Honduras: grève de la faim pour obtenir la vérité sur la disparition d’un jésuite américain
Tegucigalpa, Honduras, 2 novembre 1997 (APIC) Le frère, la cousine et un ami du jésuite amééricain James Carney, disparu au Honduras il y a 14 ans, ont entamé le 29 octobre une grève de la faim à Tegucigalpa pour obtenir la vérité sur les circonstances de sa mort.
Le frère de James, John Patrick Carney, un ancien jésuite du Minnesota, sa cousine la religieuse Jean Brenner et son confrère jésuite Joseph Mulligan qui travaille au Nicaragua, ont commencé leur grève dans les locaux de l’ambassade des Etat-Unis au Honduras. Expulsés jeudi soir, ils ont décidé de poursuivre leur démarche devant le bâtiment.
Les grévistes ont rencontré l’ambassadeur américain James Cregan, et lui ont demandé de les aider à obtenir les versions originales des archives secrètes du gouvernement américain concernant la disparition du prêtre. Ces deux dernières années, des centaines de pages d’archives confidentielles ont été publiées, mais ces documents sont encore fortement censurés.
Connu sous le nom de « Padre Guadelupe », James Carney a été prêtre au Honduras pendant 18 ans avant d’être expulsé en 179, lorsque son soutien aux paysans sans terre a attiré l’attention du gouvernement militaire. Il est retourné au Honduras en septembre 1983 comme aumônier d’un petit groupe de guérilleros de gauche. Les membres de ce groupe ont été capturés par l’armée hondurienne, mais ce qui est arrivé ensuite au jésuite reste un mystère.
Même si les autorités ont présenté le calice et l’étole du prêtre à sa famille, elles n’ont jamais expliqué les circonstances de sa disparition, se bornant à expliquer qu’il était peut-être mort de faim dans la montagne. En 1987, un ancien membre de l’armée hondurienne a révélé avoir appris d’autres soldats que James Carney avait été jeté d’un hélicoptère militaire. Son corps n’a jamais été retrouvé.
Le gouvernement américain est responsable des atrocités commises au Honduras
A leur arrivée à l’ambassade, les trois grévistes étaient accompagnés de l’évêque auxiliaire de Detroit Mgr Thomas Gumbleton. L’évêque a déclaré que les trois protestataires allaient jeûner jusqu’au moment où les autorités leur expliqueraient « page par page, pourquoi des paragraphes et des pages entières des documents ont été noircis et sont illisibles ». « Je suis venu exhorter le gouvernement des Etats-Unis à dire la vérité sur ce qui s’est passé en Amérique centrale », a dit Mgr Gumbleton au correspondant de l’agence d’information œcuménique ENI. « Je pense qu’il est temps que le gouvernement des Etats-Unis soit reconnu responsable des atrocités commises par nos militaires ici, par la CIA, ou pour ceux qui travaillaient comme soi-disant collaborateurs, perpétrant des assassinats et des tortures pour nous »,
Depuis plusieurs quelques années, Joseph Mulligan s’efforce au nom des jésuites de trouver des éléments qui lui permettraient de savoir ce qui est arrivé à James Carney. Les documents publiés à ce jour ne sont que « des tactiques d’obstruction et des manoeuvres pour essayer de gagner du temps », dit-il .
« Si James Carney a été fait prisonnier par les troupes honduriennes, je suppose qu’avant de le tuer, les Honduriens auraient attendu un signal ou une marque d’approbation d’un représentant des Etats-Unis ou de la CIA », a fait remarquer Joseph Mulligan. Les autorités américaines actuelles couvrent donc probablement une participation importante des Etats-Unis dans cette affaire, ou cachent le fait que le gouvernement américain savait que le père Carney était détenu, mais n’a rien fait pour le sauver », estime le Père Mulligan. (apic/eni/mp)
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