Si la répression aveugle n’est plus à l’ordre du jour, un important secteur de l’armée n’est pas acquis au processus de paix. Au plus haut niveau, il s’agit des militaires les plus durs, qui se nomment eux-mêmes «sécurité nationale». Sans oublier les chargés militaires au plan local, qui sont des civils représentant l’armée dans les communautés.
«L’armée a réussi à attirer des leaders indigènes; elle leur a donné une formation équivalant à un véritable `lavage’ de cerveau. Ces gens n’ont pas encore changé leur mentalité et continuent d’agir comme avant. Ils ont été dressés idéologiquement pour s’attaquer à tout mouvement social, accusé de communisme, de subversion», note un militant chrétien du département de Chimaltenango.
Cette «formation» leur a mis dans la tête ce principe : «La patrie d’abord: si ton frère, ton fils ou ton père sont membres d’une organisation liée à la guérilla, il faut les tuer !» Les simples soldats sont pourtant des Indiens, mais on a su les manipuler. Ainsi, toutes les unités militaires basées dans les villages indigènes portent des noms mayas…
Aujourd’hui encore, la manipulation des paysans mayas a des effets désastreux, parce qu’elle détruit les liens naturels de la famille et de la communauté. Elle rend notamment difficile le retour des réfugiés et des déplacés, car l’armée a toujours dénoncé les communautés qui s’étaient réfugiées dans la montagne comme des membres de la guérilla. Ils sont considérés comme suspects. Les gens ont peur qu’avec le retour des déplacés revienne la violence.
Un tel plan de «désarticulation» des communautés a été pensé «en dehors du Guatémala». Les sectes – souvent d’origine nord-américaine – qui prêchent une spiritualité désincarnée et une foi individualiste ne sont pas non plus arrivées en masse par hasard note notre interlocuteur. (apic/be)
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