Coire qui rit, Bâle qui pleure

Suisse: Document romain sur la collaboration laïcs-prêtres: réactions divergentes

St-Gall/Soleure/Coire/Bonn/Fulda/Graz, 17 novembre 1997 (APIC) L’ »Instruction sur quelques questions concernant la collaboration des fidèles laïcs au ministère des prêtres » – un document romain d’une quarantaine de pages publié jeudi -, suscite des réactions divergentes en Suisse, mais également à l’étranger. Si à Coire, la ligne de Mgr Haas se sent officiellement confortée, une certaine inquiétude, voire de la nervosité, sont perceptibles dans d’autres diocèses, en particulier en Suisse alémanique.

« Pro Ecclesia » salue lundi dans un communiqué la publication de l’Instruction romaine, un document « au plus haut point nécessaire ». Ferme soutien de Mgr Haas, le mouvement catholique conservateur relève que ces 20 dernières années, les laïcs se sont appropriés des droits qui ne leur revenaient pas, en particulier en ce qui concerne la sainte messe et la pratique de l’administration des sacrements.

Les laïcs qui s’engagent généreusement au service de l’Eglise peuvent être déçus par le nouveau document, a concédé Mgr Ivo Fürer. L’évêque de St-Gall en appelle cependant au calme et déclare: « J’espère que nous trouverons des chemins ensemble pour poursuivre à l’avenir dans notre diocèse la collaboration qui a fait ses preuves entre prêtres et laïcs ».

Dans une lettre aux agents pastoraux de son diocèse, Mgr Kurt Koch, évêque de Bâle, fait part de son souci au sujet de ce document et leur demande d’éviter les réactions précipitées. Le document romain trace de nombreuses limites en ce qui concerne l’engagement des théologiens laïcs, hommes et femmes. Il pourrait donner l’impression que la voie pastorale empruntée dans le diocèse de Bâle ces dernières décennies serait de fait remise en question. Mgr Koch va étudier ce document avec son conseil épiscopal et en discuter dans les différentes instances diocésaines concernées afin de trouver une réponse qui soit adaptée à la situation pastorale particulière du diocèse.

Des déceptions et blessures prévisibles

Même si l’évêque de Bâle déclare comprendre « les déceptions et les blessures que le document peut causer le cas échéant », il relève qu’il revient à tous d’éviter des dommages plus grands et de promouvoir dans une authentique solidarité la communion dans la foi.

A Coire, où l’on estime que ce document est une « grande aide », le vicaire épiscopal Christoph Casetti relève que l’ordinariat de Coire va étudier les directives romaines et les mettre en œuvre de « façon subtile ». L’abbé Casetti, porte-parole de l’évêché, souligne que Mgr Haas a toujours été partisan d’une délimitation claire entre laïcs et prêtres, « mais il n’a jamais entrepris activement quelque chose pour limiter l’action des laïcs ».

« Un coup de poing à la figure des laïcs engagés »

En Allemagne, divers groupes catholiques ont réagi vivement à l’Instruction romaine, à l’instar du mouvement « Wir sind Kirche » (Nous sommes Eglise), qui la qualifie dans une résolution adoptée dimanche lors de sa 4ème assemblée générale à Mayence de « coup de poing dans la figure » de tous les laïcs, qu’ils soient engagés à titre professionnel ou bénévole. Le mouvement de base recommande de maintenir la pratique actuelle et appelle les instances élues – du niveau paroissial au niveau diocésain – ainsi que les prêtres et les évêques allemands de ne pas suivre les recommandations de l’Instruction.

Plus radicale, l’Initiative « Kirche von unten » (IKvu/Eglise d’en bas) annonce qu’elle va tout simplement ignorer ce document. Elle va le mettre « à la poubelle », étant donné que le Vatican le fait tellement souvent avec les requêtes qui lui parviennent du peuple de Dieu, a déclaré dimanche l’IKvu à Bonn. Le doyen de la Faculté de théologie catholique de l’Université de Münster, le théologien pastoral Udo Schmälzle, a également critiqué le document romain. Il estime qu’ »une telle pastorale n’a pu être développée que par quelqu’un qui se trouve derrière les murailles du Vatican ».

Approbations épiscopales en Allemagne

Le cardinal Joachim Meisner a pour sa part sévèrement critiqué le Comité central des catholiques allemands (ZdK) pour avoir appelé à la résistance dans l’Eglise contre la récente Instruction vaticane. Lundi, l’archevêque de Cologne a vivement regretté que des commentaires négatifs soient également sortis de la bouche de certains évêques.

De son côté, Mgr Johannes Dyba, archevêque de Fulda, affirme que l’Instruction ne contient « absolument rien de nouveau » et demande seulement que l’on respecte le droit canonique en vigueur. Dans une prise de position publiée lundi, il relève que ceux qui s’en sont tenus aux directives du Concile Vatican II concernant la liturgie, l’annonce de l’Evangile et la collaboration des laïcs et aux déclarations officielles à ce sujet de la Conférence épiscopale allemande « ne sont pas touchés et ne sont pas non plus mis en face de changements abrupts ».

Par contre, admet-il, ceux qui ne se sont pas tenus aux prescriptions ecclésiales et ont emprunté leur propre voie qui conduisent à des impasses, du point de vue de l’Eglise universelle, doivent maintenant corriger ces dérapages. Et de mentionner à ce propos les cas où des assistants pastoraux sont engagés comme des sortes de « prêtres de rechange » au niveau des paroisses et où les prédications faites par les laïcs durant la messe sont devenues la règle, voire un « droit » des laïcs employés à plein temps.

Pour l’archevêque de Fulda, ce document ne représente pas un « retour en arrière », mais une reconnaissance claire de la nature sacramentelle de l’Eglise qui exclut qu’un prêtre puisse être remplacé dans ses fonctions par un laïc. Et Mgr Dyba de qualifier de totalement erronée l’opinion qui considère que le manque de prêtre est une chance pour les laïcs: « Une cléricalisation de l’état laïc est tout aussi déraisonnable que la laïcisation de l’état clérical ».

Le président de l’Action catholique autrichienne (KAOe) Christian Friesl a qualifié le document de « signal erroné » qui ne fait pas très plaisir à son mouvement. Il a toutefois mis en garde contre une « panique pastorale ». Demandant aux laïcs de ne pas prendre prétexte de ce papier « pour tomber dans le rôle de victimes », il les a incités à poursuivre leur engagement de façon consciente pour l’Eglise et les hommes.

L’engagement des laïcs: pas un expédient pour une situation d’urgence

Mgr Johann Weber, évêque de Graz et président de la Conférence épiscopale autrichienne est d’avis que l’engagement des laïcs dans l’Eglise ne représente pas un expédient dans une situation d’urgence: « Même quand nous aurons à nouveau davantage de prêtres, l’engagement des laïcs est un signe de la croissance de l’Eglise ». Lors de l’ouverture de l’assemblée plénière des évêques autrichiens, il a remercié les nombreux collaborateurs laïcs et rappelé que sans eux, « nous ne pourrions maintenir notre pastorale de cette manière ». (apic/kna/kap/job/be)

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