Fribourg: Conférence du jésuite Pierre Tritz, (011193)

« père des enfants de la rue » des Philippines

Aux Philippines, 300’000 enfants abandonnent l’école chaque année

Fribourg, 1ernovembre(APIC) La Constitution dispose que l’école primaire

est gratuite et obligatoire aux Philippines, mais près de 300’000 enfants

abandonnent en cours d’année, faute de moyens: plus des 2/3 des 65 millions

de Philippins sont au-dessous du seuil de pauvreté. Un jésuite de 79 ans,

Pierre Tritz, « le père des enfants de la rue des Philippines », veut les remettre à l’école pour les sauver des « trottoirs de Manille ».

Vendredi soir à la salle paroissiale de St-Pierre, à Fribourg, une centaine de personnes, dont une majorité de jeunes, sont venus écouter et soutenir l’action de ce prêtre originaire de Lorraine, qui s’est fait « Philippin parmi les Philippins » pour pouvoir mieux servir la population du demimillier de grands bidonvilles et autres taudis qui hébergent près du tiers

des 10 millions d’habitants qui surpeuplent Metro-Manila, le grand Manille.

Invité par Françoise Brunnschweiler, présidente de l’ »Association suisse

Raoul Follereau », Willy Randin, de « Nouvelle Planète » et les jeunes Fribourgeois de « SOS Enfants de Manille », le Père Tritz a expliqué la croisade

des enfants qu’il mène depuis 19 ans. Une « aventure qui est celle du dévouement et de l’amour », a souligné F. Brunnschweiler. Choqué par un article de presse révélant que seuls 40% des enfants Philippins terminent la

scolarité primaire, le Père Tritz quitte alors l’enseignement universitaire

et lance ERDA, la Fondation d’aide pour la Recherche et le Développement de

l’Education, et l’opération « Retour à l’école ».

« Eduquer un enfant, c’est sauver un homme »

Il s’agit de maintenir dans le circuit scolaire des enfants vivant dans

des taudis et qui n’ont pas les moyens de se payer uniforme et matériel

scolaire. « Eduquer un enfant, c’est sauver un homme », telle est la devise empruntée à Victor Hugo – qui sert de leitmotiv à l’action du Père Tritz et

des 119 employés de sa Fondation ERDA. Car les enfants de ces bidonvilles

surpeuplés, souvent seules sources de revenus de la famille, n’ont pas le

choix. Ils doivent travailler dans la rue, faire les poubelles, voler, mendier, voire se prostituer pour nourrir leurs nombreux frères et soeurs.

Seuls la scolarité et l’accompagnement social peuvent les sauver des dangers des « trottoirs de Manille ».

30’000 enfants scolarisés grâce à ERDA

Cette année, quelque 30’000 enfants vivant dans des taudis ou dans la

rue peuvent, grâce à l’aide d’ERDA, rester en classe, apprendre un métier

et préserver ainsi leur avenir. Il n’en coûte que 50 francs suisses pour un

élève du primaire, 100 francs en secondaire et 150 francs pour le collège

technique. 1000 francs suisses seulement sont nécessaires pour faire tourner pendant un an une école maternelle de 35 enfants, qui permet aux parents pauvres de donner les mêmes chances à leurs enfants que les milieux

aisés pouvant financer eux-mêmes une éducation préscolaire privée. En effet, parce qu’ils manquent de stimulations dans leur famille, et faute

d’écoles maternelles pour les mettre à niveau, les enfants de milieux très

défavorisés quittent souvent l’école dès la première année.

Bénéficiaire de nombreuses distinctions pour son engagement infatigable

– dont cette année le « Coeur d’Or » aux Philippines et en France l’insigne

de « Chevalier de l’Ordre National du Mérite » – le Père Tritz recevra le

mois prochain à Strasbourg le Prix Albert Schweitzer. Le combat qu’il mène

actuellement est la réalisation d’un projet de deux millions de dollars,

« ERDA-Tech », une école technique qui pourra accueillir dès l’an prochain

quelque 400 élèves par année. Ce cycle de cinq ans permettra aux enfants

pauvres soutenus par ERDA d’acquérir une formation et un métier technique.

Ils trouveront ensuite plus facilement une place sur le marché du travail

et pourront ainsi nourrir leur famille et faire progresser un pays qui

aspire à se développer au niveau technologique.

A part le réseau d’écoles maternelles privées mises sur pied par ERDA,

l’assistance scolaire dans le réseau public et privé et le futur Collège

Technique « ERDA-Tech », la Fondation du Père Tritz assure encore un service

d’assistance médicale aux élèves et à leur famille, des « prêts de survie »

leur permettant de démarrer de petits projets susceptibles de leur fournir

un revenu et des petits ateliers de productions fabriquant les uniformes

scolaires pour les élèves. Il y a deux ans, le Père Tritz a encore mis sur

pied le « Tuklasan Center », centre d’accueil familial qui héberge à Manille

une vingtaine d’enfants de la rue.

15’000 enfants vivent de la prostitution à Manille, « et quand on est installé dans ce circuit et cette mentalité, il est très difficile d’en sortir, c’est presque déjà trop tard… », met en garde le Père Tritz, alors

mieux vaut intervenir « en amont ». Quand on sait que sur les 70’000 enfants

qui travaillent durant la journée dans les rues de Manille, 15’000 à 20’000

enfants sans famille dorment et meurent sur les trottoirs, le Père Tritz,

ce « jeune » jésuite, n’a pas fini de nous interpeller. (apic/be)

Encadré

Né en 1914 dans une Lorraine alors sous domination allemande, le Père Tritz

est entré en 1933 chez les jésuites à Florennes (Belgique), « à condition

que l’on m’envoie en Chine! ». Condition acceptée, puisque qu’il vivra dans

l’Empire du Milieu de 1936 à 1948. Il a notamment suivi à Shanghai les

cours de théologie à Zikawei, à l’ombre de la cathédrale, « sur le même banc

que Mgr Aloysius Jin Luxian », aujourd’hui évêque ’patriotique’ de Shanghai.

Il a également enseigné à l’Université de Tien-Tsin et rencontré le célèbre

Père Vincent Lebbe. En 1950, ne pouvant rentrer en Chine après un séjour de

2 ans en France, il sera envoyé par la Compagnie de Jésus à Manille, aux

Philippines, sa nouvelle patrie. (apic/be)

(Pour faire vivre une école maternelle de 35 enfants à Manille pendant un

an, il faut de 1’000 francs suisses. On peut verser des dons sur le CCP de

l’Association Raoul Follereau : 10-25979-2, mention P. Tritz, Philippines)

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