Hongrie: La réhabilitation du Père György Bulanyi suscite des réactions mitigées
Budapest, 20 novembre 1997 (APIC) La récente réhabilitation par la Congrégation pour la doctrine de la foi du Père György Bulanyi, un religieux piariste hongrois interdit durant 15 ans par l’Eglise d’exercer publiquement son ministère sacerdotal, suscite des réactions mitigées en Hongrie.
Le P. Bulanyi a célébré, le mois dernier à Budapest, sa première messe publique après 15 ans d’interdiction, en présence des membres survivants de sa communauté de base «bokor» (buisson), un mouvement qui compte quelque 3’500 membres. L’Ordre piariste auquel appartient le Père Bulanyi, se consacre à l’éducation des enfants, en particulier des jeunes défavorisés.
Aujourd’hui, certains en Hongrie s’offusquent pendant que d’autres applaudissent la réintégration de ce prêtre charismatique, qui milita longtemps pour l’objection de conscience. Epine dans le pied de l’épiscopat hongrois, il fut également l’une des «bêtes noires» du régime communiste. Le prêtre dissident s’était fait connaître à l’étranger dans les années 80, lorsqu’au moins 24 de ses partisans avaient été emprisonnés pour avoir refusé d’effectuer le service militaire, option interdite selon la Constitution communiste de la Hongrie d’alors.
Un prêtre controversé peut-il vraiment être «réintégré» dans l’Eglise après la levée, par les responsables de l’Eglise, de l’interdiction de 1982 d’exercer publiquement son ministère, s’interroge aujourd’hui le Père Laszlo Lukacs, porte-parole de la Conférence épiscopale hongroise. Le Père Bulanyi, âgé de 78 ans, s’était également fait connaître dans le passé pour ses critiques adressées au Vatican, son soutien à l’ordination des femmes, et ses vues sur la Rédemption. En 1982, le cardinal Laszlo Lekai, qui était à la tête de l’Eglise catholique-romaine en Hongrie, avait interdit au Père Bulanyi de prêcher.
Cette année, le Vatican déclarait qu’il n’avait aucune objection à ce que le Père Bulanyi reprenne publiquement ses activités. Mais ce n’est qu’en septembre que la hiérarchie de l’Eglise hongroise a officiellement levé l’interdiction. Pour certains observateurs, ce délai serait révélateur des appréhensions de certains responsables catholiques-romains hongrois.
Laszlo Lukacs, porte-parole de la Conférence épiscopale hongroise, a prédit de nouvelles «tensions et querelles» à propos de l’enseignement du Père Bulanyi. Le Père Lukacs, interrogé par l’Agence œcuménique ENI, affirme que les disciples pacifistes du prêtre controversé avaient déjà provoqué des conflits: ils se sont par ex. prononcés contre l’adhésion de la Hongrie à l’OTAN, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, avant la tenue du référendum du 16 novembre.
Doutes sur les chances de réintégration
«Le Père Bulanyi s’est engagé à lutter pour l’ordination des femmes, et il a réaffirmé que le Christ a sauvé le monde par son enseignement et non en mourant sur la Croix», fait remarquer le porte-parole de la Conférence épiscopale. Et de déplorer qu’il n’ait pas modifié son point de vue: «Il a déjà déclaré à maintes reprises qu’il n’a rien changé. J’ai des doutes sérieux quant à ses chances de réintégration au sein de l’Eglise». Le Père Bulanyi a aussi critiqué le célibat des prêtres, et déclaré que saint Paul avait trahi l’Evangile en se compromettant avec les autorités romaines.
En 1985, trois ans après que l’interdiction d’exercer son ministère eut été prononcée, le Père Bulanyi avait accepté de signer 12 thèses sur la révélation et l’autorité préparées à son intention par la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi. Mais il avait insisté pour que deux paragraphes sur la liberté de conscience soient ajoutés, ce que le préfet de la Congrégation, le cardinal Joseph Ratzinger, avait refusé. Lors d’une interview accordée en 1989, le Père Bulanyi, se comparant aux prophètes Isaïe et Jérémie, avait reproché au Vatican de se laisser manipuler par les communistes.
Laszlo Lukacs a précisé que le Père Bulanyi avait signé le texte du Vatican le 19 février 1997, après que la Congrégation eut accepté d’insérer les clauses sur la liberté de conscience. En plus de quatre articles sur la foi chrétienne, le document de la Congrégation
précise que tous les textes du Nouveau Testament sont «inspirés par l’Esprit Saint» et confirme le principe de l’autorité sacerdotale et épiscopale.
«L’Eglise m’accepte aujourd’hui tel que j’étais lorsqu’elle m’a rejeté»
Ce document stipule également que le Père Bulanyi «s’engage solennellement» à se conformer aux 12 thèses «sincèrement et totalement» dans «son enseignement, ses paroles et ses écrits». Le Père Bulanyi, qui enseignait dans les écoles piaristes avant de devenir aumônier universitaire en 1948, a été emprisonné en 1952 pour avoir donné illégalement des cours de catéchisme. Libéré quatre ans plus tard, il a dû travailler comme conducteur de transports publics pendant 10 ans.
Lors d’une interview accordée au quotidien hongrois «Magyar Nemzet», il a rappelé que le supérieur de l’Ordre piariste s’était «battu comme un lion» pour le défendre contre les décisions du Vatican et l’Eglise hongroise. «L’Eglise m’accepte aujourd’hui tel que j’étais lorsqu’elle m’a rejeté», devait-il conclure lors de son entretien avec ce quotidien. (apic/eni/be/pr)
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