El Salvador: Malgré la paix, plus de 8’000 victimes de mort violente en 1996
El Salvador, 11 décembre 1997 (APIC) Malgré le retour de la paix au Salvador, plus de 8’000 personnes ont trouvé une mort violente l’an dernier dans ce petit pays d’Amérique centrale. Les défenseurs des droits de l’homme mettent en cause le manque de volonté des autorités salvadoriennes de mettre un terme à l’impunité, mais aussi le modèle de développement néo-libéral qui condamne à la misère extrême plus de la moitié de la population.
Analysant la violence endémique qui ensanglante son pays, Maria Julia Hernandez, directrice de la « Tutela legal », le bureau des droits de l’homme de l’archevêché de San Salvador, indique des causes de nature structurelle, au niveau social et économique. La politique économique néo-libérale menée par le gouvernement du président Armando Calderon Sol a conduit à une forte poussée de la misère, accompagnée d’une concentration de la richesse. Pour beaucoup, le quotidien se limite à un combat permanent pour la survie, a déclaré la juriste catholique dans une interview accordée à l’agence APIC à San Salvador.
Certes, les accords de paix de 1992 entre la guérilla du FMLN et le gouvernement ont mis un terme à plus d’une décennie d’une cruelle guerre civile qui a coûté la vie à près de 100’000 personnes. Mais il a manqué avant tout la volonté de mettre un terme à l’impunité et à enquêter sur les crimes du passé. L’amnistie générale décrétée en mars 1993 devait permettre de tout faire disparaître sous le tapis. Le message était qu’ici tout pouvait se passer et que personne n’est puni pour les crimes commis.
Il y a également eu des manquements en ce qui concerne la restitution et la confiscation des armes. Nombre de soldats et de guérilleros démobilisés ont tout simplement enterré leurs armes, et peuvent les retrouver facilement quand cela leur paraît nécessaire. De plus, le volet des accords de paix concernant la réinsertion dans la société civile des anciens combattants n’a pas été mis en œuvre. Il y avait pourtant été prévu à leur intention des programmes de formation professionnelle et de suivi psychologique. Quasiment rien n’a été réalisé dans ce domaine. La redistribution de terres agricoles aux anciens soldats gouvernementaux et aux combattants de la guérilla ne s’est faite qu’à grand peine.
La nouvelle Police nationale, coupable de nombreux crimes
Aujourd’hui, la plupart des cas de violations des droits de l’homme enregistrés à la « Tutela legal » de l’archevêché concernent la nouvelle Police nationale qui accueille dans ses rangs des hommes au passé chargé. Pour la plupart, les personnes impliquées dans les massacres et les violations massives des droits de l’homme qui ont terrorisé durant des années la population salvadorienne relevaient des unités de la Garde nationale, de la Police nationale, de la Police financière (Policia de Hacienda) ou de l’armée. La situation est d’autant plus grave qu’il n’y a actuellement aucune volonté réelle d’enquêter sur ces crimes.
Liens prouvés entre certains milieux d’affaires et les « escadrons de la mort »
« Nous avons pourtant prouvé l’an dernier les liens existant entre la police et les ’escadrons de la mort’, mais cela n’a quasiment trouvé aucun écho », déplore la juriste de la « Tutela legal » de l’archevêché de San Salvador. « Il n’y a eu aucune conséquence pour les personnes concernées », souligne Maria Julia Hernandez.
Suite aux travaux de la Commission instituée par les Nations Unies pour rechercher la vérité sur les crimes commis durant la guerre civile, il a été établi que des relations étroites existaient entre des personnages influents de la politique et des milieux d’affaires et les sinistres « escadrons de la mort ».
De tels groupes soi-disant « incontrôlés », mais travaillant en cheville voire au sein même des divers corps de sécurité de l’Etat, ont commis de nombreux enlèvements et assassinats, dont celui de l’archevêque de San Salvador, Mgr Oscar Arnulfo Romero. Quant aux « auteurs matériels » de l’assassinat des jésuites de l’Université catholique de San Salvador (UCA), ils ont été identifiés comme membres du « bataillon Atlacatl », une « unité d’élite » tristement célèbre pour les massacres commis durant la guerre civile. Et la directrice de la « Tutela legal » d’affirmer sans ambages: « Il manque encore une enquête sur les auteurs intellectuels de ces assassinats, sur ceux qui les ont ordonnés et planifiés; il y a beaucoup d’indices qui mènent ici jusqu’aux plus hautes sphères de l’armée ». (apic/kna/be)
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