Italie: Mgr Tauran s’exprime sur la crise avec l’Irak

Le Saint-Siège souhaite une solution négociée

Rome, 20 novembre 1997 (APIC) Dans une interview publiée le 20 novembre par le quotidien italien « Corriere della Sera », le ministre du Vatican chargé des relations extérieures plaide, à propos de l’Irak, pour une solution négociée pour l’ensemble du Moyen-Orient.

L’Eglise catholique n’a jamais aligné sa position sur celles du monde occidental, rappelle le chef de file de la diplomatie vaticane.

La crise actuelle entre les Nations Unies, les Etats-Unis et l’Irak, qui refuse des observateurs américains sur son territoire, suggère ce commentaire à Mgr Tauran: « Le pape n’a pas été écouté » en 1991 lors de la Guerre du Golfe, « mais toutes ses prévisions se sont vérifiées ». D’ailleurs, « les situations d’instabilité et de provocation sont restées identiques. Certes, une certaine justice internationale a été rétablie, mais aux prix de sacrifices énormes, que la population sans défense continue de payer six ans après, sans que la question ne soit définitivement résolue ».

Le représentant du Saint-Siège demande donc « une solution pacifique et globale pour résoudre les problèmes multiformes du Moyen-Orient, qui vont de la zone du Golfe à la question de la Palestine, du Liban et des Kurdes ». Utopique ? Non, c’est là « un discours d’espérance », réagit Mgr Tauran qui rapporte que, le 17 mars 1994, sans s’être concertés, le Premier ministre israélien Rabin et le dirigeant palestinien Yasser Arafat, « affirmaient tous deux que le pape peut et doit contribuer au processus de paix par son apport à caractère moral, qui se place au dessus des partis ».

La diplomatie du Vatican ne risque-t-elle pas d’être perçue comme pro-arabe? Pour Mgr Tauran, il est urgent que les chrétiens d’Occident comprennent que le fait de « mener une certaine politique occidentale » n’équivaut pas d’office à « être porteur du message évangélique ».

Avec Israël… comme en 1948

Quant à l’accord signée le 10 novembre dernier avec l’Etat d’Israël, il octroie la reconnaissance juridique à toutes les entités catholiques établies dans le pays. Cet accord était prévu dans le contrat cadre qui avait présidé en 1994 à l’établissement des relations diplomatiques entre Israël et le Saint-Siège, relève encore Mgr Tauran.

Que des Palestiniens, y compris des chrétiens, se sentent aujourd’hui « trahis », Mgr Tauran s’en étonne. Il s’offusque même des soupçons portés sur la diplomatie vaticane, qui aurait, par cet accord, donné sa caution morale au statut actuel de Jérusalem et des territoires occupés. « Ce n’est pas vrai. Cet accord est un complément à l’accord fondamental signé le 30 décembre 1993, où nous déclarions que l’Etat d’Israël avec qui nous traitons est celui des frontières de 1948, reconnu par l’ONU. Nous avions alors clarifié notre point de vue sur Jérusalem avec sa complexité politique et religieuse. [..] Nous avions alors affirmé que la principale priorité de l’Eglise catholique était sa liberté d’accomplir sa propre mission spirituelle et humanitaire ».

Bref, « sur Jérusalem, le Saint-Siège n’a pas changé de position », insiste Mgr Tauran. La négociation a d’ailleurs impliqué des représentants de l’Eglise catholique locale, en l’occurrence les évêques auxiliaires de Mgr Michel Sabbah, patriarche latin de Jérusalem. « Nous ne cédons rien sur Jérusalem. Jérusalem est une réalité unique qui exige un engagement unique, non seulement de la part du Saint-Siège, mais aussi de toute la communauté internationale comme cela s’est passé en 1947 ».

Quant à une visite du pape en Terre Sainte, « les conditions ne sont pas réunies » actuellement, selon le représentant du Vatican, qui entend que pareille visite soit « un motif de concorde et non une occasion de conflit ». (apic/cip/imed/pr)

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