«Haïti est victime de la position ambiguë des Etats-Unis et du Vatican»
Sévères critiques contre l’épiscopat haïtien
Bruxelles, 23novembre(APIC) «Haïti est victime de la position ambiguë que
l’on adopte à son égard, à commencer par les Etats-Unis, qui ne savent pas
ce qu’ils veulent. Mais la même ambiguïté se retrouve dans l’Eglise, tant
en Haïti qu’à Rome, et notamment dans la diplomatie vaticane». Tels sont
les principaux enseignements tirés par la mission d’observation effectuée
au nom du mouvement catholique international pour la paix «Pax Christi» par
Mme Kastlijn Declercq et Paul Lansu.
«Aux Etats-Unis, ont constaté les deux représentants du mouvement, la
faveur du président Clinton et du ministère des Affaires étrangères va
clairement à la démocratie en Haïti et donc au président Aristide. En revanche, certains milieux américains, dont le Pentagone et la CIA, affichent
davantage leur sympathie pour les militaires haïtiens et leur méfiance envers Aristide».
«C’est aussi le cas, hélas, pour l’Eglise catholique, tant à l’échelle
d’Haïti qu’à l’échelle mondiale, donc à Rome. Les évêques haïtiens, à l’exception de Mgr Romélus, évêque de Jérémie, ne veulent pas bouger d’un doigt
pour rendre possible le retour du prêtre-président. Mais il y a aussi une
Eglise populaire, portée par un nombre appréciable de prêtres et de religieux et religieuses, qui sont prêts à tout pour Aristide».
«Même la diplomatie du Vatican est divisée, poursuivent les deux représentants de Pax Christi: la Secrétairerie d’Etat est quasi la seule autorité étrangère à avoir reconnu dans les faits le régime militaire en Haïti,
tandis que le cardinal Etchegaray, président des Conseils pontificaux «Cor
Unum» et «Justice et Paix», a lancé des appels en faveur de la réconciliation nationale. Une telle ambiguïté est une bénédiction pour ceux qui ont
pris le pouvoir en Haïti et un coup de fouet pour le président Aristide démocratiquement élu».
L’infrachissable distance…
Les deux représentants de Pax Christi ont séjourné aux Etats-Unis du 15
au 26 octobre, puis en Haïti du 26 au 31 octobre. Ils ont entrepris ce
voyage en réponse à une double invitation: l’une émanant de Claudette Werleigh, membre de la direction de Pax Christi international et ministre des
Affaires étrangères dans le gouvernement haïtien Malval, l’autre de «Cry
for Justice», une association américaine de neuf mouvements et groupes religieux en faveur de la justice.
En Haïti, la délégation de Pax Christi a eu des contacts avec le négociateur de l’ONU, Dante Caputo, avec le maire de Port-au-Prince et des responsables locaux de groupes d’action en faveur de la justice et de Comités
pour les droits de l’homme, ainsi qu’avec des journalistes, des hommes politiques et des missionnaires étrangers restés sur place.
Pour le reste, les deux représentants confirment la situation mainte
fois dénoncée. Les deux délégués n’ont pu voir aucun évêque. Cela ne les a
pas empêchés, disent-ils, d’éprouver «la distance presque infranchissable
qui sépare l’épiscopat du peuple haïtien, de la réalité haïtienne et de
l’Eglise populaire qui porte Aristide à bout de bras». Presque tous les
membres de l’épiscopat, rappelle P. Lansu, «ont été nommés au temps de la
dictature des Duvalier et sont complètement étrangers à la vie de leur peuple». Il en veut pour preuve «le silence des évêques devant la situation
actuelle». «Même après l’assassinat, à mi-septembre, d’Antoine Izméry, un
partisan d’Aristide traîné hors de l’église du Sacré-Coeur puis abattu par
des «attachés», pas un évêque n’a protesté!» (apic/cip/pr)
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