Un appel au développement de la culture

Rome: Présentation du message de Jean Paul II pour la Journée mondiale de la paix

de la légalité et contre la corruption

Rome, 16 décembre 1997 (APIC) Le pape Jean Paul II lance un appel pour que ce développe dans le monde une « culture de la légalité », dans le message qu’il adresse à l’occasion de la Journée mondiale de la Paix. Le pape y dénonce en outre fermement la corruption

Le pape souligne dans son texte la  » responsabilité  » de tous de vivre dans la justice et d’oeuvrer pour la paix « . Pour cela, le pape affirme en effet l’importance du droit et l’urgence de développer une  » culture de légalité « .

Le traditionnel Message du pape pour le 1er janvier, Journée mondiale de la Paix depuis le pape Paul VI, a été publié le 16 décembre par le Vatican. Ce 31ème Message, rédigé par le pape sous le titre « De la justice de chacun naît la paix pour tous » – de 18 pages et 9 paragraphes -, porte la date du 8 décembre 1997, fête de l’Immaculée conception de la Vierge Marie. Plusieurs personnalités ont participé mardi matin à la présentation du message lors de la conférence de presse: le cardinal Roger Etchegaray, Président du conseil pontifical « Justice et Paix », le vice-président du conseil, Mgr François-Xavier Nguyên Van Thuân, le Sous-Secrétaire, Mgr Giampaolo Crepaldi et Sr Marjorie Keenan, du même dicastère.

Pour le pape un des remèdes à l’injustice mondiale, ennemie de la paix, est la promotion,  » urgente « , d’une  » culture de la légalité  » à l’intérieur des pays de façon à faire respecter le droit.

Or la situation est souvent gangrenée par la corruption, comme l’ont dénoncé par exemple les évêques d’Afrique ou la Commission « Justice et paix » de la Conférence épiscopale italienne, et par  » l’usage frauduleux de l’argent public « , selon les termes du présent message.

L’extrême pauvreté

Le pape dénonce en effet les  » situations de pauvreté extrême  » comme la première des injustices, des  » graves inégalités  » existant à l’intérieur même des nations, et sources de conflits. Une pauvreté qui augmente, dénonce le document, comme augmente  » le vice de la corruption  » qu’on ne peut pas  » passer sous silence « .

Pour le cardinal Roger Etchegaray, cette dénonciation révèle un début de changement dans l’opinion publique.  » C’est un grand événement, dit-il, que l’on puisse parler ouvertement de la corruption « . Il rappelle en effet que les évêques d’Amérique latine ont eu l’initiative d’une rencontre à Santiago du Chili avec des responsables politiques du continent pour aborder la question, ce qui constitue, selon lui, un progrès notable.

 » On ne peut passer sous silence, déclare le pape dans son message, le vice de la corruption, qui mine le développement social et politique de nombreux peuples. C’est un phénomène en croissance, qui s’insinue dans beaucoup de secteurs de la société, bafouant la loi et ignorant les normes de la justice et de la vérité « . En citant un autre passage du message, Sr Marjorie Keenan insiste en effet sur le fait qu’il n’y a pas de paix et de justice sans  » ordre  » et sans  » vérité « . L’un et l’autre devant présider à la gestion des affaires publiques.

Les multiples formes de la corruption

Le pape reconnaît la difficulté de la lutte contre une corruption multiforme.  » Il est difficile de lutter contre la corruption, écrit-il, car elle revêt de multiples formes: étouffée dans un secteur, elle renaît bien des fois dans un autre. Il faut du courage même pour la dénoncer « .

Son élimination dépend, affirme le pape, de tous les citoyens.  » Et pour l’éliminer, continue-t-il dans son message, en plus de la volonté tenace des autorités, il faut le soutien généreux de tous les citoyens, animés par une forte conscience morale « .

Mgr Crepaldi souligne à ce propos l’insistance des évêques italiens sur la nécessité  » d’éduquer  » la conscience et  » d’éduquer à la légalité « . C’était précisément le titre du document de leur commission « Justice et Paix ».  » Il s’agit, explique Mgr Crepaldi, d’informer les comportements personnels et collectifs au respect des dispositions légales « .

Un appel à l’équité en somme et à la transparence dans la gestion des fonds, que les évêques d’Amérique ont également souligné dans le message final de leur Synode, comme le corollaire indispensable, par exemple, à l’effacement de la dette extérieure des pays pauvres.  » Il est clair que la première responsabilité dans cette bataille, souligne Jean Paul II, retombe sur les personnes qui ont des charges publiques. Il est de leur devoir de veiller à une application équitable de la loi et à la transparence dans tous les actes de l’administration publique « .

Le pape préconise le contrôle et l’honnêteté des transactions, selon le principe de la recherche du bien commun, en particulier au niveau des Etats.  » Placé au service des citoyens, l’Etat, rappelle Jean Paul I, est le gérant des biens du peuple, qu’il doit administrer en vue du bien commun. Le bon gouvernement, continue le pape, exige un contrôle ponctuel et la parfaite honnêteté de  » toutes  » les transactions économiques et financières « .

Jean Paul II dénonce la recherche d’intérêts privés ou les liens entre les transactions financières et la criminalité.  » On ne peut en aucune manière permettre, conclut-il, que les ressources destinées au bien public soient utilisées pour d’autres intérêts de caractère privé ou, encore moins criminel « .

De fait, pour le pape, les pauvres sont les premiers pénalisés par cette dilapidation de l’argent public.  » L’usage frauduleux de l’argent publique, écrit-il, pénalise surtout les pauvres, qui sont les premiers à souffrir de la privation des services de base indispensables au développement de la personne « .

L’effet s’aggrave lorsque de telles pratiques entravent la justice, voir fomentent des injustices, écrit le pape..  » Et quand la corruption s’infiltre dans l’administration de la justice, dénonce Jean Paul II, ce sont encore les pauvres qui en subissent encore plus lourdement les conséquences « .

La dette extérieure aussi

Ce n’est pas la seule question de justice touchée par le message. En même temps qu’un changement de mentalité dans les pays pauvres, débiteurs, le document donne une large place, par exemple, à la dette extérieure des pays les plus pauvres, une  » nouvelle forme d’esclavage « , lance le cardinal Etchegaray dont le dicastère a consacré un document à la question il y a une douzaine d’années.

Concrètement, Mgr Crepaldi précise qu’à la suite de la conférence de Hong Kong, des décisions ont d’ores et déjà été prises pour la dette de 6 pays d’Afrique, et que d’autres décisions devraient suivre pour une vingtaine de pays.

Le Vatican, pour sa part, a organisé récemment (une grande  » première « , pour le cardinal Etchegaray) une rencontre de deux jours à ce sujet avec des responsables de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international et de la Banque inter-américaine pour le développement.

Cette approche par contact direct avec les experts a la préférence du cardinal Etchegaray, plutôt que de nouvelles déclarations de l’Eglise ou de nouveaux documents. Car la question de la dette est  » complexe « , mais, ajoute le cardinal,  » il ne faut pas que les difficultés techniques soient un prétexte pour ne pas avancer. Il faut examiner, comment, à partir des difficultés techniques, on peut surmonter les difficultés. C’est une exigence morale! « 

Le document dénonce aussi comme atteintes à la justice et à la paix l’inégalité dans l’accès au crédit, la violence envers les femmes et les enfants: prostitution forcée, pornographie infantile, travail des enfants.

Les questions sont mondiales

Les questions sont mondiales, souligne encore le pape. Pour cela, il en appelle à une  » mondialisation de la solidarité « . Mais en même temps, il insiste sur les bienfaits des micro-réalisations. Ces  » micro-projets  » dont le Secours catholique français, souligne le cardinal Etchegaray, a fait, grâce au défunt Mgr Rhodain, un fer de lance de son action dans le monde.

Et si, dans le premier paragraphe de son message, Jean-Paul II déclare l’adresser  » avant tout aux Chefs d’Etat  » (adresse qu’il reprend au paragraphe 7), il insiste aussi, tout au long du texte, sur la  » responsabilité  » de  » chacun  » et de  » tous « . Il demande à ceux qui en ont la responsabilité d’éduquer aux valeurs de la justice.

Et il appelle en particulier les catholiques à la conversion sur les points dénoncés par ce message centré sur la justice comme partenaire de la paix.  » Je désire, écrit le pape, rappeler aux chrétiens de tous les continents l’avertissement du concile Vatican II: il faut satisfaire d’abord aux exigences de la justice, pour éviter que l’on offre comme don de la charité ce qui est déjà dû au titre de la justice « .

 » Une société authentiquement solidaire, dit le message, se construit grâce au fait que, pour aider les pauvres, ceux qui ont des biens ne puisent pas que dans leur superflu « . Jean Paul II demande la diffusion d’un  » esprit de partage « .

Les mots-clefs du pape

En somme, pour les mots-clefs du message (justice, paix, droits, mondialisation, solidarité, partage, dette extérieure, culture de la légalité), ils apparaissent dans les 7 titres des grandes sections:  » La justice est fondée sur le respect des droits humains « ,  » Mondialisation dans la solidarité « ,  » Le lourd fardeau de la dette extérieure « ,  » Urgence d’une culture de la légalité « ,  » Des formes d’injustice particulièrement graves « ,  » Bâtir la paix dans la justice, c’est le devoir de tous et de chacun « ,  » Le partage, chemin de la paix « .

La dernière section ( » L’Esprit Saint à l’oeuvre dans le monde « ) est théologique. Elle présente la paix comme don de Dieu et plus particulièrement, comme fruit de l’Esprit-Saint, à qui l’année 1998 est consacrée, dans le cadre de la préparation au Grand jubilé de l’An 2000.p Enfin, les citations qui apparaissent dans le texte du pape en révèlent la double source: textes de l’Eglise et grands textes du droit international. De fait, Jean Paul II explique que la justice est  » à la fois  » une  » vertu morale  » et un  » concept juridique « .

Du côté des textes de l’Eglise, le Message cite tout d’abord l’encyclique du pape Jean XXIII, en 1963,  » La paix sur la terre  » ( » Pacem in terris « ), et le Message de Paul VI aux Nations Unies à l’occasion des 25 ans de la Déclaration universelle des Droits de l’homme, en 1973. Pour ce qui est des documents du Concile Vatican II, apparaissent la Constitution pastorale sur  » l’Eglise dans le monde de ce temps  » ( » Gaudium et Spes « ), à laquelle l’archevêque de Cracovie Karol Wojtyla a beaucoup travaillé, et le décret  » Apostolicam Actuositatem  » sur l’apostolat des laïcs. On voit également citée la Charte des droits de la Famille, présentée par le Saint-Siège en 1983. Enfin, le texte cite l’homélie de Jean-Paul II au Yankee Stadium de New-York en 1979, et son discours aux Nations Unies le 5 octobre 1995 où apparaît la notion de  » famille des Nations « .

Du côté des grands textes du droit international, le Message cite le Préambule de la Déclaration des Droits de l’homme sur la  » dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine  » et leurs droits, comme  » fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde « . Le pape cite également la Charte des Nations Unies et la  » Déclaration de Vienne  » de la Conférence mondiale sur les droits humains (juin 1993) qui donne aux droits de l’homme une  » importance prioritaire « . (apic/imed/pr)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/rome-presentation-du-message-de-jean-paul-ii-pour-la-journee-mondiale-de-la-paix/