Allemagne: L’Instruction romaine sur la collaboration laïcs-prêtres sévèrement critiquée
Bonn, 19 novembre 1997 (APIC) Alors que dans certains pays, la récente Instruction romaine sur la collaboration des fidèles laïcs au ministère des prêtres est passée inaperçue ou a été soigneusement «filtrée» pour le grand public, la controverse prend de l’ampleur en Allemagne. Même des personnalités politiques s’en mêlent et alimentent un débat passionné outre-Rhin.
«L’énorme majorité des évêques allemands» est opposée au document romain, a déclaré mercredi à l’agence catholique KNA Heiner Geissler, l’un des chefs de file de l’Union démocrate-chrétienne (CDU) au pouvoir à Bonn. Vice-président du groupe CDU au parlement fédéral, Geissler a qualifié le document de «petit», et estimé qu’il représente une tentative de faire retourner l’Eglise avant le Concile Vatican II.
Responsable dans le présidium du groupe parlementaire pour les questions d’Eglises, Heiner Geissler a dit que la majorité des évêques, en s’opposant à ce document, «sert ainsi l’Eglise et les fidèles». Pour le politicien démocrate-chrétien, «il ne s’agit pas de mettre sur un même plan l’Eglise et le Vatican», et «surtout pas le Vatican avec l’Esprit Saint».
Et d’estimer qu’avec de telles proclamations, Rome émet des «signaux erronés» pour le monde d’aujourd’hui: «Les évêques allemands sont par contre beaucoup plus proches des soucis et des réalités de vie des fidèles», a-t-il ajouté. Le parlementaire démocrate-chrétien estime que ce document n’est pas une position doctrinale du pape et par conséquent ne lie pas la conscience.
Sans les laïcs, de nombreuses paroisses se seraient déjà effondrées depuis longtemps
D’autres voix du même bord se sont fait entendre pour regretter le ton du document romain. Responsable au sein de la fraction CDU des membres catholiques, le député démocrate-chrétien Hermann Kues a déclaré qu’»en raison du manque de prêtres, sans la précieuse collaboration des laïcs, le travail pastoral dans de nombreuses paroisses allemandes se serait déjà effondré depuis longtemps».
Membre du Comité central des catholiques allemands ZdK, Hermann Kues, à l’instar de Heiner Geissler, a sèchement désavoué son camarade de parti, Manfred Carstens, qui avait reproché à une partie des évêques allemands d’avoir lâché le pape dans cette affaire. Il a souligné que Carstens avait émis une opinion «absolument personnelle», qui n’engage ni le gouvernement fédéral allemand ni le groupe CDU à Bonn.
Peter Dörrenbacher, aumônier fédéral de la jeunesse catholique allemande KJG, a regretté que l’Instruction soit «empreinte d’interdits» et va dans un sens diamétralement opposé à la collaboration active des laïcs dans la vie du mouvement.
Mgr Spital comprend la déception de nombreux laïcs
Mgr Hermann Josef Spital, évêque de Trèves, a déclaré comprendre lui aussi «la déception, l’indignation et l’incompréhension» de nombreux laïcs. Il a estimé mardi dans une contribution à paraître dans le journal diocésain de Trèves «Paulinus» que ces réactions étaient compréhensibles étant donné la disposition du document, l’étroitesse d’esprit qui marque certains règlements, et «une méfiance que l’on peut lire entre les lignes envers nos prêtres et nos laïcs».
Critiques protestantes
L’Instruction romaine a également fait des vagues du côté protestant. A Bensheim, à l’Institut de la Fédération évangélique, on déplore que les laïcs, dans la compréhension romaine, devraient se considérer comme des «bouche-trous» dont la collaboration n’est souhaitée qu’aussi longtemps qu’il n’y a pas de prêtres. Le document, outre le souci justifié de l’avenir de la vocation sacerdotale, exprime une «méfiance non fondée face aux laïcs». (apic/kna/be)
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