L’écrivain français Christian Bobin est mort

L’écrivain et poète français Christian Bobin s’est éteint au Creusot, en Saône-et-Loire, à l’âge de 71 ans, le 23 novembre 2022. Il s’était fait connaître du grand public en 1992 avec Le Très-Bas, un livre consacré à saint François d’Assise. Il avait longtemps tenu une chronique radio sur Espace 2 pour la RTS.

«J’adore ces deux étiquettes qui me sont collées: simple au risque d’être naïf, et obscur au risque d’être hermétique. […] Mais je suis assez heureux, par exemple, que mes livres touchent des gens qui parfois sont très simples et parfois très érudits», affirmait-il à l’AFP il y a encore quelques semaines.

Fils d’un père professeur de dessin industriel et d’une mère calqueuse, employés à l’usine Schneider du Creusot, il est le dernier né d’une famille de trois enfants. Il passe son enfance en solitaire, préférant la compagnie des livres.

«Je serais incapable de faire des récits d’enfance, a-t-il déclaré à propos de son enfance. Je me demande comment sont faits ces livres-là. Je me sens infirme devant ça. Et pour aggraver les choses, j’ai l’impression d’avoir une mémoire presque anéantie de tout ça.»

L’écriture et les petits boulots

Attiré par l’écriture vers l’âge de 15 ans, il se lance dans des études de philosophie et se passionne pour les œuvres de Platon, Spinoza et Kierkegaard. Ne cherchant pas vraiment le succès, Christian Bobin continue à écrire, tout en enchaînant les petits boulots. Il est ainsi tour à tour bibliothécaire (bibliothèque municipale d’Autun), guide à l’écomusée du Creusot, rédacteur à la revue Milieux, élève infirmier en psychiatrie et professeur de philosophie.

> Ecoutez Chritian Bobin se raconter au micro de Céline Auclun dans l’émisison A vue d’esprit le 13 juin 2011 <

Grand poète pour les uns, auteur mineur pour les autres, l’auteur, qui ne se souciait guère de sa réputation, publiait avec régularité, des textes courts en prose. Certains ont dépassé 100’000 exemplaires, comme Le Très-Bas, sur saint François d’Assise, en 1992, pour lequel il obtint le Prix des Deux Magots l’année suivante et le Grand Prix catholique de littérature – d’autres livres sont restés confidentiels. Il s’y faisait l’apôtre de la simplicité évangélique et d’un christianisme prenant au sérieux l’annonce du Christ que «les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers» (Matthieu 20,16).

Sous sa plume, la foi chrétienne retrouvait verdeur et douceur, mais aussi puissance révolutionnaire et salvifique. «Nous sommes, comme jamais, dans des temps bibliques. Les âmes fondent sous le soleil de l’avidité. L’argent remplace les yeux. C’est maintenant que tout est perdu que nous avons une chance d’entendre, enfin, la voix aimante du Christ», a-t-il confié à La Croix.

Christian Bobin a tenu pendant dix ans, entre 2006 et 2016, une chronique sur Espace 2 dans l’émission «Initiales».

Cet automne, il avait publié un roman aux éditions Gallimard, Le muguet rouge, et une Anthologie d'»œuvres choisies» dans la collection Quarto, Les différentes régions du ciel. Récemment encore, à propos de son dernier livre, il avait raconté à la RTS la longue mise en œuvre de ce court roman d’une huitantaine de pages qui s’ouvre et se referme sur deux transcriptions de rêves, et était revenu sur son souci de la forme.

«J’ai préféré aller vers ce qui semble ignorer le passage du temps: les fleurs, l’amour dans sa première timidité, l’attente, la beauté d’un visage, le silence, la longue durée… Toutes ces choses que la vie moderne petit à petit commençait à nous enlever, à nous voler», concluait-il. (cath.ch/ag/bh)

Bernard Hallet

Portail catholique suisse

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