Birmanie: des milliers de victimes deux ans après le coup d'État

En Birmanie, deux ans après le coup d’État de la junte militaire du 1er février 2021 qui a porté l’armée au pouvoir, le pays compte des centaines de milliers de déplacés et des milliers de morts, alors que de nombreux lieux de culte ont été la cible des militaires.

L’armée birmane a opéré un coup d’État dans la nuit du 31 janvier au 1er février 2021, alors que l’inauguration du nouveau Parlement post-élections devait avoir lieu le lendemain, 2 février, rappelle le site Eglises d’Asie. La junte nouvellement installée au pouvoir a procédé à l’arrestation des principaux dirigeants du gouvernement civil, dont la Conseillère d’État et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi. La Tatmadaw, (nom birman de l’armée), a également déclaré un état d’urgence pour un an, en plaçant le général Min Aung Hlaing à la tête du pays.

Le 9 février 2021, des prêtres et religieux catholiques ont pris part à une manifestation pacifique, à Loikaw, au sud-est de la Birmanie | © Missions Etrangères de Paris

La protestation populaire qui a suivi s’est transformée en un mouvement de désobéissance civile puis en une dissidence pacifique de masse. L’opposition s’est progressivement armée, avec l’émergence des «forces de défense du peuple», des milices spontanées formées dans de nombreuses villes et régions.

«Les conditions dans le pays sont allées de mal en pis, elles sont devenues terribles pour un nombre incalculable d’innocents du Myanmar», a dénoncé Tom Andrews, rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme au Myanmar. Il a exhorté les États membres des Nations unies à s’attaquer à la crise.

1,2 million de déplacés

«L’armée birmane commet quotidiennement des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, notamment des violences sexuelles, des actes de torture, des attaques délibérées contre des civils et des meurtres», a-t-il déclaré, précisant qu’il y a plus de 1,2 million de personnes déplacées à l’intérieur du pays.

Sœur Ann Nu Thawng, membre des Missionnaires de Saint François Saverio de Myitkyina s’est agenouillée devant la police. L’Image a fait le tour du monde | Twitter

Ils sont contraints de se réfugier dans les forêts pendant des semaines, manquant d’abris adéquats, de nourriture et de soins médicaux, d’assistance humanitaire, de services sociaux et d’éducation, ont noté les sources de Fides au Myanmar.

Les Nations unies ont déclaré qu’au moins 70’000 réfugiés birmans ont quitté le pays et restent vulnérables à l’exploitation du travail et à d’autres abus.

Près de 3’000 manifestants pro-démocratie ont été tuées au cours de la répression militaire, estime l’agence Fides. Des milliers d’autres ont perdu la vie au cours des offensives de l’armée contre les milices ethniques. 265 enfants sont morts ces deux dernières années, dont 59 étaient âgés de 9 ans ou moins.

50’000 maisons détruites

Dans le cadre de la campagne anti-insurrectionnelle, les forces militaires ont brûlé quelque 50’000 maisons à travers le Myanmar. Les armées des minorités ethniques rakhine, chin, kachin, shan, karenni et karen ont uni leurs forces à celles des Forces de défense du peuple, composées de Bamar, le principal groupe ethnique du pays.

Selon les chiffres fournis par l’Association pour l’assistance aux prisonniers politiques (Birmanie), 13’680 personnes sont toujours emprisonnées pour des raisons politiques. Parmi les prisonniers figurent des dirigeants de la Ligue nationale pour la démocratie, qui a remporté les élections de 1990, 2015 et 2020. L’ancienne conseillère d’État Aung San Suu Kyi, âgée de 77 ans, purge actuellement une peine de 33 ans de prison. La junte a également prononcé 143 condamnations à mort.

Lieux de culte pris pour cible

Des églises et des couvents ont été attaqués à de nombreuses reprises dans les États majoritairement chrétiens de Kayah, Chin, Karen et Kachin. Des prêtres et pasteurs ont également été arrêtés, indique l’organisation caritative Aide à l’Eglise en détresse (AED).

Les bombardements ont touché des édifices religieux comme ici l’église de Kayan Tharyar, frappée par des tirs de mortier, le 25 mai 2022 | © Vatican News

l’Église catholique en Birmanie a une nouvelle fois appelé les dirigeants militaires à protéger les lieux de culte, dans une lettre publiée le 20 janvier et signée par le cardinal Charles Maung Bo, archevêque de Rangoun, par Mgr Marco Tin Win, archevêque de Mandalay, et par Mgr Basilio Athai, archevêque de Taunggyi. «Pourquoi ces lieux sacrés sont-ils attaqués et détruits?» ont-ils notamment demandé.

Les chrétiens représentent presque 6 % de la population birmane, sur environ 54 millions d’habitants. La religion d’État, le bouddhisme, est pratiquée par près de 89 % de la population. Sur les 16 diocèses que compte le pays, cinq d’entre eux, ceux de Loikaw, Pekhon, Hakha, Kalay et Mandaly, ont été particulièrement affectés par les conflits internes actuels entre l’armée et les groupes ethniques rebelles armés, dont certains membres appartiennent à plusieurs confessions chrétiennes.

Dans les diocèses de Loikaw, le plus affecté (dans l’État Kayah), 16 paroisses ont été ciblées depuis deux ans, et au moins 19 églises et bâtiments religieux ont été détruits, ajoute AED. La Birmanie est classée 14e parmi les 76 pays recensés par l’ONG évangélique militante Portes ouvertes dans son Index mondial des persécutions 2023, qui note une «forte hausse» l’an passé des violences commises, toutes Églises confondues, contre les chrétiens.(cath.ch/eda/fides/bh)

Bernard Hallet

Portail catholique suisse

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