Yverdon: colloque chrétiens-musulmans (041193)
Yverdon, 4novembre(APIC) Comment chrétiens et musulmans peuvent-ils vivre
ensemble, dans notre pays dont la tradition est plutôt de tolérance et
d’accueil? Le thème est d’actualité et préoccupe beaucoup de gens, comme
l’a montré le nombre important de personnes – plus de 150 -, chrétiens et
musulmans, qui ont participé dernièrement à Yverdon, à un journée de réflexion organisée par la Commission Islam du Département missionnaire protestant romand, la Commission protestante romande Suisses-Immigrés (CPRSI) et
les Ministères régionaux du 5e arrondissement de l’Eglise réformée vaudoise. La rencontre si elle n’ a pas réussi à lever toutes les peurs a au
moins eu le mérite de créer un premier contact.
La première partie du colloque était consacrée à des témoignages de musulmans vivant leur islam en Suisse. Ils se sont dits plutôt satisfaits de
l’accueil qui leur est réservé dans notre pays. Mais, si la tolérance est
de mise, la compréhension est parfois difficile. «Je suis partagé entre la
satisfaction et l’inquiétude», a déclaré Mohammed Kaba, responsable du Centre islamique de Lausanne, qui a dit avoir appris ici, en Suisse, l’essentiel de sa religion. «Je jouis d’une totale liberté de pratiquer l’islam,
malgré certaines difficultés pratiques.» Il est vrai qu’il faut parfois
faire preuve d’ingéniosité pour trouver dans notre pays de la viande abattue rituellement. Les statuts du Centre islamique de Lausanne spécifient
qu’il n’est pas question d’y adopter une position politique. Le Centre se
veut donc ouvert à tous, excepté aux extrêmistes. «Car, ajoute M. Kaba, il
existe dans nos pays des groupuscules qui utilisent l’islam; ils tuent et
assassinent en prétendant agir au nom de la religion.» Pour M. Kaba, ces
gens qui critiquent les autorités occidentales respectueuses du Code civil
et non de la Loi islamique (shariah), sont eux-mêmes contradiction avec la
shariah. «Combien de femmes ont été aspergées d’acide parce qu’elles avaient les jambes découvertes, ce qui est un crime bien plus grave que la faute de ces femmes!» Pour lui, les fauteurs de troubles ne représentent
qu’une infime partie des pratiquants de l’islam. L’immense majorité des musulmans n’aspirent qu’à vivre dans la paix.
Le droit à la différence
Pour sa part, Mme Fawzia Al-Ashmawi, enseignante à la Faculté des Lettres de Genève a témoigné que la qualité de l’intégration tient beaucoup au
comportement de celui qui veut être intégré. A Genève, Mme Al-Ashmawi a
rencontré des musulmans venant de toutes les régions du monde. Elle vit
ainsi un islam multi-culturel. En outre, elle tient à assumer son identité.
«J’ai toujours respecté les préceptes de ma religion tout en vivant dans
une société non musulmane. J’affiche ma différence, à laquelle j’ai droit.»
Dans la pratique, ce n’est pas toujours facile: il s’agit par exemple de ne
pas boire de vin lors d’une invitation chez des amis suisses, ou de pratiquer le jeûne du Ramadan sans que cela ne dérange les voisins. Mais il y a
parfois d’heureuses réactions de la part des Suisses: «Je ne prends pas la
pause de midi durant le Ramadan, puisque je ne mange pas; mon patron m’a
spontanément proposé de quitter le travail à 16 heures.»
Les chrétiens: des musulmans qui s’ignorent?
Dans son exposé, le professeur Walter Hollenweger a raconté comment il a
organisé à l’Université de Birmingham un cours commun avec un professeur
juif, un musulman et un hindou. Ce cours a révélé aux étudiants les points
communs entre islam et christianisme, notamment la place fondamentale de
Jésus dans le Coran. De fait, il lui apparait que l’islam est très proche
du christianisme populaire. En effet, pour l’islam, le concept de trinité
est incompréhensible… Pour beaucoup de nos contemporains helvétiques aussi! Et le prof. Hollenweger de déclarer avec humour: «C’est ainsi que beaucoup de chrétiens sont des musulmans qui s’ignorent.» W. Hollenweger s’est
ensuite interrogé sur la marge critique que peuvent s’autoriser chrétiens
et musulmans. Pour les premiers: «Nous pouvons mettre en question les textes bibliques de manière critique, parce que nous ne sommes pas sauvés par
la justesse de notre foi, mais seulement par la grâce de Dieu.» Est-ce que
les musulmans pourront un jour se permettre ce processus critique?
Pour W. Hollenweger, «l’identification de la religion et de la culture
est la cause de bien des conflits», particulièrement à propos de l’interprétation des textes, qu’il s’agisse de la Bible ou du Coran. «La tolérance
n’est pas une invention des chrétiens suisses. Nous avons à l’apprendre.»
Et le professeur Hollenweger de citer l’exemple de baptêmes forcés jusque
dans les années 50. «Nous devons inventer de nouveaux modèles qui respectent les minorités.» Il y a d’ailleurs de nombreux exemples de différences
de traitement devant la loi. La Loi ne peut se baser ni sur la Bible, ni
sur le Coran, mais sur le consensus des citoyens. En conclusion, l’orateur
a appelé les croyants, quels qu’ils soient, à une grande humilité lorsqu’ils proclament leurs certitudes. «Quant à moi, ma seule certitude, c’est
que celui qui viendra la fin des jours, celui qu’attendent la Synagogue, la
Mosquée et l’Eglise, celui-là n’a qu’un seul visage.» (apic/spp/mp)
ENCADRE
De nombreux ateliers
Les organisateurs avaient prévu plusieurs ateliers durant l’après-midi,
afin de permettre aux participants de s’exprimer sur certains points précis
notamment: Foi et politique dans le christianisme et l’islam, Mariages mixtes islamo-chrétiens, Femmes dans le christianisme et l’islam, Enfants et
école, Bible et Coran, Travailler-jeûner-prier, Islam et Christianisme dans
les médias.
La synthèse prévue en fin de journée s’est avèrée difficile, car beaucoup de participants étaient encore sur la défensive. La discussion a notamment tourné autour de la notion de réciprocité: lorsqu’on parle de la vie
des musulmans dans notre pays de tradition chrétienne, il faut aussi s’interroger sur l’intolérance manifestée envers les chrétiens dans les pays
musulmans. Plusieurs témoignages ont mis en évidence les vexations, voire
les menaces dont sont victimes au nom de l’islam ceux qui se déclarent
chrétiens en Arabie saoudite, en Iran, et même maintenant en Egypte. Les
chrétiens ont exprimé leur voeu que les pays musulmans autorisent la construction d’églises sur leur territoire, de la même façon que les islamistes peuvent ériger des mosquées en Occident.
Quant à l’Imam de Lausanne, il a rappelé que, si les musulmans reconnaissent Jésus comme prophète, les chrétiens n’honorent pas Mahommet. La
journée s’est conclue par une célébration commune, durant laquelle les uns
et les autres ont exprimé leur foi par des chants et des prières ou l’écoutes de textes. A l’issue de la journée qui constituait une première dans le
canton de Vaud, un des organisateurs, le pasteur Olivier Sandoz pouvait
constater: «Nous avons envie de nous revoir, mais aucun rendez-vous n’a été
pris. Nous avons maintenant besoin de digérer tout ce qui a été dit.»
(apic/spp/mp)
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