Une revue catholique italienne présente des réactions critiques

Rome: Synode des évêques 1994 sur la vie religieuse (151093)

Des craintes et des réserves sur les textes préparatoires

Rome, 15octobre(APIC) La revue « Testimoni » (Témoins), éditée par les Pères du Sacré-Coeur de Bologne en Italie, présente, dans son dernier numéro,

les débats que provoquent les documents préparatoires du futur Synode des

évêques qui sera consacré en 1994 à la vie religieuse. Des religieux et des

religieuses émettent franchement critiques assez dures sur les « Lineamenta ». Un document à leurs yeux, trop déconnecté de la réalité actuelle de la

vie consacrée et qui a un regard trop pessimiste sur le monde actuel.

« Testimoni » présente quelques remarques générales. Parmi les craintes

manifestées, il y a celle que le Synode se contente de belles affirmations

doctrinales, ne faisant que survoler les situations concrètes et les vrais

problèmes qui interpellent la vie religieuse consacrée.

La « méfiance des religieux » du Canada

Une enquête effectuée auprès des religieux du Canada dénote une certaine

méfiance face au prochain Synode: « Ils craignent que le Synode soit excessivement dépendant des vues du pape, qui sont connues et dont il est à

craindre qu’elles soient réaffirmées sans plus, sans un effort ultérieur

pour affronter les nouvelles pratiques qui se font jour. On constate aussi

chez les religieux « une méfiance congénitale » envers la propension romaine

à « niveler, à tout rapporter à un certain ordre commun, à tout ajuster dans

le sens du droit canon, en finissant ainsi par « restreindre le rôle prophétique de la vie religieuse dans l’Eglise et dans le monde ».

Des réserves concernent aussi la composition même du Synode, « une affaire

d’évêques » qui ignorent le plus souvent la pratique de la vie consacrée. On

souhaite la participation à l’Assemblée synodale de nombreux évêques religieux, mais aussi de religieux, de religieuses et de laïcs.

Une vision pessimiste du monde

L’une des critiques les plus dures visant les « Lineamenta » qui précèdent

la rédaction de l’ »Instrumentum laboris », le document de travail de l’assemblée, est formulée par une abbesse bénédictine allemande, Mère Maria

Hickey: « Le texte est déconnecté de la réalité de la vie consacrée d’aujourd’hui, en particulier pour les femmes ». L’abbesse met en cause la méthode déductive utilisée par les rédacteurs du document. « Sur fond des affirmations du magistère plus ou moins récentes, écrit-elle, les évêques

nous disent qui nous sommes, comment nous sommes et ce que nous devons faire…Personnellement, je ne me sens ni interpellée, ni prise au sérieux par

un partenaire qui a déjà défini qui je suis ». La religieuse allemande constate aussi « que le style autoritaire et le continu doctrinal de la première

partie (nature et identité de la vie consacrée) contraste avec la volonté

de dialogue exprimée dans l’introduction ». Ce style autoritaire lui fait

difficulté en particulier sur deux points: le rapport entre ministère et

charisme et celui entre ministère et communion, qui touchent le coeur même

de la vie consacrée ».

Mère Hickey – comme presque tous les rapports des différents continents,

relève « Testimoni », conteste aussi la vison pessimiste du monde présenté

dans les « Lineamenta ». « Nous ne sommes ni aveugles, ni sourds devant les

forces du mal qui s’opposent au Règne de Dieu, dit-elle, mais nous voulons

rencontrer des frères et des soeurs dans la foi, dans la force encore plus

grande de l’Esprit de Dieu présent dans le monde et dans notre culture.

Nous voulons nous ouvrir à son action et à ses dons dans le monde et dans

la rencontre avec eux, rendre témoignage de l’espérance qui est en nous ».

L’inculturation de la vie religieuse en Afrique

En Afrique où les vocations sont en pleine expansion, la vie consacrée,

préoccupée de sa propre identité, se trouve confrontée à des problèmes qui

tiennent à sa relative jeunesse, mais aussi à la culture locale où le modèle occidental (couvent, voeux, habit) a du mal à s’affirmer. Et « Testimoni »

de s’interroger: « Les évêques sauront-ils et voudront-ils proposer un réexamen global de la vie consacrée en Afrique afin de la rendre vraiment

« évangélique » et « africaine », en somme « inculturée »?

La revue ajoute: « Inculturer la vie consaceée, c’est rendre les cultures

et des traditions compatibles avec l’Evangile, avoir le courage de remettre

en question sa manière de penser, rechercher un syle de vie plus proche des

gens et une vraie solidarité avec les pauvres. Cela veut dire accueillir

l’enrichissement des cultures en apprenant d’abord à les connaître: intégration de certains rites traditionnels symboliques, sens religieux trés

développé de certaines cultures, solidarité familiale et ethnique, enrichissement de la foi grâce à d’autres expressions, les valeurs du partage,

de l’aide réciproque. En un mot, il ne faut pas craindre l’inculturation

rituelle de la profession, de la liturgie et de la prière. L’Afrique attend

du Synode une impulsion renouvelée et un encouragement à aller de l’avant,

malgré les difficultés. (pic/cip/ba)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/rome-synode-des-eveques-1994-sur-la-vie-religieuse-151093/