«Breturn», orgueil et préjugés

Le Royaume-Uni vit une mauvaise passe. Inflation record, pénuries, deuil royal, crise politique…, le pays se pose de nombreuses questions. L’une d’elles est évidemment: «Le Brexit était-il une bonne idée?» Bien que l’on ne puisse certainement pas imputer tous les maux du pays à cette démarche, force est de constater qu’elle n’a pas tenu ses promesses de lendemains qui chantent. D’après les derniers sondages, 57% des Britanniques pensent à présent que quitter l’Union européenne a été une erreur.

Le Brexit a en tout cas eu le mérite de mettre en lumière un certain nombre de «préjugés» ayant cours en Grande-Bretagne et plus largement en Occident. Les pénuries de main-d’œuvre ont tout d’abord révélé que les étrangers ne sont pas tous des soustracteurs d’aide sociale et d’emplois, mais également des rouages essentiels des économies nationales.

Second préjugé ébranlé: vivre seul, c’est vivre libre. La Grande-Bretagne est aujourd’hui prise au piège dans de rudes négociations avec l’Europe pour tenter de retrouver quelques uns des avantages qu’elle possédait avant de sortir du «club». Londres se voit notamment forcé de quémander un accès aux cruciaux programmes de recherche de l’UE.

Troisième préjugé: la préservation de l’identité. Alors que les Britanniques pensaient sauver, avec le Brexit, une identité menacée de «dilution» dans un melting-pot européen, ils peuvent craindre maintenant une désintégration du pays, avec des perspectives sécessionistes de plus en plus réalistes du côté de l’Ecosse et de l’Irlande du Nord.

«L’orgueil nous fait nous considérer supérieurs aux autres et possiblement détachés»

Mais même face à toutes ces craintes et désillusions, la possibilité d’un «Breturn», comme on pourrait l’appeler, n’est pas réellement évoquée. Pour quelles raisons exactement? Si on peut citer des motifs politiques, les mécanismes à l’œuvre sont plus vraisemblablement psychologiques. On peut notamment y voir l’éternelle tendance humaine à ne pas accepter de s’être trompé. En général, plus la décision est grande et importante, plus notre capacité à la remettre en question est petite. Au niveau géopolitique comme personnel, le demi-tour est un exercice extrêmement difficile.

Le Royaume-Uni pourrait-il ainsi réintégrer l’UE? Vladimir Poutine retirer ses troupes d’Ukraine? L’Eglise catholique renoncer à certains principes établis depuis des siècles? Puis-je, moi-même, changer d’opinion sur un sujet de société ou de politique?

Une chose empêche souvent de faire tout cela: l’orgueil. C’est lui qui nous fait constamment miroiter notre infaillibilité, notre supériorité et l’assurance que nous n’avons pas besoin des autres. Au vu du malheur qu’il sème dans l’humanité, nul étonnement que Thomas d’Aquin l’ait «capitalisé», et que l’exorciste espagnol chevronné José Gallego le voie comme «le péché favori du diable».

Ne devrions-nous donc pas prendre du temps pour rechercher et interroger en notre for intérieur cette graine de ténèbres qui nous empêche de considérer, selon l’appel du pape François, que nous sommes «Tous frères»?

Raphaël Zbinden

14 novembre 2022

Portail catholique suisse

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