«invité» par le nonce à présenter sa démission
Pressions politiques, affirme-t-on du côté de San Cristobal
Mexico, 2novembre(APIC) Mgr Samuel Ruiz Garcia, évêque de San Cristobal
de Las Casas, dans le sud du Mexique, et lointain successeur de Bartolomeo
de Las Casas, célèbre défenseur des Indiens au XVIe siècle, est menacé de
devoir quitter son diocèse. Mgr Girolamo Prigione, nonce apostolique à Mexico, l’a convoqué le 25 octobre pour lui signifier en six points la condamnation de sa pastorale, a confirmé à l’Agence APIC un porte-parole de
Mgr Ruiz à San Cristobal.
Selon Mgr Ruiz en personne, Mgr Prigione l’aurait invité à signer «de
son plein gré» une lettre de démission. Ce que l’on confirme du reste au
siège épiscopal de San Cristobal, qui voit dans cette démarche une pression
exercée par le gouvernement mexicain sur le Saint-Siège.
Dans une interview téléphonique, un porte-parole de l’évêque désirant
garder l’anonymat pour éviter d’autres sanctions, précise que Mgr Prigione
a invité l’évêque des Indiens a réviser ses positions théologiques, mais
aussi à entreprendre une réflexion sur ses pratiques pastorales dans le
diocèse. Les problèmes sont de types doctrinaux, dit-on. «On reproche à Mgr
Ruiz une lecture réductrice de l’Evangile, influencée par le marxisme, ainsi qu’une pastorale non conforme».
Selon ce même porte-parole, la convocation de l’évêque par le nonce et
les menaces qui planent sur Mgr Ruiz sont la conséquence de pressions du
gouvernement mexicain exercées à Rome par l’intermédiaire de l’ambassadeur
de ce pays auprès du Saint-Siège. Les relations diplomatiques entre le Vatican et le Mexique, établies en septembre 1992, avaient été longuement interrompues. Les nouvelles dispositions prévues par la Constitution de 1857
cessant de reconnaître le catholicisme comme religion officielle, allaient
entrainer un an plus tard la rupture des relations entre les deux Etats.
Pressions de nature politique
L’affaire fait grand bruit au Mexique. Et la presse du pays s’est emparée du cas depuis que le quotidien «El financiero» a relaté dans son édition du 26 octobre les menaces qui pèsent sur l’évêque. Menaces, peut-on
lire, qu’il convient de situer dans le contexte de «l’aménagement» des relations Eglise-Etat et des «concessions faites par le nonce apostolique au
gouvernement mexicain».
La presse mexicaine abonde également dans le sens des pressions, suggérant qu’elles sont de nature politique. Les multiples dénonciations de Mgr
Ruiz – violence contre les Indiens, récoltes détruites, maisons brûlées,
tortures, assassinats, disparitions… – lui valent de nombreuses critiques. Comme ses lettres pastorales du reste, qui n’arrangent pas les «bons
rapports Eglise-Etat», fait-on remarquer. Dans sa dernière lettre pastorale, datée du 6 août dernier, l’évêque du Chiapas faisait notamment une analyse très précise de la situation dans laquelle vivent les Indiens de son
diocèse. Cette lettre avait d’ailleurs été remise au pape lors de son voyage effectué au Mexique en août dernier. «Jean Paul II en avait accusé réception et exprimé sa satisfaction», affirme-t-on à San Cristobal.
Agé de 69 ans, à la tête d’un diocèse marqué par une forte présence indigène, Mgr Ruiz est en effet connu pour ses coups de gueule en faveur des
indigènes. Depuis sa nomination comme évêque de San Cristobal en 1960,
l’avocat des Indiens, ainsi qu’on le surnomme au Mexique et ailleurs en
Amérique latine n’a cessé de se battre pour tirer les Indiens de leur marginalisation. tiques de pauvreté et de violence dans lesquelles vivent les
Mayas présents dans son diocèse. Son diocèse, d’une superficie de quelque
32’000 km2, est peuplé de quelque 2 millions d’habitants, dont certains
descendent des Mayas. Ses positions lui valurent en outre de multiples problèmes avec les grands propriétaires terriens et des éleveurs du Chiapas.
La défense des communautés indigènes qu’il suscite par son action ne
tarde pas à provoquer l’opposion grandissante du pouvoir mexicain. Les menaces de mort à son encontre se multiplient également. Un prêtre de son
diocèse sera même arrêté et emprisonné. Les étrangers qui travaillent au
service du diocèse sont menacés d’expulsion. Accusé de «subversion», un
missionnaire flamand, le Père Marcel Rotsaert, se verra signifier son expulsion en août 1990. Selon les informations recueillies sur place, Mgr
Ruiz serait prêt à se soumettre. «S’ils m’envoient vers d’autres responsabilités, j’accepte», a-t-il fait savoir. (apic/pr)
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