Que met-on en-dessous des mots ?

Synode pour l’Amérique:

Rome, 4 décembre 1997 (APIC) Les évêques qui participent au Synode pour l’Amérique travaillent à formuler leurs propositions. La difficulté pour eux est de se mettre d’accord sur un langage commun. Que recouvrent des mots comme secte, libération, globalisation, «nouvelle évangélisation» ? Et quid du langage «inclusif» auquel tiennent tant les Américains du Nord, mais qui ne préoccupe guère ceux du Sud ?

Si les dernières interventions des évêques ont manifesté une réelle communion de préoccupations, de surcroît intégrées dans une vision théologique résolument centrée sur le Christ, une difficulté de communication surgit. Les exemples abondent. Qu’entend-on par «solidarité» ? Certains y lisent une invitation à lutter pour la justice sociale, avec tout ce que cela comporte d’engagement, voire d’idéologie. D’autres pensent au partage des ressources matérielles et à la remise de la dette des pays pauvres, d’autres encore au partage des ressources humaines en vue de l’évangélisation.

L’»option préférentielle pour les pauvres», réaffirmée par de nombreux intervenants, recouvre une palette très large de situations de personnes ou de groupes frappés par «l’exclusion»: paysans sans terre, enfants des rues, peuples indigènes, immigrés, mais aussi les victimes des «nouvelles pauvretés», comme les familles disloquées ou les victimes des sectes. «Secte» sera d’ailleurs vraisemblablement banni du vocabulaire du Synode pour des motifs oecuméniques: peut-on confondre les sectes protestantes avec les Témoins de Jéhovah ou la secte Moon ?

Il y a aussi tout ce que l’on met derrière une expression comme «nouvelle évangélisation». Certains y voient davantage l’évangélisation des baptisés plutôt «déistes» que «chrétiens», dans le but de promouvoir, par une catéchèse appropriée, une vraie rencontre de la personne du Christ, une expérience de la présence active de l’Esprit Saint, une pastorale renouvelée des sacrements de l’eucharistie et de la réconciliation. Autre chose est l’évangélisation des catholiques qui se sont détournés de l’Eglise, ou encore l’apprentissage du dialogue avec ceux qui sont en marge de l’Eglise.

D’autres enfin appellent à un nouvel élan missionnaire (au sens classique de la mission), ou insistent surtout sur les nouvelles méthodes d’évangélisation et la nécessaire préésence sur les «autoroutes» de l’information.

A propos du langage «inclusif»

Enfin, il y a la question du langage inclusif, qui préoccupe les évêques en vue de la rédaction de l’exhortation apostolique post-synodale. Exemple: les «droits de l’homme» étant aussi ceux de la femme, on préférera dire «droits humains». Cette question a nécessité une seconde mouture du «Catéchisme de l’Eglise catholique» en langue anglaise. Une traduction de la Bible en langage inclusif n’avait pas reçu l’approbation de l’Eglise. La question se pose aussi pour la traduction des textes liturgiques.

Pour Mgr Maurice Couture (Québec), cela ne renvoie pas d’abord aux excès de l’idéologie féministe, mais bien au «génie de la langue»: ce qui semble évident à un Latin ne l’est pas pour un Anglo-Saxon. Les Européens et les Latino-américains sont moins sensible au problème, mais «aux Etats-Unis, on ne rit pas avec cela», dit-il.

Il n’a pas été question de la revendication féministe du sacerdoce, très minoritaire en fait. Mgr Couture explique que cette revendication manifeste l’assimilation du sacerdoce à une «fonction» parmi d’autres. De ce point de vue, en effet, on peut comprendre que des femmes revendiquent d’y avoir accès, comme aux autres fonctions dans la société. C’est pourquoi, pour Mgr Couture, il faut «un authentique témoignage sacerdotal des prêtres» et une formation des laïcs pour qu’ils comprennent la différence et la complémentarité entre le sacerdoce ministériel et le sacerdoce commun des fidèles. (apic/cip/imed/pr)

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