Un guide pour une intelligence renouvelée de la morale catholique
Bruxelles, 11 décembre 1997 (APIC) Le cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, salue et recommande le tome 2 du «Catéchisme pour adultes» des évêques intitulé: «Vivre de la foi». Pour le cardinal belge, il s’agit «d’un guide pour une intelligence renouvelée de la morale catholique et qui, en plus, forme la conscience».
Il y a 10 ans, l’année de leur «Livre de la Foi» les évêques de Belgique s’associaient à la publication, en version française, d’un ouvrage de référence plus élaboré sur «La foi de l’Eglise» (1). Celui-ci n’était que le premier tome du «Catéchisme pour adultes», publié à l’initiative de la Conférence épiscopale allemande. Il portait sur les grands articles du Credo et sur les sacrements. Voici à présent le second tome : «Vivre de la foi» (2). Le cardinal Godfried Danneels l’a présenté le 10 décembre à Bruxelles, au nom des évêques de Belgique : «Je le recommande chaudement. C’est un guide remarquable pour une intelligence renouvelée de la morale catholique. Car, tout en énonçant les valeurs et les normes, il part des questions concrètes et contribue ainsi à la formation de la conscience».
Deux belges, professeurs à la Faculté de théologie de l’Université catholique de Louvain (UCL), ont pris part à la traduction française de ce «Catéchisme pour adultes» : Roger Gryson, pour le premier tome ; Henri Wattiaux, pour le second. La parution dans l’intervalle du «Catéchisme de l’Eglise catholique», proposé par Jean-Paul II à l’Eglise universelle, ne rend nullement caduc le travail accompli sous l’égide de l’épiscopat allemand. Car le pape lui-même a encouragé les Eglises locales à élaborer leur catéchisme particulier.
En s’associant à leurs confrères allemands, les évêques de Belgique et de France entendent donc promouvoir une présentation de la foi et de l’art de vivre en chrétien qui s’enracine dans le terreau européen. Pour que cette présentation soit en dialogue avec la modernité. «Il ne s’agit pas de seulement citer ou de répéter l’enseignement de l’Eglise», souligne le professeur Wattiaux ; «il s’agit, en l’exprimant de l’ouvrir à l’intelligence contemporaine.» Une réponse à donner: «Nous sommes toujours tenus de suivre la conscience, même si elle est dans l’erreur» (tome 2, p. 118).
Mais «le coeur de l’homme se laisse façonner par la sagesse de Dieu lorsqu’il laisse agir sa parole en lui» (p. 114). Tout le défi de la morale chrétienne est là. Il réside dans l’articulation de la réponse humaine à un appel de Dieu, dont les résonances se perçoivent à l’écoute des problèmes de tous les jours… C’est dire s’il est de nombreuses questions à écouter pour y répondre adéquatement. Les normes sont des repères lumineux. Mais s’y soumettre en abdiquant toute conscience et toute liberté responsable, serait-ce agir de façon morale ?
La morale est autre chose qu’un catalogue de principes
Ces questions sont d’emblée étalées sur la table, avant d’aborder les problèmes moraux concrets. Car, aux yeux des évêques allemands, il importe d’envisager la morale comme autre chose qu’un catalogue de principes. «Appel de Dieu, réponse de l’homme» constitue le socle fondamental sur lequel doit se penser l’agir chrétien: pour vivre dans l’espérance et l’amour, dans la justice et la fidélité, en toute liberté de conscience, mais avec l’exigence d’un agir cohérent avec la foi vécue en relation à Dieu et aux autres. Tel est l’objet de la première partie.
Au-delà du Décalogue
Pour embrasser les divers registres de l’existence, les évêques s’en sont tenus à la structure classique des Dix Commandements. Mais, toujours dans la visée d’une nouvelle intelligence d’une foi s’incarnant dans le quotidien, le «Catéchisme pour adultes» se garde de précipiter le regard sur les normes. Car le contexte biblique du Décalogue mérite qu’on s’y arrête : il y va d’une Alliance.
Ici encore, observe H. Wattiaux, «il s’agit d’articuler la réponse à la générosité du don de Dieu avec les conditions dans lesquelles les hommes peuvent déchiffrer le sens de leur existence.» A chaque commandement sont ensuite rattachés les problèmes d’aujourd’hui, dans le champ vaste et complexe des expériences humaines. Car la morale n’est pas qu’affaire individuelle: elle concerne la politique, l’économie, le tissu social, la famille, la sexualité, jusqu’aux problèmes liés au développement des sciences, notamment des sciences de la vie.
Au fil des commandements, une multitude d’aspects sont envisagés. Par exemple, le respect dû au «Jour du Seigneur» embrasse davantage que la simple interruption du travail pour participer à la messe. C’est l’occasion aussi de réfléchir à la place du dimanche dans la société d’aujourd’hui. «Honore ton père et ta mère» : facile à concevoir, pensera-t-on. En réalité, derrière ce commandement s’ouvre tout le champ qui s’étend de la famille à l’autorité, à la politique et à l’Etat. A l’époque de Moïse, on pouvait y inclure, par exemple, la résistance à un pouvoir injuste. Mais on était loin de penser aux problèmes des familles monoparentales. «Au fil de l’ouvrage, observe H. Wattiaux, nombre de questions sont abordées, y compris des questions controversées parmi les catholiques : par exemple, la régulation des naissances, l’homosexualité, l’assistance médicale à la procréation, l’accompagnement des malades et des mourants. Chaque fois, l’éthique chrétienne est mise à l’épreuve.
La tâche du Catéchisme est avant tout d’orienter. Il le fait en indiquant clairement les repères, mais ne se contente pas d’énoncer des principes: il assume du dedans les discussions en cours pour chercher un juste milieu entre les règles du bien agir et la prudence des applications selon les circonstances particulières.»
Exposé méthodique et pédagogique, table des matières et index détaillés
L’ouvrage est manifestement destiné à servir d’outil. Il n’est pas fait pour être lu d’une traite, mais pour être consulté. Il s’adresse d’abord à ceux qui sont mandatés dans l’Eglise pour l’annonce de la foi, la catéchèse initiale et la formation continuée des baptisés. Il rendra aussi service à tous ceux qui sont soucieux de leur premier devoir de baptisé, note H. Wattiaux : «s’instruire sur la foi et sur la vie qui en découle, en sachant que la foi n’est pas simple affaire privée».
Ce second tome du «Catéchisme pour adultes» offre aussi l’avantage de présenter ce que pense l’Eglise sur différents sujets, dont les implications éthiques apparaissent de plus en plus au grand jour, constate le cardinal Danneels. L’Eglise joue ici la carte de l’information et de la transparence.
«Un travail remarquable»
Le cardinal Danneels souhaite que ce «Catéchisme» ne reste pas seulement sous les yeux des fidèles individuels, mais qu’il serve d’outil de formation et de réflexion dans les groupes, les mouvements et les publications. «Les évêques allemands, ajoute-t-il en jetant sur l’ouvrage un regard admiratif, ont osé faire un livre difficile. C’est un travail remarquable. J’en recommande chaleureusement la lecture. Car avant d’exprimer chacun son avis sur ce qu’il faudrait faire, faites-en l’expérience : il est fécond de lire et de lire correctement ce que d’autres ont pensé. Ca facilite drôlement la réflexion. Ce catéchisme nourrit d’autant mieux la réflexion qu’il replonge les règles morales comme les dogmes dans leur bain : celui de la théologie et de l’histoire du peuple de Dieu. Car la morale toute sèche, trop longtemps sortie de son bain, n’est-ce pas une morale à la dérive ?». (apic/cip/ba)
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