Brésil: la lutte opiniâtre des paysans sans terre (281193)
Getulina (Brésil), 28novembre(APIC) 2500 familles de paysans sans terre
campent toujours, en cette fin novembre, sur la place de l’église de Macuco, dans la commune de Getulina (à 470 km de Sao Paulo). Une manière pour
eux de pressionner le gouvernement brésilien afin qu’il mette à leur disposition une partie de la terre de deux grandes propriétés qu’ils avaient occupées au mois d’octobre. Après une impressionnante action de la police militaire, les familles avaient finalement été contraintes de quitter les
lieux. Pour continuer leur résistance, ils avaient alors décidé d’aller
camper sur la place de l’église de Macuco.
Walter Gomes, un des leaders du mouvement des paysans sans terre, affirme calmement la résolution des paysans: «Nous resterons sur place de
l’église de Macuco jusqu’à ce que le gouvernement nous donne ces terres
pour que nous puissions en prendre possesion légalement. Et pour que nous
puissions commencer à les travailler et à planter». Les communautés ecclésiales de base de la région se mobilisent de plus en plus en leur faveur.
En leur apportant des vivres, elles manifestent concrètement leur appui à
ces paysans qui réclament justice.
Alors que tous les médias du pays étaient occupés, dans les premiers
jours d’octobre, à relater les débats de la Commission parlementaire d’enquête (CPI) sur la corruption à propos du budget de l’Etat, environ 2500
familles d’agriculteurs sans terre occupaient pacifiquement, mais résolument, le 8 octobre les propriétés «Ribeirao dos Bugres» et «Jangada» dans
la commune de Getulina. Les deux grands propriétaires intervenaient alors
en justice pour exiger l’expulsion de ces 2500 familles.
Une action policière d’envergure
Tous les journaux du pays, les radios et la télévision nationale ont relaté l’événement d’autant plus que le gouverneur de l’Etat de Sao Paulo,
Luiz Antonio Filho, à deux reprises, refusait d’appliquer l’ordre judiciaire exigeant l’évacuation des paysans. Cette décision manifestait une sensibilité nouvelle pour la question de la réforme agraire et une certaine préoccupation que la commune de Getulina ne devienne pas une «nouveau Carandiru»: allusion à l’invasion de policiers dans la prison de Carandiru à Sao
Paulo, à la fin de l’année dernière. Une invasion qui avait provoqué l’assassinat de 110 prisonniers. Finalement, le 19 novembre, le gouverneur cédait à l’ordre judiciaire. La police militaire, dans une action d’envergure, chassait alors les paysans de la terre occupée. L’évacuation laissait
28 personnes blessées. L’opération, minutieusement préparée, avait exigé
cependant la mobilisation de 1200 hommes de bataillons de la police militaire de la région, et d’autres troupes spéciales de choc, accompagnées de
chiens et de chevaux, venues spécialement de Sao Paulo.
Pour la réalisation des promesses du gouvernement
La résistance des paysans sans terre et leur manière d’occuper en masse
d’immenses propriétés foncières pressionnent aussi le gouvernement fédéral
de Brasilia pour qu’il réalise ses promesses. Il a en effet affirmé publiquement qu’il donnerait de la terre à 20’000 familles paysannes durant
l’année 1993.
D’autre part, le Mouvement des paysans sans terre accroit le nombre de
ses partisans par le simple fait de montrer concrètement que les terres
conquises produisent ensuite des aliments en plus grand nombre et de meilleure qualité qu’autrefois. Cette affirmation est démontrée à la Fazenda
Primavera, dans la commune d’Andrina dans l’Etat Sao Paulo où des familles
travaillant 14’000 hectares de terre, produisent, aux dires des experts
agricoles, du riz, des haricots, du lait et du coton d’excellente qualité.
(apic/em/ba)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/bresil-la-lutte-opiniatre-des-paysans-sans-terre-281193/