Maurice Sessou prononce ses vœux solennels en terre de mission

Maurice Sessou prononcera ses vœux solennels à l’Abbaye de Saint-Maurice le 28 août. Ce Béninois d’origine raconte le parcours qui l’a mené de Dajkotomey, sa ville natale, dans la communauté valaisanne qui a l’a accueilli et où il se sent missionnaire. 

«Dieu appelle les incapables pour en faire des capables de la mission à laquelle il les appelle», sourit Maurice Sessou, à propos de sa vocation. Il prononcera ses vœux solennels (définitifs) fin août avec son confrère Simone Previte. Ce Béninois d’origine modeste, né en 1983 à Djakotomey, non loin de Cotonou, est huitième d’une fratrie de 12 enfants. Les parents travaillaient la terre pour produire du manioc, des céréales et du maïs. «Ils étaient païens avant de se convertir et dans la famille, une grande sœur est religieuse». Son père est aujourd’hui décédé.

A l’internat catholique

Maurice Sessou reçoit une éducation catholique en entrant à 6 ans, avec un de ses frères, dans un pensionnat tenu par des religieux. Avec le catéchisme, le service à l’autel, et la participation à la chorale, le jeune garçon découvre la pratique religieuse. Il est baptisé à 9 ans. «Ce fut le creuset dans lequel est née ma foi. En fait, je ne le savais pas, mais j’étais en route vers ma vocation religieuse».

Une vocation qu’il attribue en grande partie à Adonekpo Valentin, un prêtre très dévoué à la cause des pauvres. Maurice loue l’humanité de cet homme si attentif aux enfants en difficulté d’apprentissage. Ce qui était son cas, et il en garde un vif souvenir. Lorsqu’on lui pose la question de son avenir, il répond qu’il «veut être Valentin!». «Je n’étais pas mûr pour la vocation, bien sûr!», sourit-il.

D’autant que, son bac littéraire en poche en 2003, il consacre ses études supérieures aux sciences de l’éducation. Il a «à cœur d’aider à son tour les enfants en difficulté scolaires», pour mieux se connaître, ajoute-t-il, et sans doute tenter de maîtriser son appréhension des études.

Maurice Sessou (g.) et Simone Previte prononceront leurs vœux le 28 août | © Bernard Hallet

Le jeune homme s’implique beaucoup dans les activités de l’aumônerie de l’Université de Cotonou, que tiennent des frères jésuites. Il fait partie de groupe de jeunes très engagés sur la paroisse, il s’occupe de l’adoration, de la chorale. D’où lui vient peut-être cette frénésie d’organiser des événements qu’on lui connaît bien à l’Abbaye. «J’étais très impliqué dans la vie de foi».

Peur de la formation

A tel point que l’appel se fait ressentir. Que ce soit à l’université ou, plus tard, au séminaire, Maurice appréhende les études et cette peur persiste encore chez le jeune homme. «C’est pour cette raison que le sacerdoce me faisait peur». L’appréhension disparaît au contact des jésuites qui le confortent dans son choix. Si la peur intellectuelle s’estompe, reste «la peur financière». La formation est en effet payante, un obstacle apriori insurmontable.

C’ets sans compter sur la providence intervient quand une famille accepte de le parrainer. Il entre alors au Grand séminaire de Ouidah pour la philosophie qu’il poursuivra ensuite à l’université pour l’obtention d’une maîtrise en 2011. Puis, il est admis au Grand Séminaire de Lomé, au Togo, où il commence un cycle de quatre ans de formation théologique. Avec l’aide de son recteur de séminaire, le Père Godfroy Kouégan, il discerne sa vocation à la vie consacrée.

La Suisse, terre de mission

«J’étais loin de m’imaginer que je viendrais en Europe!», lance Maurice lorsqu’il évoque le grand virage de son existence. Le théologien est «ancré» en Afrique, il s’estime trop pauvre pour venir en Europe et surtout s’adapter à la culture occidentale. Pourtant Godfroy Kouégan, le recteur du Grand Séminaire, le voit bien en missionnaire. Il lui propose alors de rejoindre la Suisse et plus précisément l’Abbaye de Saint-Maurice (VS). Il l’aide dans ses démarches, dissipe les appréhensions du jeune homme. «Ma vie est donnée pour l’Évangile, où que ce soit. J’étais convaincu, en quittant l’Afrique, que ce n’était pas pour un temps d’observation et que la communauté de Saint-Maurice serait le lieu de ma vie religieuse».

Maurice débarque en août 2017 à l’Abbaye. «On a appris à se regarder, à s’accueillir, j’ai vu la communauté accueillir admirablement un Africain», relève-t-il au sujet de ses confrères, qu’il estime et dont il loue l’ouverture à son encontre. Il en a été de même avec la communauté de fidèles de l’Abbaye. «Au début, les gens étaient réservés, mais ça n’a pas duré». L’inculturation est passée par les études: il a obtenu un master avec spécialisation en liturgie.

Suivre des études à l’Université de Fribourg était important pour le jeune homme. Les nombreux contacts noués sur place lui ont permis de découvrir la Suisse romande et de s’intégrer au-delà de sa communauté.

Personne de sa famille ne sera présent à la célébration, mais il ne se sent pas triste. Au contraire, «J’entre dans une communauté qui est désormais ma famille. Qu’est-ce qui parle plus fort: le sang biologique ou le sang spirituel? Je suis serein à l’idée de prononcer mes vœux», assure Maurice», assure Maurice. «En quittant l’Afrique pour cette terre de la Suisse, j’ai a écrit dans mon calepin: «Tout à toi Marie. Conduis-moi patiemment vers Jésus: Ad majorem Dei gloriam, Virginis salutem (pour la plus grande gloire de Dieu, l’honneur de la Vierge Marie et le salut de l’humanité)». (cath.ch/bh)

Bernard Hallet

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