Un « virage exceptionnel »
Rome, 12 décembre 1997 (APIC) La façon dont le Synode a rencontré les défis de l’Amérique est déjà le gage d’un « virage exceptionnel » pris par l’Eglise dans le continent, qui est désormais la « grande patrie commune ». C’est la conclusion tirée par les évêques présents jeudi à la dernière conférence de presse organisée dans le cadre de l’Assemblée spéciale pour l’Amérique du Synode des évêques. Réunis depuis le 16 novembre, plus de 300 évêques venus de toute l’Amérique ont clôturé leurs travaux vendredi 12 décembre.
Sont intervenus notamment lors de cette conférence de clôture: Mgr Castrillon Hoyos (Colombie), pro-préfet de la Congrégation pour le Clergé et président délégué de l’assemblée, le cardinal Turcotte (Montréal, Canada), président de la Commission pour le Message, Mgr Rodriguez Maradiaga (Tegucigalpa, Honduras), président de la Commission pour l’information.
L’Eglise en Amérique a pris un « virage exceptionnel » pendant le Synode, affirme le cardinal Turcotte. Les échanges pourraient se conclure sur le constat qu’on est « dépassé » par l’ampleur des problèmes, dit-il, mais ce qui ressort d’abord, c’est la volonté commune de « s’y attaquer », avec tous les hommes de bonne volonté. Mgr Castrillon Hoyos parle dans ce sens et d’un « enthousiasme » nouveau, dû à « l’émergence d’une nouvelle personnalité chrétienne de l’Amérique née de ce Synode ».
Le cardinal Turcotte a salué à ce sujet l’intuition du pape, qui a voulu un Synode pour l’Amérique et non « des Amériques » comme l’auraient voulu de nombreux évêques. Le grand tournant, dit-il, c’est la prise de conscience de l’unité du continent: Amérique du Nord, Amérique Centrale, Amérique du Sud, sans oublier « les Iles ».
La fin d’une chrétienté sociologique
En mettant le Christ au centre des travaux, avant les problèmes à examiner, a souligné Mgr Gayot (Haïti), les Pères synodaux ont pris conscience que ce qui les unit est « Celui en qui nous croyons, qui nous rassemblait dès le matin pour l’eucharistie ». A rebours des illusions des années 70, où l’on croyait changer le monde en s’attaquant d’abord aux structures, note le cardinal Turcotte, pour qui « seule peut changer le coeur de l’homme la rencontre avec quelqu’un, Jésus Christ, pas avec une philosophie ou une idéologie ». Si le Christ a été au centre du Synode, il l’est aussi dans son Message final, comme il le sera dans l’action pastorale demain.
Le cardinal canadien regrette que « cela n’ait pas été assez dit dans nos Eglises ». Le temps est révolu, dit-il, d’une chrétienté « sociologique »: ce dont l’Eglise a besoin aujourd’hui, « c’est de croyants », de gens « qui ont des convictions », ce dont il faudra tenir compte dans la catéchèse, conclut l’archevêque.
Le cri des pauvres
Que le « cri des pauvres pour la justice » – troisième défi – ait été « entendu par tous » a « agréablement surpris » Mgr Gayot, qui s’est dit frappé par la convergence des expressions de cette « option » et des analyses des problèmes touchant toute forme d’exclusion, celles que vivent les laissés-pour-compte dans chaque pays, les migrants, les réfugiés, les indigènes, les Afro-américains, explicitement nommés dans le message final. Mgr Gayot assure que les échanges ont permis de donner une « signification nouvelle et concrète » à ces réalités et qu’ »on peut désormais aller plus loin ».
Que le synode a permis de franchir une étape qui annonce une « action conjointe tout à fait nouvelle », Mgr Castrillon Hoyos en trouve la preuve dans la façon d’aborder d’autres problèmes. Par exemple l’oecuménisme, qui d’ordinaire ne signifie pas grand chose en Amérique du Sud: les évêques ont perçu au synode l’importance de la question à travers les exemples concrets du Nord, où les catholiques sont minoritaires. Il signale que c’est par respect pour les églises protestantes que l’assemblée a décidé de bannir le mot « secte » pour parler de « nouveaux mouvements religieux ».
Mgr Hoyos se félicite aussi de la place accordée aux églises orientales, pratiquement inconnues dans le sud du continent et dont le Synode a fait davantage connaître la richesse. Sur le thème de la famille, a-t-il relevé, les évêques sont de même parvenus, malgré des situations très diverses, à adopter un langage commun en vue de leur « sanctification ». L’examen de questions comme les migrations et les cultures ont été d’autres occasions de réaliser que « les diversités sont en fait des richesses communes ».
Autre victoire, enfin, sur les diversités: la question des manifestations populaires de la foi, qui existent dans tout le continent, mais sous des formes très différentes. Une convergence, souligne l’archevêque colombien, a conduit à un accord sur le lieu de la publication de l’exhortation apostolique post-synodale: le sanctuaire de Notre-Dame de Guadalupe. Au pape maintenant d’accepter cette invitation et de fixer la date.
Les quelque 75 « propositions finales » remises au pape en vue de ce document sur l’Eglise en Amérique, selon la tradition des Synodes, inspirent les grandes lignes du Message final, dont les accents ont été soulignés par les évêques présents àà la conférence de presse finale. (apic/cip/imed/pr)
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