Synode pour l’Amérique: promouvoir une «culture de la vie»

Le message final sera publié vendredi

Rome, 10 décembre 1997 (APIC) Les évêques d’Amérique réunis en synode veulent promouvoir une « culture de la vie » sur tout le continent. C’est ce qu’ont souligné mercredi devant la presse l’évêque brésilien Vitorio Pavanello (Campo Grande) et l’évêque salvadorien Gregorio Rosa Chavez (auxiliaire de San Salvador), dessinant pour les journalistes les grandes lignes des propositions finales du synode.

Pour Mgr Chavez, une pastorale au service de la vie implique quatre axes: défendre le droit de l’enfant à naître, assurer à l’enfant et à ses parents une vie digne (droits à l’alimentation, à la santé, à l’éducation, à des conditions de vie dignes, à un travail), promouvoir une « démocratie participative » et, enfin, donner « des raisons d’espérer », c’est-à-dire « faire connaître le Christ ». Pour l’évêque salvadorien, la « culture de la vie » ne se réduit pas en effet à la lutte (nécessaire) contre l’avortement, car le Christ appelle à la vie « en plénitude » pour tous, « une vision très présente au synode », affirme-t-il.

Trop « romantique »

Mgr Chavez avoue que le premier texte, trop « romantique », a subi une nette évolution vers le « réalisme ». Dans son message final, le synode engage ainsi l’Eglise aux côtés des milliers d’enfants des rues et des enfants mis au travail, également très nombreux.

C’est dans la perspective de la culture de la vie qu’il faut comprendre, expliquent les évêques, l’engagement de l’Eglise contre les plaies qui touchent le continent. Les évêques demandent plus de justice dans les relations économiques internationales, une « économie au service de l’homme ». La solidarité est plus que l’aumône !

Mgr Pavanello précise que le mot « solidarité », au terme de ce synode, ne désigne plus seulement « l’aumône » que les pays riches font aux plus démunis, mais inclut leur devoir de lutter avant tout contre les causes de l’émigration. Les Etats-Unis sont responsables des mécanismes économiques qui provoquent l’affluence des millions d’immigrés arrivant du sud du continent (dont 2 millions de Brésiliens, la moitié sans papiers). Dans ce domaine, relève l’évêque, l’Eglise, qui a la confiance des gens (83 % au Brésil, contre 13 % qui font confiance aux autorités politiques), peut faire pression sur les autorités qu’elles adoptent des lois plus justes.

La question de la dette doit être vue dans cette même optique. Sur ce sujet, les évêques américains et le Saint-Siège ne cessent en effet de faire pression sur les autorités mondiales en faveur de la remise de dette partielle ou totale à l’occasion du Jubilé, rappelle Mgr Pavanello. Mais il précise que les évêques du synode ont tout autant souligné la responsabilité ou plutôt, selon Mgr Chavez, « l’irresponsabilité » de certains responsables des nations pauvres. Les évêques en appellent à la lutte contre la « corruption », la « dilapidation », l’ »impunité ».

Au sujet de l’immigration, les évêques n’oublient pas l’immigration « de l’intérieur ». Au Brésil ont ainsi afflué des populations venues du Paraguay ou de Bolivie. La cause en est l’absence de réforme agraire ou de travail. Les évêques demandent l’élaboration de « lois justes » qui garantissent la dignité des immigrés et, en même temps, que les pays touchés s’attaquent aux causes de l’immigration par des réformes.

Un projet de fonds ecclésial

En lien direct avec la question agraire, les évêques dénoncent le cercle vicieux du trafic de la drogue, quand les paysans pauvres voient dans la culture du pavot, par exemple, une ressource inespérée, la culture du maïs ou du riz ne rapportant plus. C’est pourquoi les évêques américains suggèrent d’investir des fonds dans la question agraire – en examinant aussi les mécanismes internationaux d’échanges – et dans la fabrication d’articles de première nécessité. Ce serait peut-être plus efficace et plus rentable, note Mgr Pavanello, que la lutte internationale contre le trafic de drogue. Les évêques ont également pensé à créer un « Fonds monétaire épiscopal » ou « ecclésial », une sorte d’organe de solidarité en Amérique. Il s’agirait de promouvoir la collaboration et d’établir les priorités d’action et de soutien de projets concrets, pendant par exemple dix ans, le temps qu’ils puissent s’auto-financer. Mais cette « caisse commune » reste un projet qui demande encore un examen attentif des conférences épiscopales avant d’être confirmé et qui n’apparaîtra donc pas tel quel dans les propositions. Enfin, le message final du synode fera mention des martyrs de l’Amérique. Mais, pour le moment, aucun nom ne serait cité. Il faut, comme pour la canonisation de Juan Diego (bénéficiaire, au Mexique, de l’apparition de Notre Dame de Guadalupe), s’en remettre aux conclusions des enquêtes de la Congrégation romaine pour la cause des saints.

Le message du synode où apparaîtront ces thèmes sera publié vendredi . Les « propositions » serviront ensuite à la rédaction de l’exhortation apostolique post-synodale que le pape devrait publier l’an prochain. (apic/cip/imed/mp)

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