque et

indissoluble unissant entre elles la foi et la morale.

Entouré de Mgr Peter Henrici, évêque auxiliaire de Coire, du professeur

Bénézet Bujo, théologien moraliste à la Faculté de théologie de Fribourg,

et du Père Roland B. Trauffer, secrétaire de la Conférence des évêques

suisses (CES), le président de la CES a reconnu que certains passages de ce

document de 190 pages destiné aux quelque 3’000 évêques du monde entier ne

sont pas faciles d’accès au commun des mortels. Aux évêques, vivant à travers le monde dans des contextes si divers, d’adapter le message aux réalités locales. C’est en effet les évêques qui, avec le pape, successeur de

Pierre et sous son autorité primatiale, ont le devoir de garder la «saine

doctrine», en veillant à ce que la Parole de Dieu à croire et à mettre en

pratique dans la vie, soit enseignée fidèlement.

Rien de vraiment révolutionnaire

En fait, cette «lettre circulaire» (encyclique) – tant attendue et longuement retravaillée et améliorée – n’apporte rien de fondamentalement nouveau ou révolutionnaire. Elle renvoie au Catéchisme de l’Eglise catholique

comme «texte sûr et authentique pour l’enseignement de la dcotrine catholique». Elle présente tout simplement quelques éléments fondamentaux de la

doctrine morale catholique, comme Jean Paul II l’annonçait déjà dans sa

lettre apostolique «Spiritus domini», publiée le 1er août 1987 à l’occasion

du deuxième centenaire de la mort de saint Alphonse-Marie de Liguori, patron des confesseurs et des moralistes.

La nouvelle encyclique, a souligné pour sa part Mgr Henrici, n’apporte

aucune nouveauté en matière de morale sexuelle ou à propos de la problématique de l’avortement. Il s’agit d’une question plus fondamentale: qu’estce qui rend en somme une action humaine moralement bonne ou moralement mauvaise ?

Ce texte, «qui n’est pas un cours de morale et encore moins un code de

bonne conduite sur les routes de la vie chrétienne, mais la présentation

pas toujours facile à lire de ce que l’Eglise enseigne, fidèle aux enseignements de la Parole incarnée», est exigeant, a encore relevé Mgr Mamie.

«Et il nous obligera à revoir ou à corriger peut-être certaines de nos opinions ou certaines des opinions de ceux qui nous entourent et, pour les

évêques, de ceux qui nous sont confiés». Cette encyclique, a-t-il poursuivi, «nous conduit aux certitudes, car l’intelligence de l’homme ne peut se

nourrir que d’hypothèses».

S’attacher à la personne de Jésus

Pour que les gens ne soient pas désespérés face aux hautes exigences que

pose l’encyclique, Mgr Mamie souhaite que l’on trouve les mots justes pour

être fidèle à la vérité enseignée, celle de l’Evangile, sans la diminuer en

rien, mais sans oublier, face aux gens qui vivent certaines situations,

comme dans le cas de l’avortement, la miséricorde. Le pape, a-t-il poursuivi, dit très clairement qu’il ne suffit pas d’obéir aux commandements, mais

de s’attacher à la personne de Jésus. C’est ainsi qu’ici l’obéissance prend

un sens très particulier : «Mon obéissance ne consiste pas seulement à ne

pas faire d’adultère, par exemple, mais consiste à, pour ainsi dire, me

coller à la suite du Christ».

Face à ce message central, il est à souhaiter que dans le public, l’on

ne garde pas de cette encyclique qu’un catalogue d’actes «intrinsèquement

mauvais» comme par exemple l’avortement, l’euthanasie, le suicide ou les

pratiques contraceptives qui rendent l’acte conjugal intentionnellement infécond. Car elle va beaucoup plus loin et prend la défense de l’intégrité

de la personne humaine et de sa dignité, dans le respect de la «vérité sur

l’homme». (apic/be)

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