Genève: Le rôle du COE durant la guerre froide sous le feu de la critique

Des photos illustrant cette interview sont disponibles auprès de l’Agence APIC tel 026/ 426 48 11 fax 026 / 426 48 00

Konrad Raiser défend le bilan de l’organisation

Genève, 19 novembre 1997 (APIC) Le Conseil œcuménique des Eglises (COE) à Genève est une nouvelle fois sous le feu de la critique pour son rôle durant la guerre froide. Le pasteur Konrad Raiser, secrétaire général la plus grande organisation œcuménique du monde, admet que le COE aurait pu, publiquement, en faire davantage pour les groupes dissidents. Le théologien luthérien allemand affirme cependant que son organisation les a tout de même aidés dans l’ombre.

Accusée de n’avoir pas assez fait pour soutenir les groupes dissidents au sein des Eglises d’Europe de l’Est sous les régimes communistes, l’organisation devrait faire en quelque sorte son examen de conscience.

Ainsi en Angleterre, le chanoine Paul Oestreicher, de la cathédrale de Coventry, estime rétrospectivement que le COE a parfois mis davantage en avant l’importance du dialogue avec l’Europe de l’Est que le soutien aux chrétiens opposés au régime communiste. Ce spécialiste de l’Europe orientale, grand œcuméniste, admet également ce reproche pour lui-même. Il est toutefois d’avis que le COE a le devoir de se pencher sur son passé

Dans une interview à l’agence de presse œcuménique ENI, le pasteur Raiser ne rejette pas l’idée d’un examen critique de l’attitude du COE, mais il ne voudrait pas d’une déclaration générale sur l’organisation. Dans certains cas, le COE aurait pu faire plus pour maintenir les contacts avec les groupes dissidents, tels que la Charte 77 en Tchécoslovaquie, admet-il. Mais il souligne que le COE s’est engagé dans de nombreuses activités aux côtés de ces groupes, loin des feux médiatiques. Des activités auxquelles il a d’ailleurs participé en tant que membre du personnel du COE de 1973 à 1983, précise-t-il. «Rétrospectivement, nous aurions pu le faire plus publiquement».

Sortir les Eglises de l’Est de l’isolement

«Mais nous ne cesserons de défendre sans excuses ce que nous avons fait pour attirer les Eglises d’Europe orientale dans le mouvement œcuménique et les sortir de l’isolement … en acceptant que cela ne pouvait être fait que dans certaines limites étroitement définies», a-t-il reconnu.

Le COE compte des Eglises membres dans le monde entier. Durant la guerre froide, les activités des Eglises d’Europe de l’Est membres du COE étaient souvent étroitement contrôlées par les autorités communistes. D’où le reproche d’ingérence de l’Etat et de collaboration active avec les régimes communistes adressé à certaines Eglises qui le faisaient dans le but d’assurer leur survie.

Quant à entreprendre une action pour faire la lumière sur les activités du COE en Europe orientale durant la guerre froide, Konrad Raiser veut bien soutenir les efforts sérieux dans le domaine de la recherche historique, mais le COE «ne parrainera probablement pas une telle recherche afin d’éviter de donner l’impression de vouloir influencer les résultats». Les archives du COE sont ouvertes aux chercheurs indépendants, a souligné le pasteur Raiser.

Recherche sur les activités du COE financée par le Ministère de l’intérieur allemand

Il a rappelé qu’après la chute du communisme, lui-même, et son prédécesseur Emilio Castro, après avoir envisagé la possibilité de mettre en place «une commission d’enquête» sur les activités du COE en Europe orientale, étaient arrivés à la conclusion que c’était une tâche «trop complexe» pour une seule commission. Mais, a-t-il ajouté, un certain nombre d’études spécifiques et limitées ont été encouragées et sont toujours en cours.

Avec plusieurs instituts de recherche d’Allemagne, le COE collabore au projet d’organisation d’une réunion, qui devrait avoir lieu très prochainement, visant à examiner les activités du COE en Europe orientale. Mais, a précisé le pasteur Raiser, «nous ne voulons ni contrôler, ni influencer, ni diriger cette réunion. Je pense qu’il est beaucoup plus important d’avoir une franche discussion». L’intérêt des médias en Allemagne sur la question des activités du COE en Europe de l’Est est relancé par l’annonce que le Ministère de l’intérieur allait financer un programme de recherches sur ces activités (un demi-million de DM) dirigé par un historien allemand connu, le professeur Gerhard Besier. (apic/eni/be)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/des-photos-illustrant-cette-interview-sont-disponibles-aupres-de-l-agence-apic-tel-026-426-48-11-fax-026-426-48-00/