Benoît XVI: un pontificat entre conservation et révolution

Durant ses sept ans, dix mois et neuf jours sur le trône de Pierre, Benoît XVI a certes inscrit l’Eglise dans une continuité doctrinale, mais il a également su surprendre, notamment en lançant des petites «révolutions», dont sa renonciation n’a pas été des moindres.

Raphaël Zbinden

Dès son élection comme pape en avril 2005, Benoît XVI écorne l’image de conservateur intransigeant qu’il s’est forgée à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF). Il surprend tout d’abord sur le dossier du dialogue œcuménique et interreligieux, où l’on n’attendait pas beaucoup de celui qui avait exprimé, dans son Dominus Iesus de l’an 2000, des propos plutôt humiliants pour les protestants.

Dès sa première messe, il s’engage à «travailler sans épargner ses forces au rétablissement de l’unité pleine et visible de tous les chrétiens». Il adresse également aux croyants des autres traditions «une forte invitation à devenir ensemble des artisans de paix dans un engagement réciproque à la compréhension, au respect et à l’amour». Un effort renforcé, le 19 août 2005, lors de sa visite à la synagogue de Cologne.

«L’anti-Jean Paul II»

Les débuts du pontificat de Benoît XVI sont aussi marqués par le lancement de la cause de canonisation de son prédécesseur Jean Paul II, sans attendre le délai habituel de cinq ans, signe de la grande estime en laquelle il tient le pontife polonais. Le Bavarois a pourtant un profil bien différent du pape de l’Est. Alors que ce dernier incarnait un charisme nouveau et flamboyant, Benoît XVI apparaît comme un humble serviteur de Dieu, déterminé à porter avec discrétion et retenue la charge de la direction de l’Eglise.

«Trois encycliques, c’est peu pour un homme aussi attaché à la réflexion théologique»

Benoît XVI écrit sa première encyclique en janvier 2006 déjà. Deus caritas est (Dieu est amour) entend redonner au mot amour sa signification profonde et définir le sens de l’engagement caritatif pour un chrétien. Au cours de son pontificat, il publiera deux autres encycliques. C’est relativement peu pour un homme aussi attaché à la réflexion théologique. En comparaison, Jean Paul II en a rédigé quatorze en 27 ans de règne. Mais, comme le souligne la journaliste Isabelle de Gaulmyn, cela cadre avec la conception d’un pontife qui a «toujours pris soin de ne pas confondre la charge de pape avec sa propre équation personnelle».

«Humanisation» de la fonction papale

Benoît XVI a également entamé la réforme des institutions financières du Vatican, marquées par la corruption. Après avoir commencé à faire le ménage à la tête des divers instituts, il fait en sorte d’augmenter leur transparence en se rapprochant des normes internationales de contrôle financier.

Par ailleurs, il a également perçu l’urgence de développer la diplomatie vaticane dans le monde, en particulier en Asie. En huit ans de pontificat, son action a été particulièrement sensible dans ce continent. Il s’y est attaché aussi bien à préserver l’unité de la communauté catholique qu’à défendre la liberté religieuse.

L’ombre des abus

La fin du pontificat de Jean Paul II avait été marquée par les scandales d’abus sexuels par le clergé, en plusieurs endroits du monde. Le cardinal Ratzinger était l’un des premiers, au sein de la Curie romaine, à demander plus de rigueur dans la lutte contre ce phénomène. Il proposa, en 1995, d’enquêter sur le cardinal autrichien Hans Hermann Groër, et, en 1998, sur le prêtre mexicain Marcial Maciel, fondateur des Légionnaires du Christ, soupçonnés tous deux d’abus sexuels sur mineurs. En tant que préfet de la CDF, il envoya, en particulier, la lettre De delictis gravioribus (Les délits les plus graves) aux évêques, leur imposant de faire remonter les dossiers d’abus à Rome.

Transparence et condamnations plus fermes

Une plus grande transparence et des condamnations plus fermes sont ainsi préconisées. Dès son élection en 2005, il est en tout cas attendu sur ce dossier. Il fait alors écarter, très vite, le Père Maciel de tout ministère public.

Le pontife bavarois multipliera des déclarations exprimant sa volonté de lutter avec fermeté contre les abus. A l’occasion de ses voyages, notamment aux Etats-Unis en 2008, en Australie en 2009 et à Malte en 2010, il dit sa «honte» face à ces actes et affirme que «le pardon ne remplace pas la justice». Il rencontre également des victimes d’abus à plusieurs reprises.

Rupture finale de continuité

Certains lui reprochent tout de même, au-delà de son indignation, l’absence d’actions décisives, durant son pontificat, contre le fléau de la pédophilie. Il est également accusé d’avoir minimisé le phénomène, notamment en faisant valoir que beaucoup de crimes pédophiles se produisaient hors de l’Eglise.

En 2019, six ans après son retrait, il publie dans la revue bavaroise Klerusblatt et dans le quotidien italien Corriere della Sera un document sur L’Église et le scandale des abus sexuels, dans lequel il rejette principalement la faute sur le climat de «permissivité» lié à la libération sexuelle des années 1960.

Sans nul doute, les réformes de Benoît sont tempérées par une vision de l’Eglise dont la principale mission est d’assurer sa continuité à travers l’histoire. Ainsi, sa principale «révolution» se produit simplement et furtivement, le 11 février 2013, lorsqu’il renonce à ses fonctions. Il devient le premier pape de l’histoire moderne à franchir ce pas, inaugurant peut-être une nouvelle ère «d’humanisation» et de «désacralisation» de la fonction papale. Ce pontife considéré comme conservateur a finalement surpris par un geste inattendu dont les conséquences furent considérables. (cath.ch/rz)

Raphaël Zbinden

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