Cardinal Barbarin: «Ce n'était pas une ambiance de fin de règne»

Quelque 200 cardinaux étaient réunis à Rome autour du pape François pour deux jours de travail à huis clos, les 29 et 30 août 2022. Une première depuis 2014. Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque émérite de Lyon, se confie sur ces journées inédites.

Comment avez-vous vécu ces 48 heures de travail avec les autres cardinaux?
Philippe Barbarin: C’était un moment rare, qui n’était pas arrivé depuis longtemps. Presque tous les cardinaux étaient là, et nous voulions nous connaître parce qu’un jour, nous le savons, il y aura un conclave. Pour les précédents consistoires, François ne nous appelait pas. Je me suis rendu compte qu’il y avait une soixantaine de cardinaux que je ne connaissais pas. Je suis content, car j’ai pu en rencontrer un certain nombre, les voir, les écouter, notamment lors des carrefours. 

Concrètement, comment ces sessions de travail se sont-elles déroulées?
Il y avait des temps en assemblée et puis des carrefours composés d’une douzaine de cardinaux. Nous avions 1h30 de discussion pour notamment faire part de nos joies et de nos difficultés dans la collaboration avec Rome. Les comptes-rendus des assemblées étaient un peu rapides puisqu’un rapporteur n’avait que 4 minutes pour restituer ce qui s’était dit.

«C’est la première fois qu’un texte repose les fondations d’un nouvel esprit de la Curie»

C’était un beau travail de communion, pas forcément facile. Je suis cardinal depuis 20 ans et c’est la première fois que je vois cet effort d’adaptation et de communion. Ce sont de bonnes journées. Et puis on retrouve de bons amis qu’on ne voit jamais. J’étais heureux de retrouver le cardinal Sako, patriarche de Bagdad ou bien le cardinal Marx, avec qui j’étais étudiant à Paris. Nous avons vécu une vraie fraternité concrète durant ces journées. 

La question des relations entre la Curie et les diocèses locaux a-t-elle été évoquée?
Il y a un éternel problème de collaboration entre l’administration romaine et les diocèses. L’objectif est de faire que cette administration romaine ne soit pas trop pesante ou exigeante mais qu’elle soit véritablement au service des Églises locales. Et là, c’est la première fois qu’il y a un texte qui repose les fondations d’un nouvel esprit de la Curie. La Constitution Praedicate evangelium rappelle la mission fondamentale de l’Église qui est d’annoncer l’Évangile. Tout doit être organisé en fonction de cela. La Curie ne doit donc pas être une administration centrale, mais un service d’évangélisation.

Relire ensemble ce projet, nous le faire expliquer par ceux qui l’ont rédigé, faire des remarques… Cela était quelque chose de bienvenu. Ces séances de travail étaient une bonne manière de le recevoir, de l’accueillir et de le commenter.

Certains cardinaux ont fait part de leur besoin d’être rassurés par rapport aux réformes pour plus de transparence financière au Vatican. Avez-vous ressenti cela également?
Le pape François a confié une mission au cardinal George Pell qui a vraiment fait le boulot. Désormais, l’organisation financière est surveillée par des laïcs compétents, hommes et femmes nommés par le pape. Nous avons une tranquille assurance sur ces questions. Nous pensons qu’il y a des regards compétents qui veillent et qui surveillent.

«Le pape François est touchant à cause de sa pauvreté»

Ce que nous avions constaté à la fin du pontificat de Benoît XVI était attristant. Le pape François a bien compris qu’il fallait réformer véritablement. Le cardinal Pell, homme de poigne, a mené une bataille. Mais les finances sont toujours un problème, dans les diocèses aussi. Partout c’est une bataille. Alors, ce qui a été fait ces derniers temps est-il parfait? Non. Est-ce que le risque que cela retombe existe? Évidemment. Il ne faut pas se faire d’illusions. L’argent reste l’argent.

Lors de ces quatre jours à Rome, avez-vous ressenti une ambiance de «fin de règne» du pape François?
Le pape François est touchant à cause de sa pauvreté. Il souffre. Mais ce n’était pas une ambiance de fin de règne. Il était tout à fait présent, aux gens et aux choses. Il ne nous a rien confié sur sa santé.

Ensuite, cette grande réunion des cardinaux était particulière. On se disait intérieurement: «Peut-être que le conclave n’est pas loin». On ne pouvait pas ne pas le penser, tout simplement en raison de l’âge du pontife. François a déjà dit que c’était une porte ouverte. Mais nous n’avons pas évoqué cela entre cardinaux. (cath.ch/imedia/hl/rz)

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