Rome: Jean Paul II et l’Europe (021193)
Rome, 2novembre(APIC) Jean Paul II n’accepte jamais d’interview. Il
n’éconduit cependant pas ses amis. Jas Gawronski, ancien présentateur de la
télévision polonaise, aujourd’hui parlementaire européen, a pu avoir un entretien avec lui à partir d’un ouvage qu’il est en train de préparer sur
l’Europe. La transcription de cette entrevue a paru mardi dans le quotidien
italien «La Stampa» et dans divers journaux comme le «New York Times» le
«Guardian» «Libération» et «El Pais». En Suisse c’est le «Nouveau Quotidien» qui publie ce texte en français. Jean Paul II y dénonce notamment les
méfaits du capitalisme et parle des ’bonnes semences du socialisme’.
Jas Gawronski connaissaît déjà Karol Wojtyla alors qu’il était encore
archevêque de Cracovie et l’avait accueilli à plusieurs reprises dans sa
famille. Rédigeant un ouvrage intitulé «L’Europe de Jean Paul II», Jas Gawronski avait adressé au pape quelques pages de son manuscrit lui demandant
de pouvoir en discuter avec lui. Jean Paul II l’a convié à dîner le 24 octobre et l’a autorisé à publier le contenu de leur entretien.
L’entretien porte essentiellement sur la situtation en Pologne, sa position face à l’Europe et sur le libéralisme économique. Le pape remarque
notamment que «la Pologne n’a pas besoin d’entrer dans l’Europe parce
qu’elle y est déjà juste en son centre. Il est important qu’elle soit une
partie de l’Europe avec ses propres valeurs et non pas en adoptant de manière aveugle les coutumes de l’Ouest en assimilant le pire en elles». A
propos de son propre rôle dans la chute du communisme Jean Paul II souligne
qu’il n’a fait rien d’autre que «rappeler, répéter qu’un principe doit être
observé; par dessus tout la liberté religieuse et pas seulement elle, mais
toutes les libertés de la personne humaine».
Selon lui, l’évolution actuelle en Lituanie, en Pologne ou en d’autres
pays de l’ex-bloc soviétique n’est pas un retour du communisme en tant que
tel, mais une réaction devant l’inefficacité des nouveaux gouvernants. «Ce
qui n’est pas surprenant.» De plus les communistes constituaient durant
cinquante ans la seule classe politique existante. Eux seuls savaient comment fonctionne la politique et comment marche un parlement, explique Jean
Paul II. Ceux qu’on désigne aujourd’hui comme le centre ou la droite
n’étaient pas préparés à gouverner.
Les bonnes semences du socialisme
Le pape reconnait aussi que «ce que disait le pape Léon XIII (l’auteur
de la première encyclique sociale ’Rerum Novarum’ en 1891 ndlr) est aussi
vrai, c’est-à-dire qu’il y a des semences de vérité dans le programme socialiste. Il est évident que ces semences ne doivent pas pas être détruites, ne doivent pas êtres abandonnées au vent.» «Les partisans du capitalisme dans sa forme extrême ont tendance à négliger les bonnes choses réalisées par le communisme: les efforts pour vaincre le chômage, la lutte
contre la pauvreté… Jean Paul II assure ensuite qu’il n’y a rien de nouveau dans cette analyse. «Dans le communisme, il y a la notion de communauté, alors que le capitalisme est plutot individualiste».
Questionné sur son opposition au capitalisme, le pape ne craint pas
d’ajouter: «Selon moi, à la racine de nombreux et sérieux problèmes qui
frappent l’Europe et le monde sont des manisfestations distordues du capitalisme». Dans certains endroits du monde, le capitalisme est resté dans un
état sauvage comme au siècle passé. A propos de la chute du mur de Berlin,
Jean Paul II cite un politicien qui lui disait que la disparition du mur
était surtout un problème pour les Occidentaux, car auparavant ce mur les
protégeait, leur permettait de vivre en paix, tranquilles, de travailler de
s’enrichir. Maintenant un phénomène semblable se passe par rapport aux Balkans, déplore le pape, «La communauté européenne s’étant repliée sur ellemême est indifférente et impuissante à traiter ce problème; elle admet la
souffrance de personnes innocentes.»
«Tout a été réduit à la simple dimension économique»
«Aujourd’hui j’ai l’impression, poursuit le pape à propos de la construction européenne, que tout été réduit à la simple dimension économique,
ou à peu près. Alors l’Eglise, le pape et ses évêques sont devant cette
grande tâche et ce défi: la défense et le renforcement des autres valeurs
souvent oubliées. C’est un message exigeant que tous ne sont pas prêts à
entendre et parmi ceux qui l’entendent, tous ne le prennent pas au sérieux».
Enfin, à propos des rapports avec les orthodoxes, Jean Paul II rappelle
au sujet de la création de diocèses latins dans l’ex-Union Soviétique qu’il
s’agit de diocèses qui existaient dans le passé. Ils ont été supprimés par
le régime communiste. Quant à l’Eglise grecque-catholique, elle a subi des
persécutions particulièrement fortes et est en train de reconstruire ses
structures ecclésiastiques. (apic/dch/nq/mp)
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