« L’Eglise de Belgique n’a pas besoin de demander pardon »
Bruxelles/Anvers, 16 novembre 1997 (APIC) La « Déclaration de repentance » des évêques de France pour le « silence coupable » de l’Eglise catholique face aux rafles et aux dééportations des juifs vers les camps de la mort continue de susciter des réactions. A quand une démarche analogue de l’épiscopat belge ? demandait un lecteur dans le journal « Le Soir » quinze jours après la démarche accomplie le 30 septembre dernier par l’épiscopat français au Mémorial de Drancy. Cette interpellation de l’épiscopat belge sur sa « repentance » est cependant jugée « offensante » par Louis Davids, qui dirige à Anvers le seul hebdomadaire juif du pays.
« L’Eglise de Belgique n’a pas besoin de demander pardon », annonce à la « une » de son édition de la semaine dernière « Belgisch israelitisch weekblad », qui rappelle, en sous-titre de l’article signé par Louis Davids, que le cardinal Van Roey, archevêque de Malines à l’époque, avait mis trois millions de francs à disposition du Comité de soutien aux juifs persécutés.
L’hebdomadaire juif repousse ainsi explicitement la question que le journal « Le Soir » avait mise en exergue d’une lettre de lecteur publiée le 16 octobre et signée par Menahem B. acina, maître de conférences invité à l’Université catholique de Louvain (UCL). Une lettre ouverte intitulée: « Une déclaration de repentance de l’Eglise belge ? »
Malines et les trains de déportation
Menahem B. Macina se demandait entre autres pourquoi le cardinal Van Roey n’avait pas fait entendre un cri de protestation depuis Malines, d’où partaient en Belgique les trains de déportation des juifs vers les camps de la mort en Allemagne.
« L’archevêque de Malines était au courant, puisqu’ il écrivait le 4 août 1942 au nonce apostolique : « Actuellement, les traitements qu’on fait subir aux juifs sont vraiment inhumains et excitent la commisération et l’indignation générale. Que certains clercs – comme d’ailleurs nombre de Belges – n’aient pas ménagé leurs efforts pour sauver ou aider les juifs persécutés », M. Macina le reconnaît volontiers. Mais ces faits, écrit cet universitaire qui tient à sa double identité juive et chrétienne, « ne font pas oublier l’absence cruciale d’une protestation devant la tentative d’extermination de tout un peuple. Une « seule » prise de position publique de la hiérarchie catholique est relevée par M. Macina, qui la juge encore « faible » par rapport à l’indignité du traitement réservé aux juifs : c’est l’appel lancé, fin 1942, par l’évêque de Liège, Mgr Kerkhofs, au clergé de son diocèse pour qu’il vienne en « aide aux enfants les plus faibles de la ville ».
En septembre 1942, Mgr Kerkhofs avait appris par les soins d’un haut responsable liégeois de l’aide aux enfants juifs, l’avocat Albert Van den Berg, les trois raisons pour lesquelles le cardinal Van Roey avait renoncé à faire entendre une protestation publique : « parce que les Allemands ont déclaré ne vouloir s’occuper que des juifs allemands […] ; parce qu’il est démontré, par les protestations antérieures, que l’autorité occupante n’y a aucun égard […]; parce que son Eminence craint qu’une protestation entraîne des conséquences fâcheuses pour les enfants eux-mêmes ».
Mais Menahem Macina reste perplexe devant ces justifications, alors que la hiérarchie catholique, observe-t-il, « par ailleurs, protesta ouvertement contre une série d’autres mesures allemandes comme le travail obligatoire en Allemagne de la main-d’oeuvre belge.
D’où la question soulevée en conclusion de cette lettre ouverte « Un tel silence n’est-il pas coupable, et par conséquent justiciable d’une « Déclaration de repentance » des évêques de Belgique ?
« Rien à se reprocher »
Pour l’hebdomadaire juif « Belgisch israelitisch weekblad », la question posée par Menahem Macina est « offensante pour les nombreux prêtres et religieux catholiques qui, avec l’assentiment et les encouragements des plus hautes autorités ecclésiales du pays, ont tendu, au risque de leur propre vie, une main secourable vers leurs compatriotes juifs persécutés ». Et Louis Davids de mettre au crédit de cette solidarité humaine le fait que 20’000 juifs de Belgique ont survécu, proportion qui n’a été atteinte dans aucun pays de l’Europe occupée. Le directeur de la publication était lui-même au nombre du millier d’enfants juifs qui furent hébergés dans des couvents et d’autres institutions catholiques.
Or cette solidarité était organisée « avec l’approbation » du cardinal Van Roey, souligne l’éditorialiste, qui cite la lettre adressée le 12 août 1942 à l’archevêque de Malines par le Consistoire Central Israélite de Belgique, qui prenait « la liberté de le remercier du fond du coeur pour la bienveillance et la sympathie » qu’il avait manifestées aux juifs en cette période tragique. C’est huit jours avant de recevoir cette lettre que l’archevêque avait précisé au nonce, le cardinal Maglione, le caractère « inhumain » des traitements que l’on faisait subir aux juifs, ajoutant qu’il avait essayé d’obtenir des mesures plus « douces », mais n’y était pas parvenu. Louis Davids tient aussi à rappeler qu’en plus des aides accordées sous diverses formes, au gré des circonstances, par l’archevêché de Malines, le cardinal Van Roey avait pris accord avec la Banque de Bruxelles (l’actuelle Banque Bruxelles Lambert) afin d’ouvrir sur le compte de l’archevêché une ligne de crédit jusqu’à concurrence de trois millions de francs, somme qui était ainsi mise à disposition du Comité de défense des juifs.
Le directeur de la publication anversoise cite encore des témoignages de reconnaissance de juifs survivants pour souligner le caractère « désintéressé de l’aide octroyée par le cardinal. Bref, pour Louis Davids, « la hiérarchie catholique en Belgique n’a rien à se reprocher ». (apic/cip/ba)
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