Le directeur des OPM de Belgique témoigne de la vitalité de l’Eglise

Zaïre: l’Eglise au secours d’une société délabrée (171093)

Bruxelles, 17octobre(APIC) «La vie de l’Eglise au Zaïre m’étonnera toujours. Nous avons beaucoup à apprendre des jeunes Eglises pour redécouvrir

notre vocation missionnaire». Tel est le constat du Père Joseph Burgraff,

directeur des oeuvres pontificales missionnaires (MISSIO-OPM) de Belgique

de retour du Zaïre. Malgré la situation politique tendue et les énormes

difficultés économiques, l’Eglise du Zaïre fait front et parvient même à

prendre en charge de nombreuses charges abandonnées par l’Etat. Témoignage,

une semaine avant la Journée de la Mission universelle.

A Kinshasa, le Père Burgraff s’est rendu au Secrétariat permanent de la

Conférence épiscopale pour étudier la question de son autonomie financière.

La publication d’une lettre pastorale commune de tous les évêques avec les

importants frais de déplacement – le Zaïre est un immense pays où l’on ne

se déplace aisément qu’en avion – est, par exemple, une charge très lourde

pour la Conférence épiscopale qui ne peut compter sur aucun appui de la

part des diocèses. Certains politiciens seraient prêts à payer, mais quelle

liberté resterait-il aux éveques? L’autonomie ne peut s’accommoder non plus

d’une dépendance ponctuelle à l’égard de bienfaiteurs européens. Ce serait

retomber dans la mendicité. Une des solutions est une solidarité plus grande entre les Eglises locales. L’Eglise de Belgique alimente déjà le budget

de la Conférence épiscopale du Zaïre pour un montant annuel de 10 millions

de francs belges (400’000 francs suisses). Mais il faudrait davantage, commente le Père Burgraff.

Le choix de la pauvreté

La situation économique catastrophique touche aussi directement l’Eglise

locale. Autrefois, de nombreuses paroisses s’étaient dotées d’un véhicule

tout-terrain. Aujourd’hui, faute de moyens pour entretenir le véhicule et

pour acheter le carburant, on se déplace à moto, à vélo ou même à pied, témoigne le missionnaire belge. Certains font 30 kilomètres par jour avec

leur matériel sur le dos.

Au séminaire St-Kagwa de Kinshasa, on a développé un immense jardin potager et des étangs, on dispose également d’une porcherie et d’un poulailler. Les futurs prêtres apprenent les techniques de culture et d’élevage,

dont ils auront besoin dans leur ministère, tant pour subvenir à leurs besoins, que pour être les animateurs du développement rural.

La paroisse Elimo Santu, toujours dans la capitale, vient de reprendre

trois écoles libres à l’abandon et s’apprête à assumer la charge d’une

quatrième école, jusqu’ici officielle. On compte un millier d’élèves dans

chacun de ces établissements. Cette démarche a été vivement encouragée par

le cardinal Etsou. Depuis des mois en effet, parfois des années, l’enseignement n’est plus assuré régulièrement au Zaïre, puisque les enseignants ne

sont plus payés. Ces écoles demandent une quote-part aux parents de 15 millions de Zaïre par enfant (soit moins de 2 francs suisses), somme à la fois

dérisoire pour payer les enseignants et le matériel, et énorme pour les parents qui n’ont plus rien. Les Caritas paroissiales s’efforcent d’aider les

parents les plus pauvres à trouver cet argent.

Lubumbashi isolée du monde

Le Père Burgraff a passé la deuxième partie de son séjour à Lubumbashi,

au Katanga, au sud du pays. La région est de plus en plus isolée, on ne reçoit que difficilement la radio et la télévision, le train ne s’arrête plus

qu’à la frontière du Katanga, les routes ne sont plus entretenues. Grâce à

cet isolement, il est facile au pouvoir politique de manipuler les foules.

La population locale traditionnellement opposée à Mobutu lui est maintenant

devenue favorable.

Le probème des Kasaiens, chassés de leur maison et de leurs terres n’est

plus aujourd’hui aussi explosif qu’au début de l’année, car ils ont choisi

en très grand nombre l’exil. Pour ceux qui restent la violence quotidienne

et l’exclusion sociale sont encore présentes. Même des professeurs kasaïens

de l’Université de Lubumbashi ont choisi de quitter la région pour gagner

la Zambie. A un point tel que l’Université n’est pas sûre d’avoir l’an prochain un nombre suffisant de professeurs.

Une des caractéristiques majeures de la mission est maintenant l’isolement dans lequel chaque missionnaire doit travailler, remarque le Père

Burgraff. Cela signifie ne pas voir ses confrères plus d’une fois tous les

six mois, ou encore ne pas recevoir de courrier pendant un an. Cette épreuve de l’isolement, les missionnaires et l’Eglise la partagent avec la population locale. Ainsi à Kibombo, au centre du pays, le diocèse de Kindu

avait lancé la culture du palmier à huile pour assurer sa subsistance. Aujourd’hui les tonneaux d’huile attendent toujours le train qui les acheminera vers le Katanga à 2’000 kilomètres de là.

Dans ces conditions de pauvreté extrême, la mission de l’Eglise s’affirme de plus en plus dans le service de la communauté, des soins médicaux aux

écoles, en passant par les communications. De nombreuses paroisses ont relancé les pharmacies locales.

Au sein même des congrégations religieuses, l’option d’un partage intégral entre membres européens et africain a grandi. Ce partage est quelque

chose de prophétique pour nos rapports Nord-Sud, estime le père Burgraff.

Le souci des religieux n’est plus de perpétuer ce que l’on a toujours fait,

mais de répondre aux appels d’aujourd’hui, conclut-il. (apic/cip/mp)

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