Notre Dame, Synode, les confidences du nouvel archevêque de Paris

Mgr Laurent Ulrich, installé archevêque de Paris le 23 mai 2022, se confie sur ses premiers pas à dans la capitale, l’avenir de Notre Dame, sa mission d’évêque et le chemin synodal. Le prélat français était au Vatican le 29 juin pour la traditionnelle bénédiction des palliums des archevêques nommés dans l’année.

Comment avez-vous vécu cette bénédiction du pallium, pour la troisième fois après votre mission à Chambéry et à Lille?
Mgr Ulrich: C’est une confirmation de responsabilité. Certains sont étonnés qu’il faille recommencer quand on a déjà reçu un pallium. Mais ce n’est pas une décoration que l’on reçoit une fois pour toutes, c’est un lien missionnaire. Le pallium indique la communion profonde entre les archevêques et le pape, et une mission précise. J’ai eu une mission à Chambéry, une mission à Lille et une mission à Paris.

Aujourd’hui j’ai vécu cette célébration en méditant sur une parole de Jésus écrite dans la basilique Saint-Pierre: «J’ai prié pour toi». Cela m’a incité à prier pour le pape, et m’a aussi renouvelé dans l’assurance que Jésus prie pour ceux qu’il choisit dans la mission, que je n’ai pas à craindre, car je suis avec lui. J’ai prié aussi avec la réponse de Pierre: «Toi qui sais tout, tu sais bien que je t’aime».

Que vous a dit le pape en vous remettant le pallium qui vous sera imposé par le nonce apostolique à Paris? [Le nonce apostolique en France, Mgr Celestino Migliore, imposera le pallium à Mgr Ulrich le dimanche 18 septembre 2022 à l’église Saint-Germain-l’Auxerrois]
Je lui ai dit que j’étais l’archevêque de Paris, et il m’a répondu: «Il y a beaucoup de travail, il y a beaucoup à faire». J’ai senti cela comme un encouragement, que le pape connaissait l’archidiocèse, dans sa vision universelle, mondiale, de l’Église.

Dans son homélie, le pape vous a demandé d’être «des sentinelles vigilantes du troupeau et combattre le bon combat, jamais seuls mais avec tout le saint Peuple fidèle de Dieu». Est-ce ainsi que vous voyez votre mission à Paris, un diocèse où l’on a parlé de divisions ces derniers mois?
Le ministère d’évêque est d’être avec le Peuple de Dieu pour le conduire, l’aimer, le comprendre, le faire avancer, et ne pas le laisser céder aux tentations que le pape décrit souvent: le cléricalisme, le sur-place, le retour en arrière. Il s’agit d’avancer dans les combats de l’existence.

«On ne peut pas dire que la cathédrale va devenir un musée»

À Paris, je parle plutôt de blessures. Il est possible aussi qu’il y ait des craintes d’avancer. Je découvrirai cela peu à peu. Nous avons tous la crainte d’avancer et la tentation de rester chez soi tranquille. Le pape dit que la vie, l’Évangile, c’est la sortie de soi, la rencontre de l’Église avec le monde tel qu’il est. Dans son homélie, il a aussi eu cette injonction forte: l’Évangile est fait pour tous. Ce n’était pas dans son texte, mais il a ajouté, «tous sont appelés», nous avons bien senti son insistance.

Cette participation de tous, c’est aussi la démarche synodale qui a eu lieu cette année dans les diocèses. Comment voyez-vous ce chantier, de Lille à Paris?
Les accents des deux comptes-rendus diocésains ne sont pas tout à fait les mêmes, mais font les mêmes constats: que les jeunes ne se sont pas beaucoup investis dans cette démarche synodale. Je pense que si l’on veut que l’Église bouge et avance, il faut écouter la voix des plus jeunes – même s’il faut aussi guider leur chemin, éduquer. Les jeunes que je rencontre sont plein de souffle et de désir de participer, peut-être pas à travers des questionnaires qui peuvent leur paraître désuets ou trop abstraits, mais ils ont le goût de l’action solidaire, le goût de la prière et le goût de l’annonce. C’est aussi une façon de vivre synodalement, de prendre sa part.

Vous arrivez dans un diocèse sans cathédrale, depuis l’incendie de 2019. Comment envisagez-vous la reconstruction de Notre Dame?
L’aspect architectural appartient aux catholiques mais pas seulement. C’est la responsabilité du propriétaire qu’est la nation française, l’État. Nous sommes dans un échange permanent avec la ville de Paris et avec l’établissement public, de sorte que les droits légitimes des catholiques qui veulent pouvoir célébrer dans cette église soient pris en compte – et ils le sont. Le projet d’aménagement des alentours de la cathédrale a été choisi il y a quelques jours.

Trois membres représentant le diocèse étaient présents dans le jury et ils étaient acquis au projet de la mairie. On ne peut pas dire que la cathédrale Notre Dame va devenir un musée, ce n’est pas vrai. La cathédrale est le lieu de la louange à Dieu, de la prière, et elle va rester le lieu de célébration.

Depuis mon arrivée, il y a six semaines, je suis entré déjà trois fois dans la cathédrale. C’était le premier geste que j’ai fait en descendant du train de Lille: aller à la cathédrale avec le président de l’établissement public, le général Georgelin. J’y suis retourné le jour de mon installation le 23 mai. Nous avons prié les vêpres devant et j’y suis entré symboliquement seul. Puis la veille des ordinations de prêtres, je m’y suis rendu avec les ordinands et nous y avons prié les complies. Cela manifeste que nous voulons que cette cathédrale soit le lieu de la prière. (cath.ch/imedia/ak/rz)

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