Convivialité, charité et dialogue mots d’ordre des chrétiens

Terre Sainte : Jean-Paul II lance un appel ferme au dialogue interreligieux

Rome, 9 décembre 1997 (APIC) Dans une lettre adressée aux catholiques de Terre Sainte Jean-Paul II leur demande de persévérer dans le dialogue interreligieux avec les juifs et les musulmans. C’est à ses yeux une condition essentielle pour préparer le Jubilé de l’an 2000. Le pape confirme par ailleurs son intention de se rendre en Terre Sainte pour le Jubilé de l’an 2000.

Ecrite à l’occasion du 150° anniversaire de la «reconstitution» du Patriarcat latin de Jérusalem et publiée le 9 décembre par le Vatican, la lettre de cinq pages en français que Jean-Paul II a signé le 28 novembre, est adressé à tous les membres du «diocèse patriarcal de Jérusalem des latins» et en premier chef à son Patriarche Michel Sabbah.

Dans ce document, le pape ne cache pas «l’importance que tous les chrétiens attribuent à Jérusalem», siège de ce Patriarcat. L’anniversaire de sa reconstitution s’inscrit toutefois dans un contexte politique et religieux tendu. Il y a à peine un mois, le 10 novembre 1997, le patriarche latin avait fait savoir son mécontentement face à la signature d’un accord juridique entre le Vatican et l’Etat d’Israël. En effet, la grande majorité des fidèles catholiques du Patriarcat de Jérusalem sont des palestiniens. Victimes de la politique actuelle de rétorsion du gouvernement israélien, ils n’avaient pas compris pourquoi le Vatican signait un accord avec Israël dans une période aussi critique.

Un dialogue loyal et amical

«La triple dimension de convivialité, de charité, de dialogue caractérise la vocation spécifique de tous les catholiques de Terre Sainte» rappelle Jean-Paul II dans sa lettre. Dans le contexte actuel de tension politique, il insiste fortement, et à plusieurs reprises, sur la nécessité d’un «dialogue loyal et amical» des chrétiens avec les juifs mais aussi avec les musulmans. Il situe cette mission au rang d’une vocation que les chrétiens de cette réégion doivent continuer à honorer. «Vous, catholiques latins, écrit le pape, aidés par vos pasteurs, vous saurez faire face aux graves épreuves que la situation politique et sociales vous impose encore chaque jour. En vérité, la plupart des habitants de la Terre Sainte ont soif de justice et de paix, et jusqu’à ce que cette soif soit assouvie, ils risquent d’avoir un sentiment profond de frustration et d’impuissance. (…) L’espérance ne doit jamais manquer, pas plus que le courage de chercher une convivialité pacifique, dans la justice et la sécurité.»

En fait, le Patriarcat latin de Jérusalem, compte aujourd’hui 86 300 fidèles répartis sur plusieurs pays dont Israël, les Territoires palestiniens, le Royaume de Jordanie, Chypre. D’expression arabe, il compte aussi une communauté minoritaire d’expression hébraïque. Avec l’Eglise arménienne catholique, le Patriarcat latin de Jérusalem est l’une des plus petites des sept Eglises catholiques de Terre Sainte (différenciées par des rites) dont la plus importnte est la communauté maronite avec 528’000 fidèles. Au total, les catholiques au Moyen Orient sont 1’76 million pour 6,605 millions de chrétiens. Ce dernier chiffre représente 6,3 % de la population. Dans cette même région, les chrétiens représentaient 24% de la population en 1914.

Le petit troupeau catholique

Jean-Paul II parle ainsi de «petit troupeau» à l’égard des catholiques de Terre Sainte. pour ce qui est de la communauté latine, sa présence en Terre Sainte a été réorganisée par l’arrivée à Jérusalem le 17 janvier 1848, de Mgr Giuseppe Valerga, nommé en qualité de Patriarche de Jérusalem des Latins par le pape Pie IX. Cette décision commente Jean-Paul II contribua à donner de «la stabilité au ministère jusqu’alors rempli par les religieux de rite latin qui oeuvraient dans la région».

En particulier, souligne le pape, le Patriarcat de Jérusalem des Latins a permis de contribuer à la conservation et à la protection des lieux Saints, en association avec la Custodie de Terre Sainte des Pères Franciscains dont le mandat confié en ce sens par le pape Clément VI remonte au XIV° siècle.

Mais à l’aube de l’an 2000, c’est aussi à une mission de réconciliation entre chrétiens que le pape appelle les catholiques de cette zone, tout en demandant de veiller au dialogue avec les autres religions : «Sur la terre où le Seigneur a souffert et est ressuscité pour rassembler les enfants de Dieu dispersés, le devoir de prier et de travailler pour l’unité est plus urgent, afin que puisse resplendir la plénitude du message de salut de l’Evangile aux yeux de ceux qui ne partagent pas notre foi au Christ, Messie et Fils de Dieu.»

Juifs et chrétiens ont un patrimoine commun

A propos des juifs, le pape écrit : «Juifs et chrétiens ont un patrimoine commun qui les relient spirituellement. Les uns et les autres sont une bénédiction pour le monde, dans la mesure où ils s’engagent ensemble pour que règnent la paix et la justice entre tous les hommes et entre tous les peuples (…) Tous sont appelés à prendre conscience de ce devoir sacré et à le réaliser par un dialogue loyal et amical et par la collaboration en faveur de l’homme et de la société.»

Vis-à-vis de musulmans, avec qui il invite au dialogue, Jean-Paul II ajoute «L’attitude des chrétiens n’est pas la conséquence d’un intérêt particulier ou d’une stratégie. Elle découle logiquement du message évangélique dans lequel le Christ invite à considérer tout homme comme un frère. (…) nul ne doit mépriser son frère.»

Enfin, le pape aborde directement la préparation du Jubilé de l’an 2000, avant de confirmer son voeu de se rendre sur place pour ces célébrations : «La complexité bien connue de la situation en Terre Sainte demande une préparation appropriée, notamment en ce qui concerne les structures d’accueil pour les pèlerins. Mais la réflexion spirituelle et la prière constitueront la vraie et la plus importante des préparations.» (apic/imed/mp)

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